APIC – Reportage
Diacres permanents une place originale dans l’Eglise
Maurice Page, agence APIC
Fribourg, 24 septembre 1998 (APIC) Première dimanche à Fribourg : quatre diacres permanents du diocèse de Lausanne Genève et Fribourg seront ordonnés ensemble. Diacres permaments ? La Suisse romande connaît encore à peine ce ministère restauré il y a une trentaine d’années.
La paroisse Ste-Thèrèse à Fribourg accueille dimanche 27 septembre une célébration particulière. Deux Fribourgeois, Jean Pierre Overney et Max Hayoz, et deux Vaudois d’adoption, René Pillet et Antoine Semaani, seront ordonnés diacres permanents par Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève. Les quatre ont un profil de bons paroissiens: mariés, pères de famille, engagés en paroisse, socialement et politiquement. Ordonnés diacres, ils ne veulent surtout pas être considérés comme des minis-curés ou des super-laïcs, mais comme des hommes au service de l’Eglise et de la société.
Sacristain, conseiller pour les chômeurs, comptable auprès de Caritas, animateur pastoral et formateur d’adultes, chacun conservera son activité professionnelle. «Le diacre est le signe-sacrement du Christ serviteur» explique l’abbé Marc Donzé, ancien professeur de théologie pastorale, aujourd’hui curé de St-Pierre à Fribourg. «Par sa présence, au milieu de la communauté chrétienne, il montre le Christ à genoux devant ses disciples pour leur laver les pieds, le Christ qui porte le souci du pauvre, du souffrant, du malheureux.» En premier lieu le diacre permanent devrait s’occuper du service des pauvres et de la justice dans son insertion professionnelle ou pastorale. Il devrait être le premier à voir les détresses et les besoins.
L’annonce de la Parole
Le second rôle du diacre, à l’instar d’Etienne dans les Actes des Apôtres, est l’annonce de la Parole. C’est ainsi que le diacre proclame l’Evangile, peut assurer la prédication du dimanche, baptiser, célébrer le mariage et les funérailles, ou conduire la prière de la communauté. Il ne peut par contre ni célébrer l’Eucharistie, ni donner le sacrement du pardon. Ces tâches restant réservées au prêtre.
Le diacre a également un rôle liturgique. Au côté du prêtre à la messe, c’est lui qui présente les offrandes, «fruits de la terre et du travail des hommes».
Dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, les diacres permanents ne sont pour l’instant que sept, dont un religieux dominicain. Noël Aebischer, le premier ordonné en 1982 est aujourd’hui responsable de la formation des candidats à ce service.
Cette vocation au diaconat ne découle-t-elle pas de la nécessité de repenser son orientation de vie à l’heure d’être grand-père, ou du souci de s’assurer un avenir face à la crise économique ? Que non, les motivations des nouveaux diacres sont plus profondes et plus anciennes. Elles ont été largement éprouvées par le temps.
Max Hayoz: au service des chômeurs
Enfant, il voulait être «curé». Max Hayoz, âgé aujourd’hui de 51 ans, n’est pas devenu prêtre. Marié, père de deux garçons, sa vocation l’a en quelque sorte «rattrapé» en 1988. Lors du départ du curé de sa paroisse, Max préside le Conseil de pastorale paroissial. Il prend alors conscience qu’il est appelé à aller plus loin. C’est l’époque où les premières structures en vue de la formation de diacres permanents se mettent en place dans le diocèse. Autodidacte, il doit d’abord compléter sa formation théologique et suit parallèlement à son activité professionnelle le «Theologiekurs für Laien»
Enfant d’une famille nombreuse et modeste, orphelin de père dès l’âge de deux ans, Max Hayoz a acquis très jeune le sens du service et de la disponibilité. S’il renonce a des études en vue du sacerdoce, c’est surtout parce qu’il doit aider sa famille. Les choix professionnels de ce bilingue aussi à l’aise en français qu’en allemand, confirment ce souci : adjoint au chef de service des écoles de la Ville de Fribourg, il devient ensuite directeur de Caritas. Aujourd’hui, il est médiateur pour les chômeurs auprès de l’Etat de Fribourg. Dans la paroisse bilingue de St-Maurice, en vieille-ville de Fribourg où il réside depuis 18 ans, il est l’homme à qui l’on peut tout demander. Responsable du Conseil de pastorale, il est aussi lecteur liturgique et membre de la Conférence St-Vincent de Paul.
