À 80 ans, le cardinal Ouellet ne peut plus élire le prochain pape

Le cardinal québécois Marc Ouellet, préfet émérite du dicastère pour les Évêques, fête ses 80 ans le 8 juin 2024, et ne sera donc plus électeur en cas de conclave. Celui qui fut l’un des favoris au conclave de 2013, ensuite atteint par plusieurs affaires judiciaires, est à la retraite depuis avril 2023.

Avec l’anniversaire du cardinal Ouellet, le collège des cardinaux compte au total 236 membres dont 126 électeurs en cas de conclave et 110 non votants. Le Canada compte encore trois cardinaux électeurs: Michael Czerny, Thomas Christopher Collins, et Gérald Cyprien Lacroix.

Né le 8 juin 1944 à Lamotte, dans une famille de huit enfants, Marc Ouellet a été ordonné prêtre pour le diocèse d’Amos le 25 mai 1968. Après son ordination sacerdotale, il a enseigné au séminaire de Bogotà, en Colombie, où il est entré dans la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (sulpiciens). Il a été ensuite recteur du séminaire de Manizales, puis de celui de Montréal.

Consacré évêque par Jean Paul II en personne en 2001, le Québécois a commencé à travailler à la Curie romaine comme secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Il a été nommé archevêque de Québec en 2002 et créé cardinal par le pape polonais en 2003.

Papabile en 2013

À l’archevêché de Québec, il vécut une période délicate, pendant laquelle il ne parvint pas à empêcher diverses polémiques provoquées notamment par ses prises de position fermes sur l’avortement et l’euthanasie.

Docteur en théologie, disciple du théologien jésuite suisse Hans Urs von Balthasar, il fut un proche de Joseph Ratzinger, avec lequel il fonda en 1972 la revue Communio pour sortir la réception du Concile Vatican II du dualisme «progressisme/conservatisme». C’est Benoît XVI, une fois élu pape, qui le nomma à la tête de ce qui était alors la congrégation pour les Évêques – dicastère puissant chargé de la nomination des évêques – et de la Commission pontificale pour l’Amérique latine en 2010.

Le cardinal Ouellet est alors devenu un prélat influent au sein de la Curie romaine malgré sa discrétion, jusqu’à être considéré parmi les «papabile» au conclave de 2013. Selon le vaticaniste Gerard O’Connell, il obtient même 22 voix au premier scrutin et arrive en troisième position.

Accusations de harcèlement sexuel

Le pape François le maintint à la tête du dicastère pour les Évêques malgré les rumeurs qui annonçaient régulièrement la disgrâce d’un cardinal dont le nom est régulièrement ressorti dans des affaires de gestion de cas d’abus, notamment aux États-Unis avec le rapport McCarrick.

En août 2022, il est visé par une plainte pour «gestes inappropriés» par une ancienne collaboratrice du diocèse de Québec. Moins de 48 heures après la diffusion de cette affaire, le pape François fait savoir par son service de presse qu’il n’y a «pas suffisamment d’éléments pour ouvrir une enquête canonique». Le pontife se base alors sur les conclusions d’une enquête menée début 2021 par le Père Jacques Servais – lui-même un proche du cardinal Ouellet, murmurent les observateurs. Le 13 décembre 2022, le cardinal Ouellet annonce entreprendre un recours judiciaire en diffamation devant les tribunaux québécois, pour «démontrer la fausseté des allégations» et «rétablir (sa) réputation et (son) honneur».

Condamné à payer 100’000 euros

Marc Ouellet est un défenseur de la Tradition sur les questions sacramentelles. Quand la question de l’ordination d’hommes mariés est particulièrement mise en avant pendant le Synode sur l’Amazonie en 2019, il publie un livre de défense du sacerdoce dans lequel il souligne les bienfaits du célibat. En 2022, il organise un symposium pour relancer la théologie du sacerdoce alors que le Synode de l’Église allemande pousse pour des «avancées» sur l’ordination des femmes ou la fin du célibat sacerdotal. Le cardinal québécois se confrontera également aux évêques allemands lors de leur visite ad limina très médiatisée en novembre 2022, alors que ceux-ci refuseront sa demande de moratoire.

Le 30 janvier 2023, le pape François accepte sa démission à l’âge de 78 ans. Le nom du préfet émérite ressort dans la presse un an plus tard, alors que le tribunal judiciaire de Lorient (Bretagne) le condamne le 3 avril 2024 à payer plus de 100’000 euros de dommages et intérêts à une religieuse française renvoyée de la congrégation des dominicaines du Saint-Esprit (Pontcallec) en 2020 à l’issue d’une enquête canonique diligentée par le prélat. Une condamnation dont le cardinal conteste la légitimité. (cath.ch/imedia/ak/rz)

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