Réactions des autres communautés religieuses

Pologne: Le gouvernement polonais intervient dans l’affaire des croix d’Auschwitz

Varsovie, 23 août 1998 (APIC) Le gouvernement polonais a annoncé qu’il allait reprendre la parcelle de terre située près du camp d’Auschwitz, où des croix ont été placées par des catholiques conservateurs, provoquant l’ire des milieux juifs.

Ces croix ont été placées pour protester contre le projet d’enlever une croix de huit mètres dressée pour rappeler la visite du pape à Auschwitz en 1979. Le gouvernement polonais avait déclaré en mars que cette croix allait être déplacée, à la suite des demandes d’associations juives.

L’action des catholiques, qui ont commencé à placer des croix en juillet, a aussitôt entraîné les protestations des survivants de l’holocauste en Israël et ailleurs. Ces croix, estiment-ils, représentent un affront aux victimes juives d’Auschwitz. Au moins 90% des personnes mortes dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau – 1,5 million – étaient juives. Mais des dizaines de milliers, Polonais, Russes et Tziganes ont aussi péri dans ce camp.

Au début, le gouvernement polonais avait refusé de se mêler de ce conflit, en soulignant que l’Eglise catholique était seule compétente pour régler cette affaire. Le cardinal Josef Glemp, primat de l’Eglise catholique polonaise, qui avait d’abord expliqué que les croix rappelaient la mémoire des chrétiens morts dans ce camp, avait, peu après, lancé un appel pour faire cesser cette action.

L’on s’attend à ce que la Conférence des évêques de Pologne demande la semaine prochaine que l’on enlève les croix, mais tout en conservant la croix de huit mètres. Toutefois, le fait que cette décision n’ait pas encore été prise a été critiqué la semaine dernière par le vice-président de la Conférence, l’archevêque Henryk Muszinski, qui a reproché aux autres évêques d’exacerber le conflit en n’adoptant pas une position claire.

Le gouvernement polonais a rendu public son projet de reprendre le site après que le conseil régional d’Oswiecim, ou se trouve le camp, eut annoncé, au nom du département des finances, qui possède le terrain, qu’il dénonçait le bail de 30 ans de ce site qui avait été accordé à l’Association des victimes de guerre. Le responsable de cette association, Mieczyslaw Janosz, ayant rejeté cette décision, le conseil régional devrait probablement entamer une action en justice pour que le tribunal entérine la décision d’annulation du bail.

« Pique-nique politique »

Un ministre du gouvernement, Jerzy Nowakowski, a déclaré le 19 août que le gouvernement avait décidé de mettre fin à ce qu’il a appelé un « pique-nique politique ». Toutefois le militant catholique extrémiste Kazimierz Switon, qui avait pris l’initiative de planter les croix, s’est engagé le 20 août à poursuivre cette action jusqu’à ce qu’il reçoive l’assurance que la croix placée pour rappeler la visite du pape en 1979 reste en place. Kazimierz Switon a appelé ses partisans à poursuivre leur action et à continuer de poser des croix en mémoire des 152 prisonniers polonais exécutés par les nazis.

Solution difficile

Entre-temps, les responsables des Eglises minoritaires polonaises ont exprimé leur préoccupation. « Plus ce conflit continue, plus il sera difficile de trouver une solution qui permette de satisfaire les catholiques polonais et la communauté juive », a constaté Andrzej Wojtowicz, directeur du Conseil oecuménique polonais, qui regroupe les sept principales Eglises minoritaires.

« Nous ne pouvons qu’exprimer notre peine et notre dégoût de voir que de telles querelles durent depuis si longtemps et qu’aucune des deux parties n’a le désir d’y mettre fin », a-t-il confié à l’Agence œcuménique ENI. Quant au porte-parole de l’Eglise orthodoxe de Pologne (570’000 membres), Klemens Paprocki, il a confirmé que les orthodoxes soutenaient la proposition d’attribuer un terrain, loin du camp, pour la construction des églises et des synagogues.

Son Eglise, a-t-il dit espère inaugurer à Auschwitz un monument à la mémoire de saint Gregory Peradze, victime géorgienne orthodoxe canonisée il y a trois ans, tout en assurant qu’il n’y aurait aucun signe extérieur religieux, afin de respecter les voeux exprimés par les juifs. « La Pologne a signé un accord international pour qu’aucun symbole religieux ne soit placé à Auschwitz. Et elle doit respecter sa parole si elle veut être considérée comme un candidat crédible à l’Union européenne ».

A Londres, Sigmund Sternberg, président du comité exécutif du Conseil international des chrétiens et juifs, qui devrait rencontrer le cardinal Glemp le mois prochain, s’est pour sa part félicité des efforts du gouvernement polonais pour apaiser les tensions entre catholiques et juifs dans cette affaire. (apic/eni/pr)

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