Kosovo: Après l’assassinat de trois collaborateurs d’une œuvre d’entraide

Les humanitaires ne sont plus traités comme des « acteurs neutres »

Genève, 30 août 1998 (APIC) Dans les situations de conflit civil, les travailleurs humanitaires deviennent « des cibles légitimes ». Telle est la constatation d’un représentant de l’Action commune des Eglises (ACT), quelques jours après l’assassinat, le 24 août, de trois collaborateurs d’une organisation humanitaire par les forces serbes au Kosovo.

Les trois victimes – Harij Haxhi Morina, 24 ans, Adem Isuf Morina, 40 ans, et Sadri Gashi, 65 ans, tous trois Albanais d’origine de la province serbe du Kosovo – travaillaient pour l’organisation Mère Teresa. Ils avaient juste passé un point de contrôle avec un tracteur, chargé de paquets de produits de secours, lorsque les forces serbes ont ouvert le feu.

L’organisation Mère Teresa est l’une des principales organisations d’entraide de la ville de Pristina, à partir de laquelle elle distribue l’aide humanitaire pour le compte de l’ACT – réseau mondial d’Eglises et d’institutions d’entraide mis en place par le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et la Fédération luthérienne mondiale (FLM). L’organisation Mère Teresa n’a cependant aucun rapport avec les Missionnaires de la Charité, ordre religieux fondé par mère Teresa qui était d’origine albanaise.

Cet assassinat porte « un coup à toute l’opération d’entraide au Kosovo » fait remarquer à l’agence d’information œcuménique ENI e responsable de l’information de l’ACT, Nils Carstensen. En effet, l’ACT, les organisations non gouvernementales et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, sont amenés à considérer si, pour des raisons de sécurité, ils devront limiter la distribution de secours aux zones jugées plus sûres. De plus en plus, avertit-il, non seulement au Kosovo, mais dans d’autres situations de conflit civil, les travailleurs humanitaires sont considérés comme des « cibles légitimes » par les parties en conflit. Dans la république russe dissidente de Tchétchénie, quatre travailleurs humanitaires qui travaillaient pour le compte de l’ACT ont été enlevés l’an dernier et n’ont été libérés que récemment. Au Rwanda, trois membres du personnel de la FLM qui oeuvraient dans le cadre d’un projet de réinstallation de réfugiés lié à l’ACT ont été tués.

« La protection dont nous semblions bénéficier en tant qu’organisation d’entraide à la fin des années 80 et au début des années 90 n’existe plus », constate Nils Carstensen. Dans ces situations, les organismes d’entraide et leurs collaborateurs ne sont plus considérés par les parties en conflit comme « des acteurs neutres » chargés d’apporter l’assistance humanitaire, mais comme des personnes prenant parti pour un côté ou l’autre, et qui deviennent donc « des cibles ». Distribuer de la nourriture « dans une zone de conflit peut être interprété comme une aide à la résistance ». Par ailleurs, les collaborateurs recrutés localement appartiennent à ces parties en conflit. (apic/eni/mp)

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