Hommes suisses plus obèses que les femmes, les Fribourgeois et les Vaudois aussi
La différence entre hommes et femmes n’étonne pas Hans-Jörg Ryser, de l’Association suisse pour l’alimentation (ASA), à Berne. «C’est comme cela depuis longtemps. La Suisse, là, fait bande à part par rapport aux autres pays». Autre constat: l’obésité guette les personnes qui prennent de l’âge: 2,2% d’obèses entre 15 à 35 ans; 5,6% entre 35 à 49 ans… mais 8,6% de 50 à 64 ans. «Maigre» consolation: dès 66 ans, la moyenne tombe à 8,2%.
Fribourgeois et Vaudois n’échappent pas à l’obésité. Selon l’étude «Monica», réalisée entre 1984 et 1993, sur la base de l’ancien indice IMC, 11,4% d’hommes – cantons confondus – avaient une prévalence à l’obésité en 1984-1985. Ce chiffre montait à 14,6% en 1992-1993. Alors que la tendance s’inversait pour les femmes entre les deux périodes: 10,8%, contre 10,1% près de 10 ans plus tard.
Si les chiffres placent les hommes en tête du phénomène en Suisse, les statistiques confirment, comme en France, que plus les personnes accèdent à un niveau d’éducation élevé, moins elles ont de risques d’être obèses. 7,6% des gens classés en bas de l’échelle sociale sont obèses, contre 4,8% des personnes situées au milieu de l’échelle et 4,2% dans le haut de cette même échelle.
Se méfier des tendances pour expliquer des collectifs
Il faut nuancer les études épidémiologiques, lorsqu’elles parlent de tendance, explique à l’APIC le professeur Eric Jequier, directeur de l’Institut de physiologie de l’Université de Lausanne. Le professeur se penche sur les mécanismes qui mènent à l’obésité. Il reste prudent dans l’interprétation de données épidémiologiques pouvant toucher des collectifs représentatifs. Dans l’ensemble du monde, admet-il cependant, on peut dire qu’il y a un peu plus de femmes obèses.
Les couches sociales défavorisées plus enclines à l’obésité? L’observation vaut pour pratiquement tous les pays, observe, catégorique, le professeur Jequier. «Plus le niveau socio-économique est bas, plus l’obésité est fréquente. C’est flagrant aux Etats-Unis. Mais un peu moins en Europe». Selon lui, ce phénomène est lié à une très mauvaise éducation nutritionnelle. Les gens ne font pas attention à ce qu’ils mangent, sont par trop réceptifs à des publicités attirantes. Les spécialistes sont formels: les angoisses liées à une condition sociale de vie précaire génèrent souvent le besoin de manger, à tous moments et n’importe quoi. De préférable devant le poste TV, où l’on mange sans horaire et où l’on s’adonne volontiers à une prise alimentaire très mal contrôlée.
Pas seulement une question de génétique
Maladie du grignotage, maladie des temps modernes? «Tout-à-fait. La mode admet un peu facilement que l’obésité est une question génétique. La génétique joue un rôle, c’est vrai. Reste qu’on peut dire en toute certitude que le patrimoine génétique des hommes et des femmes n’a pas changé au cours du dernier millénaire, alors que l’obésité a vraiment explosé au cours de ce siècle». Pour le professeur Jequier, l’environnement, le comportement des individus, y compris la diminution de l’activité physique, sont des facteurs prépondérants. Et de constater: «Ce qui est à la fois intéressant et alarmant: est que la prévalence augmente dans beaucoup de pays en voie de développement, comme en Inde par exemple. Et même dans un pays industrialisées comme le Japon, où l’obésité était totalement inconnue à la fin de la guerre. Elle augmente à un rythme effréné aujourd’hui.
Les enfants ne sont pas les moins touchés par l’obésité. En l’absence de statistiques, le professeur s’inquiète d’une mode rapidement répandue: l’horaire continu dans les écoles «On risque de briser le rythme des repas. Les repas pris dans une ambiance de fatigue et de pression psychologique sont loin d’être recommandables. Toutes ces pressions, sociales ou liées au milieux scolaires, ne me semblent guère favorables. On brusque un peu la nature en imposant des comportements artificiels qui empêchent les régulations normales de se faire». A noter que les collèges fribourgeois ont inauguré cet automne l’horaire continu avec une pause de 40 minutes à midi.
Xenical? Prudence, prudence…
Le médicament anti-obésité, le Xenical, dont la vente vient d’être autorisée par l’Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM), n’a pas la cote auprès du professeur Jequier. «J’ai vu passer de nombreux médicaments au cours de ma carrière. Tous, en gros, ont été des échecs», relativise le professeur, face aux espoirs placés dans ce traitement «miracle». Pour lui, l’approche pharmacologique du traitement de l’obésité n’a été qu’une succession d’échecs et de faux espoirs. Il rappelle que certains médicaments, encore récemment, ont été retirés du commerce à cause d’épouvantables effets secondaires… «Avec le Xenical, les patients vont certes absorber moins de graisse …. Mais je pense que c’est un pis-aller. Les résultats cliniques sont modestes, ils existent, bien sûr, mais ils sont modestes. La clée du problème passe par une alimentation revue et corrigée, par un comportement modifié et des d’activités physiques». Les conseils le plus simples demeurent les plus valables, insiste encore le professeur vaudois: manger moins de graisses et plus équilibré, manger plus de légumes et plus de fruits… (apic/pierre rottet)
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