On lui reproche de diviser le pays

Slovaquie: L’Eglise catholique plutôt critique à l’égard de Meciar à la veille des élections

Bratislava, 8 septembre 1998 (APIC) A la veille des élections législatives qui se tiendront en Slovaquie les 25 et 26 septembre prochains, l’Eglise catholique slovaque – relativement puissante dans le pays – est plutôt critique à l’égard du Premier ministre Vladimir Meciar, un homme qui passe pour autoritaire et peu démocrate.

Les évêques catholiques slovaques, dans leur majorité, ne sympathisent pas avec Meciar, auquel on reproche des tendances autoritaires et une politique à l’égard de la minorité hongroise qui ne correspond pas aux normes européennes. La loi sur la langue nationale votée en novembre 1995, qui fait du slovaque la seule langue officielle, a suscité l’insécurité et la colère parmi le demi-million de Hongrois de Slovaquie. La nouvelle répartition territoriale et administrative de mars 1996 a eu également des conséquences désastreuses pour la minorité magyare, qui a ainsi perdu la majorité dans les régions de forte concentration hongroise.

La santé de l’économie slovaque, par contre, avec le maintien depuis plusieurs années d’un des plus hauts taux de croissance des pays de l’ancien bloc communiste, joue en faveur de Meciar, chef du Mouvement pour une Slovaquie démocratique (HZDS).

Les Slovaques face à un « choix décisif »

Les quelque 5,4 millions de Slovaques sont face à un « choix décisif », estime la Conférence épiscopale catholique, présidée par Mgr Rudolf Balaz, évêque de Banska Bystrica. Les évêques, dans leur majorité, reprochent à Meciar d’avoir mené dans le passé une politique de division au sein de la société slovaque, visant en particulier la forte minorité hongroise (quelque 10% de la population du pays).

Meciar, toutefois, bénéficie de la sympathie de certains responsables ecclésiaux slovaques. Selon l’agence de presse catholique « Kathpress », le cardinal Jozef Tomko, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, d’origine slovaque, ferait preuve de beaucoup de compréhension à l’égard du Premier ministre en place à Bratislava. Pourtant, sous le règne de Vladimir Meciar, la restitution des biens de l’Eglise confisqués sous le régime communiste se fait toujours largement attendre.

A l’heure actuel, l’Eglise et l’Etat en Slovaquie sont fortement imbriqués, notamment au niveau financier. Les salaires des prêtres et des autres collaborateurs de l’Eglise dépendent en effet directement de la caisse de l’Etat. La plupart des évêques souhaiteraient une séparation entre l’Eglise et l’Etat plus prononcée, dans le but de préserver la liberté de l’Eglise. Le futur Concordat, dont deux projets sont à l’étude, pourrait fournir les bases d’un tel développement. L’Etat slovaque, selon certaines informations, aimerait pour sa part disposer d’un droit de regard dans les nominations épiscopales.

Quant au Premier ministre Meciar, il souhaiterait que les nouveaux accords entre l’Eglise et l’Etat soient finalisés encore avant les élections nationales. Pourtant, même si certains milieux catholiques considèrent positivement cette éventualité – Meciar, pressé par le temps, pourrait se montrer plus flexible – d’autres, comme Mgr Balaz, soutenu par l’archevêque de Kosice, Alojz Tkac, ne souhaitent pas une conclusion précipitée. Il ne faut pas à leurs yeux que Meciar tire un profit électoral de la signature en dernière minute d’un Concordat avec l’Eglise catholique. Une telle signature encore sous son gouvernement réduirait les chances de l’opposition, en particulier du Mouvement démocrate-chrétien (KDH).

Malgré son habileté politique et son contrôle de l’appareil étatique et médiatique, Meciar n’a pas pu empêcher l’envoi fin avril à tous les parlementaires d’une lettre ouverte signée par la majorité des membres de la Conférence des évêques. Les évêques slovaques y stigmatisent la politique d’exclusion ethnique menée par la coalition au pouvoir. Ils soulignent également le manque d’engagement de Meciar face aux problèmes sociaux du pays, son mépris des décisions du tribunal constitutionnel et son laxisme face au crime organisé. (apic/kap/be)

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