Seán O’Malley fait aussi partie du Conseil des cardinaux (C9), groupe restreint qui se réunit autour du pape pour discuter des affaires de l’Église catholique. Avec son anniversaire, le collège des cardinaux comptera au total 236 membres dont 125 électeurs en cas de conclave et 111 non votants. Les États-Unis sont encore représentés par 10 cardinaux électeurs: Raymond Leo Burke, Blase Cupich, Daniel DiNardo, Timothy Michael Dolan, Kevin Farrell, Wilton Gregory, James Michael Harvey, Robert Walter McElroy, Robert Francis Prevost, et Joseph Tobin.
Le cardinal Seán O’Malley est né le 29 juin 1944 à Lakewood, dans l’Ohio, au sein d’une famille catholique. Il décide très jeune de rejoindre un séminaire dirigé par les frères capucins en Pennsylvanie. En 1965, il prononce ses vœux et adopte définitivement la bure marron qu’il continuera à arborer même une fois devenu évêque et cardinal. Après son ordination sacerdotale en 1970, il fait un doctorat en littérature espagnole et portugaise à l’Université catholique d’Amérique à Washington, où il enseigne également.
En 1973, il devient le directeur du centre catholique hispanophone dans l’archidiocèse de Washington avant d’être nommé vicaire épiscopal pour les communautés hispaniques, portugaises et haïtiennes. Il y développe un fort engagement envers la justice sociale et les migrants, qui se retrouvera dans ses prises de position contre le racisme et les déportations.
Le pape Jean Paul II le nomme évêque coadjuteur de Saint-Thomas, dans les îles Vierges, en 1984, puis évêque de ce diocèse des Caraïbes l’année suivante. En 1992, Mgr O’Malley est nommé évêque de Fall River. Pendant ses dix ans dans ce diocèse du Massachusetts, il s’intéresse aux questions relatives à l’avortement – il est depuis lors un prélat «pro-vie» très engagé dans les Marches pour la vie, et il a été président du Comité des activités pro-vie de la Conférence épiscopale des États-Unis.
L’un des points cruciaux de sa carrière est d’avoir été confronté au scandale d’un ancien prêtre qui a admis avoir abusé d’au moins 100 enfants et qui, dans les années 1960, a été fréquemment réaffecté dans le diocèse à la suite de plaintes.
Par la suite, l’action de Sean O’Malley dans cette lutte contre les abus se poursuit et s’affermit. Jean Paul II le nomme en 2002 au diocèse de Palm Beach, en Floride, pour succéder à un évêque qui a abusé de mineurs. En 2003, il est propulsé à la tête du diocèse de Boston où l’équipe «Spotlight» du journal The Boston Globe, aujourd’hui mondialement célèbre, vient de publier le résultat de ses enquêtes sur les prêtres pédophiles du diocèse, provoquant la démission du cardinal Bernard Law.
À Boston, outre la lutte contre les abus, le cardinal O’Malley a mis en œuvre une réforme fiscale, un soutien aux écoles catholiques, et a stabilisé les systèmes de retraite des employés de l’Église.
Élevé au rang de cardinal par Benoît XVI en 2006, il participe au conclave de 2013, où il crée la surprise en récoltant dix voix à l’issue du premier tour, avance le vaticaniste Gerard O’Connell dans son livre-enquête sur le conclave (L’élection du pape François, éditions Artège). Qu’un Américain récolte autant de voix est la preuve que sa personnalité et son action contre les abus ont marqué les esprits de cardinaux.
Peu après son élection en mars 2013, le pape François choisit le cardinal O’Malley pour être le membre nord-américain de son «Conseil des cardinaux» chargé de mettre en œuvre la réforme de la Curie romaine. Alors que d’autres seront remerciés, le cardinal O’Malley restera dans cette commission stratégique au fil des ans et sera encore renouvelé début 2023. Le pontife argentin lui demande également de diriger la Commission pontificale pour la protection des mineurs du Vatican, créée en 2014.
À ce poste, il édicte des lignes directrices pour les évêques du monde entier et suit diverses crises comme celles des dissimulations d’abus au Chili – un moment où il prend publiquement ses distances vis-à-vis du pape, faisant observer que ses paroles peuvent blesser des victimes – ou encore des révélations sur l’ex-cardinal McCarrick, sur lequel il œuvre pour qu’une enquête soit faite. Le cardinal O’Malley n’a de cesse de mettre en avant la responsabilité des évêques.
Impliqué dans la réalisation du Sommet sur les abus de 2019 au Vatican, le cardinal américain plaide pour que la voix des victimes puisse s’y faire entendre. Il salue la publication du Motu proprio Vos estis lux mundi, fruit du sommet qui définit notamment la responsabilité des évêques et des supérieurs religieux en matière de lutte contre les abus.
Le pape François demande en outre à sa commission pontificale de superviser la mise en œuvre adéquate de ce document-cadre «afin que les victimes d’abus aient des voies claires et accessibles pour demander justice». La commission a aussi reçu la mission de rédiger un rapport annuel – dont le premier devrait être publié cet été – sur les initiatives de l’Église en matière de protection des enfants et des adultes vulnérables et d’aider les conférences épiscopales à créer des centres d’écoute pour les victimes.
Le cardinal défend par ailleurs à plusieurs reprises le pape François quand il est critiqué pour la timidité de ses initiatives. Prélat probablement confronté aux lourdeurs d’une administration coutumière de l’omerta, il a dû lui-même s’excuser, dans sa carrière, d’avoir laissé une lettre de plainte sans réponse. En mai 2023, une plainte est déposée par trois victimes présumées d’un ancien directeur adjoint d’un lycée catholique de Boston. L’archidiocèse américain et le cardinal sont poursuivis pour négligence.
En mars 2023, la démission fracassante du jésuite Hans Zollner, figure de la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Église, jette le trouble sur la Commission que le cardinal américain préside. Le jésuite allemand met directement en cause la compétence, la transparence financière et la gouvernance de la commission. Parlant très librement à la presse, le jésuite dénonce l’incapacité de la structure à collaborer avec le dicastère pour la Doctrine de la foi – dont la commission dépend – qui traite des abus les plus graves. Il déplore en outre une dilution des responsabilités en matière de traitement des abus.
En réponse, le cardinal se dit «surpris, déçu, et en profond désaccord» avec le démissionnaire. Après cet épisode, la Commission entreprend un travail de transparence, publiant systématiquement les compte-rendu de ses assemblées et opérant des changements au sein du bureau de direction.
Avec son 80e anniversaire, le prélat américain ne pourra plus participer aux votes lors de l’élection du prochain pape. Il pourra cependant prendre part aux discussions lors des congrégations générales qui précèdent l’élection dans la chapelle Sixtine. Durant ce temps stratégique où tous les cardinaux sont rassemblés pour dresser le bilan du pontificat et dresser les perspectives du prochain, le cardinal O’Malley devrait être une personnalité écoutée. (cath.ch/imedia/ak/rz)
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