France: Réapparition d’une Bible autrefois refusée par les évêques français
Paris, 27 septembre 1998 (APIC) La controversée «Bible des communautés chrétiennes», mise en cause pour son anti-judaïsme et retirée du marché en 1996, après que l’épiscopat français lui eut refusé son imprimatur, ressort sous une nouvelle appellation. Elle s’intitule désormais «Bible des peuples», annonce le journal catholique «La Croix» dans son édition de vendredi: Chose plus étonnante. La «nouvelle» Bible paraît avec l’imprimatur des évêques du Congo de la République démocratique du Congo. «Un dysfonctionnement très regrettable», déplore le cardinal Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux.
«La Croix» consacre une page entière à cette publication qui réveille aujourd’hui en France une vive polémique. Si les auteurs ont habilement ont modifié les passages litigieux, ils ont en revanche ignoré les critiques formulées par les experts de l’épiscopat français. La Bible des frères Hurault, deux prêtres du diocèse de Versailles, avait en effet déclenché lors de la parution de sa première édition française, au printemps 1994, «une des plus violentes querelles de la décennie dans l’édition religieuse», rappelle le quotidien. Ce n’est pas cette fois le monde juif qui montera au créneau. Selon les premières expertises des spécialistes contactés par «La Croix», les 19 passages «anti-juifs» ont été supprimés.
L’un d’eux est Menahem Macina, qui enseigne à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL). Il avait, le premier, au début de 1995, envoyé un dossier à ce sujet à l’évêque de Versailles. «Certes, il s’agit bien souvent de changements de forme, d’arrangements cosmétiques, réagit-il. Sur le fond, on reste dans une théologie préconciliaire. Mais celle-ci n’est pas légalement répréhensible».
Episcopat français court-circuité
La parution de la nouvelle bible chez un grand éditeur parisien a suscité en revanche «la consternation de l’épiscopat français, qui se sent court-circuité», écrit «La Croix», puisque la Bible des peuples «revendique l’imprimatur de la Conférence épiscopale du Congo, donné le 26 février 1995 et confirmé depuis par son président, Mgr Faustin Ngabu, évêque de Goma. En outre, les auteurs ont ignoré l’essentiel des critiques de l’épiscopat qui, avant de refuser l’imprimatur, avait commandé une longue étude (150 pages) à une commission d’exégètes.
Le cardinal Eyt : une " rouerie «
Interrogé par «La Croix», le cardinal Pierre Eyt, président de la Commission doctrinale des évêques de France, ne condamne pas formellement la nouvelle «Bible des peuples». Mais il estime que la méthode utilisée par ses promoteurs procède d’une «rouerie».
S’il avoue n’avoir pas lu cette bible – pas plus que les membres de la commission doctrinale, qui s’est réunie mercredi – , il se dit surpris: «Comment une Conférence épiscopale tout à fait méritoire – celle de la République démocratique du Congo -, et dans un pays qui compte de nombreux théologiens et exégètes que j’estime, a-t-elle pu donner un imprimatur sans savoir consulté l’épiscopat français qui s’était déjà prononcé sur cette bible? C’est un dysfonctionnement très regrettable». Il n’envisage cependant pas un recours. La question ne se pose pas comme cela, déclare-t-il. «D’autant plus qu’il n’y a, à ma connaissance, aucune jurisprudence sur ce point. Je préfère en référer directement au cardinal-archevêque de Kinshasa. Ce qui correspond d’ailleurs au mode de relation normale entre Conférences épiscopales». (apic/cip/ba)
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