Naples: Le cardinal Giordano s’explique à la télévision italienne sur ses comptes
Naples, 11 septembre 1998 (APIC) Le cardinal Michele Giordano, archevêque de Naples, assure n’avoir pas touché à l’argent de la curie napolitaine pour venir en aide à son frère Mario Lucio, soupçonné du délit d’usure. Rompant le silence en répondant jeudi aux questions de la télévision italienne RAI 3, il a affirmé que l’argent qu’il lui a versé provenant de sa fortune personnelle. Le cardinal Giordano dit avoir reçu l’assurance de la « confiance » et de « l’estime » de Jean Paul II qui l’a reçu la semaine dernière à Castelgandolfo.
L’archevêque de Naples a accepté, dans une interview à la RAI, de donner des explications sur les mouvements de fonds de ses comptes et de ceux de la curie de Naples. Les magistrats de Lagonegro (sud de Naples) ont en effet ordonné en août une perquisition et des écoutes téléphoniques depuis la fin mai, dans le cadre de leur enquête sur l’usure dans la province de Basilicate.
Répondant aux questions du journaliste Geo Nochetti, le cardinal a affirmé avoir prêté de l’argent de ses économies à son frère Mario Lucio. « Pas un centime de la curie n’est allé à mes parents ou à mon frère, a-t-il affirmé. Ce que j’ai donné, en répondant à un appel à l’aide, a été prêté sur mon argent personnel, les économies de toute une vie. Il s’agit de 400 millions [de lires, soit le prix d’un appartement moyen à Rome, NDLR], dont 250 m’ont déjà été remboursés. J’attends le remboursement des 150 millions restant, parce que j’ai déjà légué cet argent, dans mon testament, à l’Eglise de Naples ».
Pour ce qui est de l’argent de la curie versé à ses neveux, le cardinal proteste que ce n’est pas lui, mais l’administrateur des Œuvres de religion de la curie de Naples, Aldo Palumbo, qui a décidé de leur consentir un prêt. Palumbo, aujourd’hui décédé, a fait ce geste pour leur éviter de vendre une de leurs maisons, tout en ayant un appartement comme garantie. Par estime pour eux, explique encore leur oncle, Palumbo leur a aussi confié l’exécution de travaux pour le compte de l’Eglise. « Il l’a fait sans que je sois au courant, affirme l’archevêque. (…) Comme cela a heurté la sensibilité de nombreuses personnes – alors que pour d’autres professionnels, il n’en a pas été ainsi – je dirais maintenant qu’il ne faut plus leur confier des travaux, même si cela n’est pas interdit ».
Pour ce qui est des magistrats qui ont fait partir l’enquête, « je les respecte, affirme Mgr Giordano. Il est juste qu’ils fassent leur devoir: ils doivent mener leur enquête avec sérénité et équité. J’ai confiance en la magistrature ».
Un journaliste italien connu, Indro Montanelli a souhaité publiquement la démission du cardinal. En réponse, Mgr Giordano affirme: « J’estime Montanelli comme journaliste, mais dans ce domaine, c’est à ma conscience que je dois des comptes, à mon peuple que j’aime et qui m’estime, et au Saint-Père ». Pour ce qui est de la rencontre avec le pape, le prélat affirme: « La rencontre s’est très bien passée. Il m’a invité à déjeuner. Nous avons parlé de beaucoup de choses. Le pape a connu l’affaire par la télévision et par la presse. Il s’est montré très affectueux envers moi. Il m’a encouragé avec son grand sens de la paternité et a voulu me confirmer sa confiance et son estime. Je suis rentré très consolé ».
Pour sa part, l’Osservatore Romano du vendredi 11 septembre consacre deux colonnes à un article mentionnant l’action du cardinal Giordano contre l’exploitation du travail des enfants.
Dures accusations contre le cardinal
De son côté, le marchand Leonardo Tatalo, de Sant’Arcangelo, localité d’origine du cardinal Giordano – et qui est l’un des témoins clefs dans l’enquête de la magistrature contre les frères Giordano -, a lancé à nouveau de graves accusations contre le cardinal-archevêque de Naples. Dans l’édition de vendredi du « Corriere della Sera », il l’a qualifié de « menteur ». Tatalo, qui a porté plainte contre le frère du cardinal pour usure, a rapporté qu’il s’était rendu à deux reprises durant l’été 1996 au domicile du cardinal Giordano à Sant’Arcangelo en compagnie de l’ancien directeur de banque Filippo Lemma, lui aussi soupçonné du même délit. Lemma y aurait réglé une affaire financière d’un montant de 700 millions de lires. A la télévision, le cardinal Giordano a déclaré qu’il ne se rendait dans son lieu d’origine que deux fois par an, à Noël et à Pâques. (apic/imedia/cic/be)
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