Jean-Pierre Overney : «scout toujours»
Jean-Pierre est le seul grand-père du groupe. Père de quatre enfants, ce Fribourgeois de 59 ans, est sacristain et catéchiste à la paroisse Ste-Thérèse à Fribourg. Pour parler de son appel au diaconat, il se réfère à son expérience au sein du mouvement scout et à sa devise : «toujours prêt».
Après des études en pédagogie curative, il travaille durant douze ans comme éducateur spécialisé puis au Service des tutelles et curatelles de la Ville de Fribourg. Membre du Synode 72, ce grand rassemblement des catholiques suisses de l’après-Concile Vatican II, il songe alors déjà à l’idée du diaconat permanent que les Pères conciliaires viennent de restaurer.
Engagé comme sacristain-concierge en 1979, on le sollicite bientôt aussi comme catéchiste. Alors que le Conseil de pastorale de la paroisse lui propose un parcours de formation biblique, Jean-Pierre saisit l’occasion pour dire qu’il souhaite se diriger vers le diaconat. La démarche de candidature s’est donc faite en commun.
Autre aspect du curriculum de Jean-Pierre Overney : son engagement politique. Il est ainsi membre du Conseil général (législatif) de la ville de Fribourg, sur les bancs du Parti chrétien-social (PCS). A ce titre il est également membre de la Commission de la jeunesse. «Je le fais sur mon temps libre !», explique-t-il
Antoine Semaani : «une voie de simplicité et de détachement»
Antoine Semaani, né en 1956 dans le village d’Hasrun, au nord du Liban, est arrivé en Suisse à l’âge de 19 ans. Après des études de lettres et de théologie, il est enseignant puis assistant pastoral à la paroisse de Morat, puis dans l’Ouest lausannois. La communauté de la paroisse du Bon pasteur à Prilly remarque que son curé a besoin d’aide. Elle pousse Antoine vers la voie du diaconat. Sans trop de conviction, il accepte de faire la première année de discernement et découvre alors la richesse de l’engagement comme diacre. «J’ai trouvé ma vocation non pas dès le départ, mais en cours de formation. La voie du diaconat est faite de simplicité et de détachement. Je n’ai pas d’autre ambition que d’être là où on a besoin de moi.» C’est dans cet esprit qu’il travaille au Centre vaudois de formation permanente.
Marié à Eulalia, d’origine espagnole, père de deux fillettes, Antoine voue une attention particulière aux étrangers, très nombreux dans la banlieue Ouest de Lausanne. «Avec un fort taux de chômage, et des situations sociales souvent difficiles».
Né dans la communauté catholique maronite, Antoine aurait pu y devenir prêtre, puisque ce rite permet l’ordination sacerdotale d’hommes mariés. «J’ai acquis la nationalité suisse et je n’ai plus guère d’attaches avec la communauté maronite. En outre je ne parviens pas à partager la mentalité parfois étroite et souvent nationaliste des maronites libanais. J’ai planté mes racines en Suisse», explique-t-il .
René Pillet: de l’hôtel à l’autel
Rien dans le parcours professionnel de René Pillet, 53 ans, de Lausanne, ne semblait l’orienter vers le service de l’Eglise. Après des études commerciales et l’Ecole hôtelière, il voyage dans de nombreux pays où il travaille comme comptable dans de grands hôtels. C’est au Québec qu’il rencontre sa femme Grazyna, une Polonaise avec qui il se marie en 1972. René est père d’une fille, Jessica, née en 1979. Depuis 1986, il est employé comme adjoint administratif à Caritas-Vaud avec comme tâche principale la comptabilité. Il s’engage parallèlement dans la paroisse St-Amédée à Lausanne. Il est en particulier responsable d’un groupe de prière du Renouveau Charismatique. Son ordination diaconale? Le moyen de donner une dimension supplémentaire à son engagement en faveur des plus démunis. (apic/mp)
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