L'Église reconnaît deux nouveaux «martyrs» albanais

L’Église catholique reconnaît le martyre de deux Albanais, morts pour leur foi durant le premier quart du XXe siècle, dans leur pays éprouvé par les guerres et les régimes répressifs.

Le pape François a autorisé le dicastère pour les Causes des saints, ce 20 juin 2024, à promulguer deux décrets attribuant aux deux Albanais le titre de martyr, ouvrant ainsi la voie à leur béatification. Le pontife a également approuvé quatre décrets reconnaissant les «vertus héroïques» de divers baptisés européens.

Durant une audience avec le préfet du dicastère, le cardinal Marcello Semeraro, le pape a autorisé à reconnaître le martyre du prêtre franciscain Luigj Palić. Né le 20 février 1877 à Janjevo, au Kosovo, au sein d’une famille catholique, il est confronté très tôt au dialogue avec les autres religions, puisqu’il grandit dans une population à majorité musulmane.

Comme deux de ses frères, il rejoint l’ordre des franciscains, entrant à 19 ans au sein du noviciat de Cortemaggiore en Italie. Il y prononce ses vœux religieux le 26 avril 1901 et est ordonné prêtre en septembre suivant.

Résistant d’une campagne de conversion

Le jeune franciscain est ensuite envoyé dans son pays natal où il est nommé notamment recteur du couvent franciscain de Gjakova. En 1912, il est envoyé pour collaborer avec la paroisse de Peje, dans un territoire occupé par les Monténégrins suite à la première guerre des Balkans.

Sous l’occupation, catholiques et musulmans albanais subissent une campagne de conversion forcée à l’orthodoxie. Dans ce contexte, malgré les risques encourus, le Père Palić exhorte les habitants à rester fidèles à leurs croyances, explique le site du dicastère pour les Causes des saints.

Arrêté le 4 mars 1913, le franciscain est emmené en prison, où il est battu et torturé. Il est tué le 7 mars par des soldats monténégrins, sans même être jugé. La reconnaissance de son martyre par l’Église catholique ouvre la porte à sa béatification – étape qui précède sa canonisation.

Un deuxième prêtre albanais martyr

Le dicastère pour les Causes des saints a également publié le décret du martyre du prêtre Gjon Gazulli, né à Dajc, en Albanie, le 26 mars 1893. Entré à l’âge de 12 ans au séminaire de Scutari, il est ordonné prêtre en 1919 et sert comme curé de diverses paroisses.

Son ministère est apprécié de tous, mais ses initiatives – notamment la création d’une école paroissiale pour l’enseignement de la religion catholique – inquiètent le régime autoritaire du président de la République Ahmet Zogu. Alors que de nombreux prêtres quittent l’Albanie, le Père Gazulli choisit cependant de rester parmi son peuple.

Accusé d’avoir entravé l’éducation commune des musulmans et des chrétiens, il est arrêté le 28 décembre 1926. En prison, il reste fidèle à sa foi malgré les tortures et harcèlements. Au terme d’un simulacre de procès, il est reconnu coupable sur la base de fausses accusations, et sera pendu sur la place de Scutari le 5 mars 1927. Sa renommée de martyr se répand rapidement, y compris parmi les non-catholiques.

Quatre nouveaux vénérables

Le pape François a par ailleurs autorisé le dicastère à promulguer les décrets reconnaissant «l’héroïcité des vertus» de quatre «serviteurs de Dieu». Cela signifie que l’Église reconnaît – après enquête – que ces quatre personnes ont vécu à un grade héroïque les vertus chrétiennes théologales (foi, espérance, charité) et cardinales (prudence, justice, force et tempérance).

Il en est ainsi du frère franciscain Isaia Columbro (1908-2004), né dans la région italienne de Campanie. Entré chez les Frères mineurs et ordonné prêtre en 1931, il est surnommé «le frère accueillant». De nombreux fidèles viennent le voir pour entendre ses conseils et recevoir le sacrement de confession. Proche des pauvres, il célèbre son 50e anniversaire de sacerdoce avec les personnes déplacées suite au dévastateur tremblement de terre de 1980 qui a frappé la région d’Irpina.

Isaia Columbro «incarnait l’idéal franciscain d’une vie mêlée d’esprit de service, de simplicité, d’humilité dans un don constant de soi», note le dicastère pour les Causes des saints.

Une autre italienne devient aussi «vénérable»: la religieuse Maria Costanza Zauli (1886-1954). Entrée dans la vie religieuse à l’âge de 19 ans, elle tombe malade dans les années 1920 et doit rester alitée. Elle imagine alors fonder une communauté religieuse dédiée à l’adoration eucharistique afin de prier pour «la conversion du monde», les vocations et l’unité de l’Église. La congrégation des Servantes adoratrices du Saint-Sacrement voit le jour en 1933. Après avoir passé le reste de sa vie au couvent de Bologne, Maria Costanza Zauli y décède le 28 avril 1954.

Une Espagnole originaire de la région de Tolède, Ascensión Sacramento Sánchez Sánchez, est elle aussi considérée vénérable par l’Église catholique. C’est après la lecture de la vie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qu’elle souhaite s’investir dans l’évangélisation, à travers notamment l’Action catholique. Durant la Guerre civile espagnole, elle perd deux frères et assiste aux violences des Républicains contre des églises notamment. C’est à Santander qu’elle rencontre le Père Doroteo Hernández Vera qui fonde en 1937 l’œuvre de la «croisade évangélique» pour lutter contre la haine religieuse. Investie dans ce mouvement, elle dirige à Madrid une maison d’accueil de femmes libérées de prison. Touchée par la fièvre typhoïde en 1946, elle meurt à l’âge de 35 ans.

L’Église catholique reconnaît enfin les vertus héroïques de la religieuse espagnole Vicenta Guilarte Alonso, missionnaire au Brésil, dont la vie fut marquée par le service et l’obéissance. Née le 21 janvier 1879 dans la province de Burgos, en Espagne, elle entre chez les Filles de Jésus pour se consacrer à l’éducation de la jeunesse.

Après avoir fait sa profession religieuse en 1909, elle est envoyée avec cinq sœurs au Brésil pour fonder une communauté à Pirenopolis. Après avoir été vice-supérieure, elle est transférée en 1927 à Leopoldina, où on lui confie le rôle de portière et de sacristine. Acceptant humblement son sort, elle se dévoue à l’accueil des visiteurs, acquérant une renommée de sainteté qui lui vaudra l’appellation de «sainte du collège». Elle mourra à 71 ans le 6 juillet 1960, suite à une fracture du fémur. (cath.ch/imedia/hl/ak/rz)

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