300 personnes tentent de lyncher des chrétiens au Pakistan

À la suite d’une accusation de blasphème, une foule en colère a violemment attaqué, le 25 mai 2024, la maison d’un chrétien dans la vile de Sargodha, dans la province pakistanaise du Punjab. La police a inculpé et arrêté 44 personnes. Le propriétaire gravement blessé a été hospitalisé.

L’incident s’est produit le 25 mai lorsque des habitants ont trouvé des pages brûlées du Coran près des maisons de quelques familles chrétiennes, rapporte l’agence vaticane Fides. Une foule armée de bâtons, de pierres et d’autres armes s’est rassemblée entre 7h et 8h du matin, devant le domicile de Nazir Masih, un chrétien propriétaire d’une petite fabrique de chaussures dans la région, l’accusant de « blasphème » et prétendant qu’il avait brûlé le Coran alors qu’il se débarrassait d’ordures.

Des citoyens, chrétiens et musulmans, craignant une flambée de violence, ont fait intervenir la police locale et des représentants du « comité de paix » de Sargodha, composé de dirigeants chrétiens et musulmans, pour tenter de calmer la foule, qui s’était entre-temps agrandie à 300 personnes.

Une situation qui dégénère

Malgré leurs efforts  la situation a dégénéré: des hommes ont mis le feu à l’usine de chaussures, d’autres se sont introduits dans la maison de Nazir Masih depuis les toits adjacents. Bien que dix membres de la famille aient pu s’échapper, seule une intervention de la police a permis de sauver l’homme de la maison en flammes, mais Nazir a tout de même été blessé, tandis que la foule continuait à appeler au lynchage.

La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule et a arrêté des dizaines de personnes. Un enquête été ouverte contre 44 hommes identifiés, accusés de tentative de meurtre, d’obstruction et d’agression contre un fonctionnaire, d’actes de terrorisme et de lynchage.

De fausses accusations

Nazir Masih, 70 ans, est hospitalisé à Sargodha dans un état critique mais stable. Selon ses avocats, ce sont des voisins – avec lesquels il avait eu des différends dans le passé – qui l’ont accusé et ont déclenché les violences. « Il s’agit d’un nouveau cas d’abus de la loi sur le blasphème. Il est nécessaire de prendre des mesures pour éviter qu’elle ne soit instrumentalisée », a déclaré l’avocat catholique Khalil Tahir Sindhu, ministre des Droits de l’homme du Pendjab, qui s’est rendu sur les lieux. Le ministre a remercié la police pour son intervention rapide qui a permis d’éviter le lynchage.

La communauté chrétienne du quartier de Mujahid, où vivent plusieurs familles et où se dresse une église, vit dans la crainte. Beaucoup de ses membres sont partis se réfugier chez d’autres parents. Une délégation de la Commission Justice et Paix des évêques pakistanais, conduite par Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi, s’est rendue sur place aux côtés du ministre Sandhu. Pour la Commission, il est essentiel que toute accusation de blasphème fasse l’objet d’une enquête approfondie et que la personne accusée ait une chance équitable de se défendre, conformément aux prérogatives constitutionnelles. « En aucun cas, les foules ne devraient avoir la possibilité de se faire justice elles-mêmes. »

Après l’incident, l’archevêque de Lahore, Mgr Sebastian Shaw, a également présidé une réunion à Lahore pour réitérer le besoin de protection et de sécurité de toutes les églises du district de Sargodha. Abdul Khair Azad, imam de la mosquée royale de Lahore, et plusieurs membres des autorités civiles se sont joints à lui pour partager cet appel.

Un crime capital

Le blasphème est un crime capital au Pakistan et peut être passible de la peine de mort ou de la prison à vie. Il est cependant souvent utilisé à mauvais escient pour de fausses accusations, voire brandi par des foules qui lynchent des suspects à l’écart de toute juridiction. Pour le professeur Shadid Mobeen, correspondant de l’organisation Aide à l’Église en détresse (ACN) et neveu de la victime, «le rôle de la communauté internationale et des médias est essentiel pour faire pression sur le Pakistan afin qu’il protège ses minorités religieuses de la mentalité extrémiste».

Cette attaque rappelle les émeutes de Jaranwala déclenchées le 16 août 2023, lorsque des rumeurs ont commencé à se répandre selon lesquelles des frères avaient manqué de respect au Coran. Les foules ont ensuite attaqué les chrétiens, leurs maisons et leurs lieux de culte. (cath.ch/fides/aed/mp)

Maurice Page

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/300-personnes-tentent-de-lyncher-des-chretiens-au-pakistan/