Une troisième voie entre le tout répressif et le tout libéral
Berne, 19 août 1998 (APIC) La Fédération des Eglises protestantes de la Suisse, en matière de politique de la drogue, se déclare partisane d’une troisième voie entre le tout répressif et le tout libéral. Tout comme il avait rejeté l’initiative «Pour une jeunesse sans drogue», considérée comme trop répressive, le Conseil de la FEPS rejette également l’initiative populaire «DroLeg», qui veut en libéraliser l’usage. «DroLeg» sera soumise au peuple suisse le 29 novembre prochain.
«L’initiative DroLeg met uniquement l’accent sur le libre arbitre», constate le Conseil de la FEPS dans un communiqué publié le 19 août. Selon «DroLeg», les adultes doivent pouvoir consommer de la drogue légalement. L’initiative parle à peine de prévention: protection de la jeunesse, interdiction de la publicité, information ne sont que vaguement mentionnées. «Or, souligne la FEPS, une politique en matière de toxicomanie fondée sur le libre arbitre néglige les aspects sociaux de la dépendance.»
Prévention, aide à la survie et thérapie incombent à la société et si l’initiative était adoptée, ces aspects perdraient leur fondement politique et moral, affirme le Conseil de la FEPS. Si l’initiative DroLeg devait trouver grâce devant les électeurs, la dépendance vis-à-vis de la drogue risquerait d’être assumée par l’individu, abandonné à lui-même, poursuit l’exécutif de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse.
Pour une éthique de responsabilité
A l’opposé, l’éthique chrétienne insiste sur la responsabilité de l’Etat, de la société et des Eglises envers les personnes, en particulier envers celles qui sont dans la détresse. Le Conseil de la FEPS, en accord avec l’Assemblée des délégués, plaide pour une troisième voie. Pour les représentants du protestantisme helvétique, une politique en matière de drogue doit viser la santé, la qualité de la vie et l’intégration sociale.
«Ni le libre arbitre, ni l’abstinence, ne peuvent être ordonnés par l’Etat et ne peuvent servir de lignes conductrices pour une politique en matière de drogue», indique le Conseil de la FEPS, dont la position correspond pour l’essentiel à la politique du Conseil fédéral en matière de toxicomanie et repose sur quatre piliers: la prévention, l’aide à la survie, la thérapie et la répression.
Cette politique de la Confédération, des cantons et des communes navigue entre diverses exigences: offrir une aide aux personnes dépendantes, protéger la population des effets négatifs de la consommation de drogue, lutter contre le marché noir et la mafia. «Dans ces circonstances, il ne saurait y avoir de solutions simples et incontestées», souligne le Conseil qui estime que tout programme d’action dans ce domaine doit tenir compte simultanément des faits et des considérations éthiques.
La première de ces considérations est que toute personne toxico-dépendante a droit à recevoir une assistance: «Pour protéger la santé, promouvoir la qualité de la vie, garantir ou viser l’intégration sociale, toutes les mesures possibles – de l’aide à la survie aux thérapies visant l’abstinence – doivent pouvoir être prises.» En outre, au cours d’une thérapie, la volonté de s’abstenir ou de réduire sa consommation de drogue peut naître et être encouragée, note le Conseil de la FEPS, mais cette volonté «ne doit pas être la condition préalable de l’aide».
La pénalisation des consommateurs aggrave la situation des personnes dépendantes
Les responsables de la FEPS soulignent par ailleurs que la pénalisation de la consommation de drogue «aggrave la situation des personnes dépendantes» et que «la menace de la sanction n’empêche pas la dépendance». A leurs yeux, l’Etat et la société doivent trouver d’autres moyens pour montrer que la toxicomanie est indésirable.
Des mesures préventives diversifiées et des programmes d’assistance convaincants contribuent à la qualité de la vie et à l’intégration sociale des personnes menacées, relève enfin le Conseil de la FEPS. Et de conclure: «La consommation de stupéfiants ne libère personne de sa responsabilité envers autrui comme envers soi-même. Quiconque cause un préjudice sous l’emprise de la drogue doit à juste titre être puni. De même, quiconque exploite des personnes dépendantes doit être poursuivi et puni.» (apic/spp/be)
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