Etats-Unis: Un nouveau réseau de radio catholique suscite des réserves dans l’Eglise
Washington, 11 septembre 1998 (APIC) Le lancement du nouveau réseau de radio catholique « Catholic Radio Network » CRN suscite des réserves dans l’Eglise des Etats-Unis. Créée à l’initiative du jésuite californien Joseph Fessio, l’entreprise ne souffre pas de manque d’argent: dix émetteurs privés ont été achetés récemment dans des villes américaines à forte population catholique pour plus de 80 millions de francs suisses, dans le but d’étoffer le réseau CRN fondé par le P. Fessio à San Diego.
Ces lourds investissements ont été rendus possibles grâce à l’aide entre autres d’un investisseur privé actif dans le secteur des médias, John Lynch, et du fondateur de « Domino’s Pizza » et ancien propriétaire du club de football « Detroit Tigers », Thomas Monaghan. Le feu vert officiel des autorités fédérales compétentes est attendu pour fin septembre. Les émissions de CRN, dont le siège est à San Diego, en Californie, devraient démarrer le 1er octobre.
Grâce au réseau CRN, le Père Fessio, directeur de la maison d’édition jésuite « Ignatius Press », entend « évangéliser » dans le sens de l’Eglise et pour les financiers « apporter des bénéfices aux investisseurs grâce à la publicité ». S’il compte avec des débuts difficiles, le Père Joseph Fessio est confiant: dans quatre ans, CRN sera déjà dans la zone bénéficiaire.
Les exploitants du réseau CRN sont, outre « Ignatius Press », l’Université franciscaine de Steubenville, dans l’Ohio, et John Lynch. Administrateur d’une radio privée profane, John Lynch a été nommé également directeur de la nouvelle entreprise. Les propriétaires de CRN rêvent de faire de bonnes affaires « si les hommes d’affaires et les entrepreneurs catholiques jouent le jeu ». Ils se sont adjoints avec John Lynch les services d’un spécialiste dans l’achat et le développement de réseaux de radios.
Enthousiasme mitigé
D’autres spécialistes catholiques et des évêques américains sont moins enthousiastes. Ils relèvent que la plupart des dix stations radios achetées dans l’opération ont un rayon d’émission très restreint et doivent être d’abord mises à niveau techniquement pour devenir attractives pour le marché publicitaire. Les milieux catholiques américains se plaignent, en particulier depuis l’échec du réseau de télévision catholique financé durant une décennie par l’épiscopat, que les évêques et les laïcs aient délaissé le champ de la radio, occupé désormais par d’autres communautés chrétiennes.
Il y a en effet aujourd’hui près d’un millier de radios chrétiennes aux Etats-Unis, la plupart du temps des radios locales de portée restreinte, souvent aux mains de groupes fondamentalistes évangéliques. Le projet de nouveau réseau catholique devrait atteindre quelque 70 millions d’auditeurs potentiels. Malgré cet auditoire potentiel, CRN ne ferait même pas partie des 5 plus grosses stations de radio chrétiennes des Etats-Unis.
« Politiquement correct »
Le Père Fessio précise que le nouveau réseau catholique sera dédié tout entier à l’annonce de la Bonne Nouvelle dans le sens de la doctrine officielle de l’Eglise catholique. Il ne devrait pas diffuser des positions extrêmes et des controverses. Les publicités choquantes seront également bannies, assure le promoteur californien: « Nous voulons être positifs, pas polémiques! ».
Pourtant les évêques locaux, dans les dix grandes villes concernées par les nouvelles stations radio de CRN restent plutôt sur leurs réserves, quand ils ne sont pas franchement hostiles. Notamment en raison de la coloration « conservatrice » de l’entreprise. Parmi les critiques déclarés de CRN, figure l’archevêque Rembert G. Weakland, de Milwaukee, dans le Wisconsin. Répondant à la lettre de CRN, il a laissé entendre qu’il ne souhaitait pas ce projet dans son diocèse.
Ce qui dérange Mgr Weakland, c’est que les promoteurs de CRN se réclament de l’orthodoxie catholique, tout en « ignorant » l’évêque du lieu, « une bien curieuse ecclésiologie! ». Que CRN s’appelle catholique le gêne, mais il s’en accommodera, pourvu qu’une telle appellation ne donne pas l’impression que cette radio parle au nom de l’Eglise catholique.
L’archevêque de Milwaukee s’en prend également au concept des émissions: les éléments de causerie (« talks ») sont non seulement « la façon la meilleure marché » de remplir les temps d’émission mais les participants restent anonymes; personne ne prend la responsabilité de ce qui est diffusé sur l’antenne, ce qui, pour lui, n’est pas le meilleur moyen de chercher la vérité. Il reproche également à certaines personnes de CRN d’être des éléments de division au sein de l’Eglise. « Nous n’avons pas besoin d’en avoir davantage », a-t-il déclaré. L’archevêché de Los Angeles s’est également distancé de CRN.
La radio catholique est pourtant assurée d’appuis de poids. Elle prévoit une émission hebdomadaire avec un des cardinaux américains. Ces derniers répondront aux questions et dialogueront avec le public. Le directeur de CRN John Lynch a assuré que deux cardinaux ont déjà promis leur collaboration. (apic/kap/be)
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