Une stérilisation contre la promesse d’appui électoral à un médecin

Brésil: Femmes indiennes stérilisées durant la campagne électorale de 1994

Salvador, 8 septembre 1998 (APIC) Toutes les femmes indiennes pouvant donner le jour à des enfants et appartenant à la communauté de la tribu Pataxo, à Baheta, un village situé dans l’Etat brésilien de Bahia, ont été stérilisées en 1994 en échange de leur vote pour un médecin candidat à la députation. Ce troc sordide fait « la une » des journaux brésiliens dans l’actuelle campagne électorale pour les élections présidentielle et parlementaires du 4 octobre prochain.

Les faits remontent à l’année 1994 quand le médecin Roland Lavigne, alors candidat et maintenant député fédéral, a procédé aux interventions chirurgicales dans son hôpital à Camaca et Una. Le médecin, en échange des votes escomptés pour son élection, promettait aux femmes indiennes une méthode pour leur éviter une grossesse, mais sans leur dire que l’opération avait un effet irréversible. La stérilisation était gratuite. Les femmes de l’ethnie Pataxo, qui vivent dans un état d’extrême misère et ayant de la peine à élever leurs enfants, se sentaient quasi forcées moralement d’accepter la « générosité » du futur député. L’ethnie Pataxo est composée de 6’200 personnes dont 2’000 avaient le droit le vote.

Une enquête révélatrice

Trois chefs des Pataxo ont dénoncé à la fin août 1998 les agissements du médecin au Procureur de la République de l’Etat de Salvador. Le Conseil de santé des Indiens avaient réalisé dans les mois précédents une enquête sur les conditions de santé des Indiens dans 14 villages. Dans celui de Baheta, habité par dix familles indiennes, aucune femme de ces familles n’avait mis au monde un enfant depuis 1994. Durant la réunion tous les membres de la tribu ont confirmé que toutes les femmes en âge de procréer avaient été poussées à la stérilisation durant la campagne électorale du député Roland Lavigne. Les chefs indiens ont aussi déclaré que derrière cette stérilisation, il y avait de gros intérêts en jeu. Des propriétaires terriens de la région, amis du médecin-député, ne voyaient pas d’un mauvais œil l’élimination progressive de la tribu Paxato, pour pouvoir un jour plus facilement s’approprier de leur terre.

Protestation énergique du CIMI

Le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), liée à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), a jugé ce cas de stérilisation des femmes Pataxo comme un lésion corporelle grave, tel que le décrit le Code pénal brésilien et figurant comme crime contraire au droit international par les Nations Unies. Le CIMI critique aussi les autorités de la Fondation nationale des Indiens (FUNAI), organe officiel dépendant du ministère de la Justice – dont la compétence est précisément de protéger les droits des Indiens du Brésil – ne n’avoir pas agi à temps dans cette affaire tragique et de n’avoir rien fait pour punir les auteurs de ce crime. Elle demande aussi une enquête pour savoir si d’autres stérilisations du même type n’ont pas été faites dans d’autres communautés indiennes. (apic/fides/ba)

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