Une membre du COE souligne le mécontentement des Portoricains

New York: Statut de Porto Rico discuté devant le Comité de l’ONU sur la décolonisation

New York, 16 août 1998 (APIC) De nombreux Portoricains expriment leur mécontentement devant leur avenir politique incertain. Mais aussi à cause de leur dépendance actuelle des Etats-Unis. C’est ce qu’a souligné la semaine dernière une des présidentes du Conseil oecuménique des Eglises (COE), la portoricaine Eunice Santana, devant le Comité des Nations Unies sur la décolonisation.

S’exprimant au nom de la Commission des Eglises pour les affaires internationales du COE, Eunice Santana, pasteur ordonnée de l’Eglise des disciples du Christ, a déclaré tout dernièrement aux membres de ce Comité que les Portoricains se sentaient « impuissants » dans une société marquée « par la division, l’intolérance et la dépendance ».

Les débats sur Porto Rico ont lieu aux Nations Unies alors que les habitants (3,8 millions) de cette île des Caraïbes, située à 1’600 kilomètres au sud-est de Miami, se penchent sur leur histoire et débattent de leur avenir.

Après quatre cent ans de colonisation espagnole, l’île a été cédée aux Etats-Unis en 1898, à l’issue de la guerre hispano-américaine (Traité de Paris). En 1952, fut adoptée la constitution de l’Etat libre associé (Commonwealth) qui régit les rapports de l’île avec les Etats-Unis. Les Portoricains sont officiellement citoyens des Etats-Unis et peuvent bénéficier d’avantages sociaux mais ils ne peuvent voter aux élections présidentielles et ne sont pas représentés au Congrès.

Le statut de Porto Rico a souvent fait l’objet de nombreux débats. En décembre il sera demandé par référendum aux Portoricains s’ils veulent conserver le statut d’Etat libre associé ou devenir le 51e Etat des Etats-Unis. Le précédent référendum sur le statut de l’île, tenu en novembre 1993, avait abouti à une modeste victoire des partisans de l’actuel « Etat librement associé » aux Etats-Unis. Par 48,4 % contre 46,2 % aux partisans de l’annexion à la grande puissance voisine. 4,4% des votants s’étaient exprimés pour l’indépendance.

Les partisans de l’annexion pensent qu’elle permettra de stimuler l’économie et d’obtenir une plus grande représentation politique. Ceux qui veulent conserver le statut actuel répondent que l’intégration sera préjudiciable pour les riches traditions culturelles et l’identité distincte de ce peuple hispanophone – en partie parce que l’anglais deviendrait alors la langue officielle de Porto Rico si l’île devenait le 51e Etat des Etats-Unis.

Eunice Santana pour l’indépendance

Pour Eunice Santana, la seule solution pour Porto Rico est en définitive l’indépendance.

« Les forces qui veulent que Porto Rico devienne le 51e Etat américain ont adopté, a-t-elle dit, une certaine part du raisonnement et de l’analyse des partisans de l’indépendance. Mais ils oublient que la relation avec les Etats-Unis est un fardeau coûteux qui a déjà engendré des divisions, même au sein des familles.

« Toute notre vie s’en ressent », a fait observer Eunice Santana pour qui le référendum n’est guère plus qu’un « concours de popularité pour les politiciens locaux ». En effet, a-t-elle encore déclaré, le Congrès des Etats-Unis sera l’arbitre ultime du sort politique de Porto Rico puisque c’est lui qui décide d’accepter ou non un autre Etat. Il est très improbable, a-t-elle ajouté, qu’un Congrès conservateur dominé par le Parti républicain soit en faveur de l’intégration d’un Etat d’une île hispanophone.

Les protestants ont évolué sur la question

La communauté protestante de Porto Rico – qui représente environ 20 % de la population.-. se débat depuis quelques années avec le problème de la domination des Etats-Unis, a expliqué Eunice Santana. Le protestantisme, introduit par des missionnaires américains il y a un siècle, se caractérisait au début par une combinaison de « la Bonne Nouvelle » de l’Evangile chrétien et de la promesse de « l’américanisation » et « du mode de vie » américain.

« Mais ceux qui ont suivi ce message l’ont désormais abandonné », a-t-elle fait remarquer. « En effet le contrôle américain sur l’île signifie une présence militaire permanente et un manque de dialogue politique ». (apic/eni/ba)

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