France: Le Père Lagoutte s’interroge sur les occupations d’églises et de la nonciature

APIC – Interview

Et pourquoi pas des mosquées… ou des synagogues?

Propos recueillis par notre correspondant à Paris, Jean-Claude Noyé

Paris, 20 août 1998 (APIC) Les occupations d’églises par des « sans-papiers », qui se sont multipliées ces derniers mois en France, ainsi que la récente intrusion, « par la force », d’un groupe de 13 personnes au siège de la nonciature apostolique de Paris n’a laissé ni le Vatican ni les milieux d’Eglise indifférents. Ni les pouvoirs politiques sans doute, qui viennent d’annoncer un assouplissement des critères pour régulariser la situation des « sans-papiers ». Nombre de fidèles s’interrogent sur ces occupations. Et se demandent pourquoi on n’occupe pas aussi des mosquées ou des synagogues?

A terme, avec les nouveaux critères, entre 10’000 et 15’000 des 60’000 déboutés pourraient bénéficier des mesures d’assouplissement. Les réactions du Père Bernard Lagoutte, secrétaire général de la Conférence des évêques de France, dans une interview accordée à l’APIC.

P. Lagoutte: Je suis heureux de cette mesure d’assouplissement des critères, car on devrait aller vers davantage de paix et des critères plus précis, plus objectifs. Il était précédemment demandé aux préfets de régulariser la moitié des sans-papiers demandeurs. Ce critère purement politique a disparu et c’est tant mieux. Nous allons vers ce que réclamait le « Secours catholique »: un vrai examen au cas par cas et un accueil humain. Ce qu’a fait la nonciature pendant l’occupation de ses locaux et le gouvernement qui a accepté de dialoguer avec les personnes.

APIC: Comment réagissent les catholiques de base?

P. Lagoutte: Difficile de répondre. Pendant les occupations des églises, en mai-juin, il y a toujours eu des représentants des communautés ecclésiales concernées qui se sont montrés très présents, qui ont négocié avec les sans-papiers les modalités de leur occupation. Dans certains diocèses, ce ne fut pas facile. Beaucoup de fidèles renâclent, ne comprennent pas la politique de la main tendue de l’Eglise.

APIC: Les positions sans ambiguïté de l’épiscopat quant à l’accueil de l’étranger ont-elles amélioré l’image de l’Eglise auprès de l’opinion publique?

P. Lagoutte: Je ne sais pas. D’abord, il faut bien constater que cette question n’a pas suscité un grand retentissement national. Parmi le courrier que nous recevons, beaucoup de gens nous font savoir par lettre qu’ils ne comprennent pas et qu’ils s’offusquent de l’hospitalité faite aux sans-papiers dans nos lieux de culte. Ces personnes demandent pourquoi ce sont précisément ces lieux qui sont occupés et pas les mosquées ou les synagogues.

APIC: N’est-on pas en droit de se poser cette question?

P. Lagoutte: Ailleurs on les mettrait probablement dehors tout de suite. Alors que dans l’Eglise une tradition d’asile a toujours prévalu. Par ailleurs, les églises sont propriété des diocèses , et les forces de l’ordre ne peuvent y intervenir sans le consentement du clergé. Les sans-papiers le savent et ils ont tendance à intégrer cela froidement dans leur stratégie de combat, à nous instrumentaliser trop facilement. Ce que je déplore. Même si je n’ignore pas qu’à l’occasion de ces occupations, beaucoup de sans-papiers ont pu découvrir le message de fraternité de l’Eglise.

APIC: L’occupation de la nonciature a donné l’impression que le Vatican a fait un pas en avant, puis un pas en arrière. A-t-il subi des pressions du gouvernement français?

P. Lagoutte: Absolument pas. Le pape n’est pas intervenu personnellement dans cette affaire, contrairement à ce qu’a laissé entendre abusivement un journaliste de l’AFP. La salle de presse du Vatican a pris le soin ensuite de préciser les choses. (apic/jcn/pr)

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