Cantorbéry: La Conférence de Lambeth contre l’ordination de prêtres homosexuels
Cantorbéry, 6 août 1998 (APIC) C’est à une majorité écrasante que les évêques anglicans participant à la Conférence de Lambeth ont adopté le 5 août au soir une résolution déclarant que la pratique de l’homosexualité était «incompatible avec l’Evangile», et recommandant «l’abstinence sexuelle» pour tous ceux «qui ne sont pas appelés au mariage».
Cette déclaration – sévère échec pour les évêques d’Amérique du Nord qui ont béni des relations entre personnes du même sexe et ordonné des homosexuels à la prêtrise, commente l’agence de presse œcuménique ENI – a reçu le soutien de l’archevêque de Cantorbéry, George Carey. A la fin de la séance, il a en effet affirmé qu’il ne pouvait trouver «aucune place dans les Saintes Ecritures ou dans toute la tradition chrétienne pour une activité sexuelle hors du mariage entre homme et femme».
Cinglante défaite pour les évêques d’Amérique du Nord
Même si la Conférence de Lambeth n’a pas d’autorité légale sur les provinces de la Communion anglicane (presque 40), la résolution adoptée mercredi devrait certainement être vue par les conservateurs comme un test de fidélité à la tradition anglicane. Sur les évêques présents, 526 ont approuvé la résolution, et entre autres l’archevêque Carey, 70 ont voté contre et 45 se sont abstenus.
La question de l’homosexualité a été le point le plus controversé lors de la Conférence de Lambeth qui rassemble les évêques anglicans du monde entier et a lieu tous les dix ans. La résolution a été adoptée à l’issue d’un long et difficile débat de deux heures et demie, au cours duquel les participants devaient se pencher sur six pages d’amendements à la résolution qui elle-même avait fait l’objet d’âpres discussions les jours précédents.
Le tiers monde pèse de tout son poids
Le débat a commencé par l’examen d’une résolution de compromis qui présentait «le mariage entre un homme et une femme» comme la norme selon l’Ecriture, et précisait que la Conférence de Lambeth «ne pouvait conseiller» aux évêques de bénir les unions entre personnes du même sexe ni ordonner ceux qui ont des relations homosexuelles. La première résolution – apparemment dans un geste de bonne volonté en faveur des évêques libéraux – condamnait aussi l’homophobie.
Mais, lors du débat, un groupe d’évêques du monde en développement – Afrique, Asie et Amérique latine – et d’évêques évangéliques d’Australie et d’autres pays occidentaux ont obtenu gain de cause et réussi à faire insérer dans une clause la phrase «tout en rejetant la pratique de l’homosexualité comme incompatible avec l’Ecriture…», qui a été approuvée par 389 évêques, y compris George Carey, contre 190 voix.
Sodome et Gomorrhe
Toutefois, les efforts des ultraconservateurs pour insérer d’autres condamnations extrêmes de l’homosexualité dans la résolution n’ont pas abouti. L’évêque Alexander Malik, du Pakistan, dont le discours contre l’homosexualité a été le plus fort, a demandé que la condamnation de l’homophobie soit retirée de la résolution car, a-t-il dit, ceux qui condamnent la «perversité» de l’homosexualité suivent en fait l’Ecriture. Les évêques libéraux vont-ils venir dans dix ans à la prochaine Conférence de Lambeth et demander la permission de bénir les relations entre les anglicans «et leurs animaux familiers, leurs chiens et leurs chats», a-t-il ironisé.
«L’homosexualité existe depuis Sodome et Gomorrhe, il n’y a rien de nouveau à cet égard», a-t-il fait remarquer, en ajoutant que les évêques et les prêtres qui la soutenaient ne suivaient pas la croyance fondamentale de l’Eglise et ne devaient pas faire partie de l’organisation.
Condamnation de l’»homophobie»
L’amendement soumis par l’évêque Samso Muraluda, du Kenya, demandant que la condamnation de l’homophobie devienne une condamnation de «la peur irrationnelle des homosexuels» a été accepté après que l’évêque eût dit à la Conférence qu’il ne fallait pas considérer comme fausse toute opposition à l’homosexualité. Des évêques anglo-catholiques d’Angleterre et d’Irlande ainsi que deux femmes évêques des Etats-Unis, inquiets de voir les conservateurs recourir aux amendements pour durcir la position contre l’homosexualité, se sont exprimés en faveur d’une ligne plus modérée.
«Condamner l’homosexualité serait un suicide évangélique dans ma région», a souligné l’évêque Catherine S. Roskam, de New York, même si elle reconnaît, comme l’a dit l’évêque Peter Adebiyi, d’Owo au Nigéria, qu’accepter les relations homosexuelles serait «un suicide évangélique» pour les Eglises anglicanes d’Afrique. Les évêques libéraux ont réussi à faire ajouter une ligne à la résolution par laquelle les évêques «s’engagent à écouter l’expérience des homosexuels».
La Conférence a aussi appelé les primats anglicans et le Conseil consultatif anglican, organisme de coordination de la Communion anglicane, à «mettre en place un moyen de suivre le travail accompli sur le sujet de la sexualité humaine dans la Communion et à échanger entre nous les déclarations et les ressources».
Fronde programmée des évêques libéraux
A l’issue de la session, certains évêques et groupes chrétiens d’homosexuels ont exprimé leur consternation devant le ton du débat et le contenu de la résolution. «Je suis un hétérosexuel, aussi n’ai-je jamais ressenti la pression de l’homophobie, mais dans le salle de conférence, je l’ai ressentie», a lancé l’évêque Richard Holloway, d’Edimbourg, aux journalistes. D’autres libéraux ont ajouté que la résolution pourrait être une justification de l’homophobie et que les évêques d’Amérique du Nord allaient ignorer la résolution et continuer de bénir les unions entre personnes du même sexe et ordonner des lesbiennes et des homosexuels.
«Soyez assurés que la minorité d’aujourd’hui deviendra inévitablement la majorité de demain», a annoncé l’évêque John Spong, des Etats-Unis, défenseur de la reconnaissance des homosexuels, et connu pour ses idées libérales. Il a prédit que des évêques affichant ouvertement leur homosexualité participeraient à la prochaine Conférence de Lambeth. (apic/eni/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse