Les Eglises du Zimbabwe veulent que le problème du sida soit traité à l’Assemblée du COE
Genève, 13 août 1998 (APIC)- Nombreux sont les chrétiens zimbabwéens qui espèrent que le sida soit à l’ordre du jour de l’Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises (COE), qui se tiendra en décembre dans la capitale de leur pays, Harare.
Melaku Kifle, originaire d’Ethiopie, et coordinateur du Secrétariat « réfugiés et migrants » du COE a passé un mois au Zimbabwe ou il a rencontré, dans le cadre des préparatifs de l’Assemblée, les représentants des Eglises locales. Interviewé par un journaliste des « Nouvelles oecuméniques internationales » (ENI), peu après son retour, il s’est déclaré « choqué » par l’étendue de la maladie dans ce pays d’Afrique australe. « Les gens m’ont dit que chaque semaine 700 personnes mouraient du sida et j’ai pu le constater moi-même dans les différents villages où je me suis rendu. Les villageois m’ont dit: ’Nous passons notre temps à enterrer les morts’. »
Les Eglises et le Conseil des Eglises du Zimbabwe (CEZ), a-t-il fait remarquer, jouent un grand rôle en sensibilisant la population et en l’avertissant du risque de propagation du virus. « Un évêque m’a rappelé qu’il y cinq ans on ne pouvait même pas parler du virus, car c’était un sujet tabou, et l’on ne disait jamais qu’un membre de sa famille était mort du sida. Or aujourd’hui, on en parle ouvertement. »
« J’ai trouvé le CEZ très ouvert à cet égard », a-t-il déclaré en précisant que le gouvernement prenait aujourd’hui des initiatives en vue de mobiliser la population et de l’informer sur les risques du virus. Une équipe gouvernementale s’est rendue en juillet en Ouganda – ou le taux d’infection par le VIH est relativement bas – et elle a recommandé au gouvernement, à son retour, de lancer des campagnes de sensibilisation comme en Ouganda.
Un problème qui concerne toute l’Afrique
« Le COE débattra de ce problème », a souligné encore Melaku Kifle: « C’est un problème qui se pose non seulement au Zimbabwe, mais dans toute l’Afrique. Et c’est l’un des plus graves de la région, aussi devrait-il être un des éléments importants de débat à l’Assemblée. »
La relation entre l’Eglise et l’Etat, a poursuivi Melaku Kifle, est aussi un sujet de préoccupation. Aujourd’hui le Zimbabwe doit faire face à une profonde crise économique et sociale, et au début de l’année des émeutes ont éclaté a la suite d’une hausse des prix des denrées alimentaires de base. Les problèmes ont aussitôt provoqué la parution d’articles dans la presse indépendante, critiques à l’égard du gouvernement. Le mécontentement continue, et les syndicats menacent de lancer une grève nationale de cinq jours ce mois-ci.
Or, les Eglises, les ecclésiastiques et le CEZ se sont fréquemment exprimés – parfois de manière critique – sur ces problèmes, et en particulier sur la nécessité d’une réforme constitutionnelle, ce qui leur a valu parfois d’être blâmés par les représentants du gouvernement qui leur ont demandé de ne pas interférer dans les affaires politiques. « Cette question des relations entre l’Eglise et l’Etat est un grand sujet de débat au sein de l’Eglise », a relevé Melaku Kifle. « Si faire de la politique, estiment les Eglises, signifie parler des droits fondamentaux des personnes, alors nous devons nous engager et être aux côtés des gens. »
Freiner la corruption
Pourtant, a-t-il ajouté, « les grandes Eglises et le ZEC soulignent bien qu’ils ne veulent pas prendre parti pour un groupe politique. « Récemment, les responsables des grandes Eglises protestantes du Zimbabwe ont publié « une lettre pastorale sur l’état de la nation », dans laquelle ils demandent des réformes gouvernementales et des mesures visant à « freiner la corruption dans les cercles gouvernementaux et dans la société ».
Dans cette lettre, ils se déclarent aussi préoccupés par l’endettement du Zimbabwe – la nation doit 5 milliards de dollars et 25 % du budget annuel est consacré au service des intérêts des emprunts. « Les Eglises du monde entier font campagne pour obtenir la remise de toutes les dettes du tiers monde », souligne la lettre. « Nous espérons que l’Assemblée du COE adoptera une position ferme sur ce sujet. Il nous faut en effet une stratégie efficace en vue d’exercer des pressions sur les gouvernements et les institutions concernées dans les pays industrialisés ». (apic/eni/ba)
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