Inde: Chrétiens et musulmans dans le collimateur des fondamentalistes hindous
Mumbai/New Delhi, 5 août 1998 (APIC) Les groupes fondamentalistes hindous sont de plus en plus agressifs contre les minorités religieuses en Inde. En l’espace d’une dizaine de jours, on a enregistré 24 cas de violences à l’encontre de chrétiens et de musulmans, selon des parlementaires indiens.
Des responsables politiques indiens, qui ont parcouru les Etats du Gujarat et du Maharashtra, ont confirmé à l’agence de presse catholique asiatique UCA News que les minorités religieuses de ces Etats vivent «dans une terreur constante des attaques».
Trois cents exemplaires de la Bible ont récemment été brûlés à Rajkot, au nord-ouest de l’Etat indien du Gujarat, par une centaine de militants du Bajarang Dal et de l’Akhil Bharatiya Vidyarthi Parishad, associations dans la mouvance du parti nationaliste hindou au pouvoir Bharatiya Janata Party (BJP). Les bibles avaient été distribuées par le groupe protestant des Gédéons aux élèves d’une école de filles.
Selon des témoins, les militants anti-chrétiens ont fait irruption dans l’école, ont confisqué les bibles et y ont mis le feu dans la cour de l’école en criant des slogans hostiles aux chrétiens. Un officier de police de l’Etat du Gujarat a condamné l’incident qui s’est produit à l’école de la mission et a ordonné à la police de prendre des mesures draconiennes contre les responsables.
Accusations de prosélytisme
Il semble que ce qui a provoqué la décision de brûler les bibles est l’inscription gravée sur la couverture: «Le Christ est mon Sauveur et j’ai décidé de l’accepter comme tel». Les militants du Bajarang Dal et de l’Akhil Bharatiya Vidyarthi Parishad prétendent que l’école cherche à convertir les élèves et ont demandé que la «propagande religieuse» soit exclue de l’école. La direction de l’école nie toute responsabilité dans la distribution des bibles. La directrice, Mme Snehaltaben, fait remarquer que c’est la seconde fois que des bibles de ce type (en fait, le Nouveau Testament) sont introduites dans son école.
A Ahmadabad et à Surat, deux villes du même Etat du Gujarat, d’autres incidents violents ont éclaté suite aux protestations des Etats-Unis contre les essais nucléaires indiens. A cette occasion, trois camions de Pepsi Cola ont été incendiés, ainsi qu’une école chrétienne. Et à Baroda, quelques mois auparavant, un rassemblement biblique avait été violemment interrompu.
Profanation d’un cimetière chrétien
Des extrémistes hindous s’en sont même pris aux morts. Le quotidien national indien Hindustan Times a fait état de la profanation d’un cimetière chrétien au début du mois de juillet à Kapadvani dans le district de Kheda (Etat du Gujarat). La population a été horrifiée en retrouvant, exhumé et jeté devant l’église, le corps d’un chrétien récemment enterré. Le journal révèle que les responsables de la profanation sont des militants du Vishwa Hindu Party (VHP), intervenus dans le conflit pour le contrôle du cimetière dont la propriété est disputée aux chrétiens par la communauté Bagris. Le différend avait été récemment résolu en faveur des chrétiens, mais les membres du VHP local ont exhumé le corps et le cercueil et les ont déposés devant l’église.
Le Secrétaire National du bureau des Affaires publiques de la All Indian Catholic Union, John Dayal, a annoncé que son organisation a adressé une vive protestation au Président de l’Inde, au Premier Ministre, au Ministre de l’Intérieur, au Gouverneur de l’Etat du Gujarat, ainsi qu’à d’autres autorités, dont la Commission nationale pour les Droits de l’homme, et la Commission nationale pour les minorités. Il réclame une intervention urgente pour que cessent les épisodes de violence contre les minorités de l’Etat du Gujurat, et en particulier celles qui sont programmées contre la communauté chrétienne par des membres du VHP, du Rashtriya Swayamsevak Sangh et d’autres organisations du BJP. Dans l’Etat du Gujurat, les chrétiens représentent 0,3% sur une population totale de quelque 50 millions d’habitants.
Protestation commune des groupes religieux
Face à ces campagnes organisées, les représentants des groupes religieux présents en Inde – hindous, musulmans, chrétiens, sikhs – ont adressé une protestation commune. Il ont qualifié ces agressions de «signes de lâcheté», alors que l’hindouisme défend la vérité et la tolérance et se caractérise par une capacité sans égal de s’accommoder de la pluralité religieuse. Entre-temps, le gouvernement dirigé par le BJP a annoncé qu’il allait faire la lumière sur ces crimes en mettant sur pied une commission d’enquête. (apic/fides/ucan/be)
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