président de la Coopération missionnaire de la Conférence épiscopale française

Trois questions à Mgr Jean Bonfils, évêque de Nice,

«L’inculturation va durer encore des siècles»

APIC: Affirmer que «l’Eglise est le sacrement universel du salut, car l’homme ne peut se sauver tout seul», suscite aujourd’hui des réticences.

Mgr Jean Bonfils : Dans la culture contemporaine, mais en fait déjà depuis longtemps, il y a des résistances à la parole de Dieu, puisque c’est au fond ce dont il s’agit. Dans la mesure où la dimension de la transcendance est absente de la culture, l’homme est incapable de chercher ailleurs qu’en lui-même, dans sa propre histoire, dans ses propres capacités le moyen de se sauver. Si je présente cela de manière assez abrupte, il me semble que saint Paul ne s’y prenait pas différemment. Lorsque que les apôtres parlent avec «assurance», selon le terme du Nouveau Testament, c’est pour dire précisément cette Bonne Nouvelle que l’homme ne peut pas se sauver tout seul. Car c’est une bonne nouvelle.

APIC: Si aujourd’hui la mission n’est plus compromise avec l’expansion coloniale, ne reste-t-elle pas encore trop occidentale ?

J.B. : La mission doit encore aller plus loin pour se détacher de son caractère occidental. Mais cette oeuvre d’inculturation va probablement durer des siècles. Quand la Parole de Dieu est annoncée quelque part, elle n’y arrive pas à «l’état pur» mais dans une certaine culture. D’abord la culture biblique dans laquelle elle est écrite, puis la culture de ceux qui l’annoncent. Ceux qui l’entendent doivent donc parcourir tout un chemin pour la rejoindre. La parole leur arrive habillée d’une certaine manière.

Ce travail se fait plus facilement en paroles qu’en actes. C’est une opération délicate, parce qu’il y va de la Parole de Dieu. Qu’est-ce qui appartient à la Parole de Dieu et qu’est qui appartient à la culture dans laquelle elle a été transmise ? Comment faire le tri en respectant l’intégrité de la Parole?

Il faut rappeler aussi que toute culture a besoin d’être évangélisée et purifiée. L’inculturation est donc aussi un processus de conversion des cultures. Il faut savoir ce qui, dans une culture, doit être maintenu, protégé et promu et ce qui doit être purifié et pour aller jusqu’au bout éliminé comme racine ou conséquence du mal.

APIC: De plus en plus face au manque de prêtres, les Eglises européennes accueillent des prêtres venus du Sud…

J. B. : Je n’en pense que du bien. J’ai fait cette expérience dans le diocèse de Viviers où nous avions deux prêtres diocésains de Côte d’Ivoire au titre de «fidei donum». Ils sont restéés trois ans et sont partis cet été pour être remplacés par deux autres prêtres du même diocèse.

Cela n’a pas été toujours facile, mais c’est une opération très positive. C’est une question de rencontre quotidienne des cultures. Il y a donc un échange, c’est ça le dialogue et la communion entre Eglises. Je crois que ce sont des initiatives à développer et à promouvoir. (apic/mp)

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