Une approche théologique à partir du féminisme
Louvain-la-Neuve, 2 juillet 1998 (APIC) Au cours de la séance de clôture de l’année académique à la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Louvain (UCL), Soeur Ivone Gebara, religieuse brésilienne de la Congrégation des Chanoinesses de Saint-Augustin, a soutenu une thèse de doctorat en sciences religieuses intitulée « Le Mal au féminin. Approche théologique à partir du féminisme ». Le thème est particulièrement original. La manière dont il a été traité a été appréciée par un public nombreux.
Le but du travail était de reprendre la réflexion séculaire sur le mal, en la situant de façon privilégiée dans le contexte latino-américain. Depuis deux décennies, le féminisme a introduit un nouveau paradigme dans la recherche des causes de production du mal. Cela a provoqué un changement qui n’en est qu’à ses débuts, à « cause du caractère ’androcentrique’ de notre culture », explique l’auteur.
La thèse cherche d’abord à détecter le mal à partir de la vie des femmes elles-mêmes, par une écoute des narrations de vie, des cris de souffrance, des soupirs de douleur et des questions soulevées dans la monotonie du quotidien.
Dans son travail, Soeur Ivone Gebara a mis en oeuvre une herméneutique fondée sur le concept de « genre » (gender en anglais), car une observation des rapports sociaux entre hommes et femmes fait apparaître de nombreuses sources de souffrance liées à la condition fééminine: beaucoup de femmes manquent de moyens de survie tout en étant rendues responsables de la vie des enfants; elles sont souvent dominées par tous les pouvoirs; leur accès aux diverses formes de savoir est rempli d’embûches; leur image est fréquemment dévalorisée (par exemple dans la prostitution); enfin, la couleur de leur peau (noire au basanée) peut être source supplémentaire de ’minorisation’.
Le sacrifice, la culpabilité, le salut
La thèse aborde ensuite trois thèmes importants: le sacrifice, la culpabilité et le salut. La femme est invitée à « se sacrifier », mais son sacrifice a moins de valeur sociale que celui de l’homme. C’est une des voies que la société utilise pour maintenir la structure hiérarchique. La « culpabilité » est imposée à la femme non seulement en raison des actions accomplies, mais comme une sorte de « châtiment anticipé ». De plus, cette construction culturelle est intériorisée par les femmes elles-mêmes. Quant au salut, qui est une exigence de tout discours sur le mal, il prend dan ce contexte un aspect très concret et « se dessine dans l’horizon quotidien ».
Cette thèse est une recherche sur Dieu dans le quotidien de la misère, « dans les tissus et les tissages de la vie ». La diversité des expériences entraîne une diversité des discours sur Dieu.
Nouveautés épistémologiques
Le promoteur de la thèse, le Professeur Adolphe Gesché, a relevé les nombreux mérites qu’il reconnaît à ce travail, grâce auquel la question féminine est devenue proprement théologique en particulier sur deux thèmes centraux: Dieu et le mal. « Vous m’avez apporté sur le sujet des vues renouvelées », dira-t-il. En outre, aux yeux du Professeur Gesché, la thèse contient trois nouveautés épistémologiques.
Le recours à la phénoménologie permet un grand progrès théologique, car il laisse parler le vécu en dehors d’un discours préalable. Ensuite, l’emploi d’un concept nouveau, en l’occurrence celui de genre, est signe que la théologie est vivante dans une culture qui se renouvelle. Enfin, l’insertion épistémologique de l’expéérience personnelle et la référence à l’histoire affective autant qu’intellectuelle ne peut qu’enrichir la démarche théologique.
La récipiendaire a obtenu la grande distinction, mais ne sera promue docteur en sciences religieuses qu’après avoir publié sa thèse, tout ou en partie.
Originaire de Sao Paulo, Soeur Ivone Gebara, 52 ans, a étudié la philosophie à Louvain (licence) et à Sao Paulo (doctorat). Elle a partagé durant 25 ans la vie d’un quartier pauvre de Recife-Olinda, dans le Nordeste, et a enseigné durant 10 ans à l’Institut Théologique de Recife, créé par Dom Helder Camara (et fermé par son successeur).
Après avoir été ensuite assistante générale de sa congrégation à Rome, elle a donné de nombreuses conférences dans toute l’Amérique latine, mais aussi aux Etats-Unis et au Canada, ainsi qu’à l’Institut Lumen Vitae à Bruxelles. Soeur Ivone Gebara est repartie pour le Brésil, où elle a déjà repris sa carrière d’enseignante. (apic/cip/pr)
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