L’annulation de la dette des pays pauvres en toile de fond

Conférence de Lambeth 1998, du 18 juillet au 9 août à Cantorbéry

Londres, 5 juillet 1998 (APIC ) La Conférence de Lambeth réunira du 18 juillet au 9 août à Cantorbéry quelque 750 évêques des la Communion anglicane. Selon une tradition remontant à 1865, une rencontre de l’ensemble de l’épiscopat anglican du monde entier a lieu tous les dix ans environ, à l’invitation de l’Archevêque de Cantorbéry.

Même si la Conférence de Lambeth n’est pas un Synode proprement dit, ses débats et ses résolutions refléterent de manière significative l’opinion anglicane actuelle sur une série de questions de grande actualité, regroupées cette année sous quatre thèmes: « Appelés à la plénitude de l’humanité »; « Appelés à vivre et à proclamer la Bonne Nouvelle »; « Appelés à être une Église fidèle dans un monde pluraliste »; « Appelés à l’unité ».

Parmi les questions traitées dans le cadre du premier thème, les organisateurs proposent de mettre un accent particulier sur l’appui actif que les Églises peuvent accorder au mouvement pour la rémission de la dette international des pays les plus pauvres.

L’endettement des pays les plus pauvres, en effet, constitue un des problèmes les plus graves de notre époque. S’il est vrai, en effet, que les statistiques publiées par l’ONU portent l’espoir d’une amélioration pour un certain nombre de pays en voie de développement – la durée moyenne de vie s’accroît, l’analphabétisme diminue et les économies tendent à la croissance – la dette internationale pèse toujours très lourd sur les tentatives d’éliminer la pauvreté, estiment les responsables de cette conférence.

L’Archevêque de Cantorbéry, George Carey, propose que l’on porte remède à cette situation par une version contemporaine de l’Année biblique du Jubilé. Selon Lévitique 25, en effet, tous les 50 ans, le peuple hébreu devait libérer les esclaves et veiller au retour des terres à leurs propriétaires originels. « Certes, il ne s’agit pas de prétendre chercher dans le Lévitique une politique économique cohérente pour notre époque, dit l’Archevêque, mais nous ne pouvons pas rester indifférents au reproche retentissant qu’il adresse à tout ce qui soumet les êtres à l’esclavage, tout ce qui divise les familles, tout ce qui réduit les gens au niveau de cheptel, ou qui déshumanise les êtres faits à l’image de Dieu ».

Un nouvel esclavage

En février dernier, l’Archevêque Carey a convoqué une réunion des représentants de neuf religions mondiales avec le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour se pencher ensemble sur le problème de la dette. J. Wolfensohn a cité des statistiques alarmantes: trois milliards de personnes survivent aujourd’hui avec des moyens de moins de deux dollars par jour, et 1,3 milliard ne disposent même pas d’un dollar par jour. Un milliard d’êtres humains ne mangent pas à leur faim, et cent cinquante millions ne bénéficieront jamais du privilège d’aller à l’école. L’Archevêque ajoute que, trop souvent, les 10 % les moins favorisés de la population partagent entre eux 1% du revenu national, tandis que plus de la moitié de la richesse nationale revient aux 20% les plus nantis.

« La dette massive, impossible à payer, dit l’Archevêque, représente un fardeau paralysant qui pèse sur les pays du tiers monde, les tenant dans une forme d’esclavage non moins réel que la traite des Noirs pratiquée au début du 19e siècle ». Le problème se situe surtout, mais pas exclusivement, au niveau de l’Afrique: des 20 pays les plus endettés, 16 se trouvent en Afrique. L’obligation de payer des l’intérêts sur une dette de 100 milliards de dollars risque à tout moment d’étouffer l’économie de ces pays.

Sous l’initiative pour les « Pays pauvres très endettés » (PTTE) lancée par la Banque mondiale, on a déjà commencé la réduction de la dette pour un certain nombre de pays. Mais ce processus est fortement ralenti par la difficulté que l’on rencontre en sollicitant l’accord de tous les créanciers à travers le monde.

Une échéance réalisable

La proximité de l’année 2000, souligne l’Archevêque Carey, offre une échéance réalisable pour concentrer les efforts en vue de la remise de la dette, qui rejoint à la fois l’idée biblique de l’Année du Jubilé de la libération des esclaves, et le sens du début du troisième millénaire de l’ère chrétienne: « Nous allons célébrer le 2000e anniversaire de la naissance de Jésus-Christ qui nous donne la vie, l’espérance et la paix, celui qui nous offre la réconciliation avec Dieu et entre nous-mêmes, a commencé son ministère avec une annonce qui rappelle le Jubilé: « Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération » (Lc 4,18) ».

Un mouvement en faveur de la remise de la dette pour l’année 2000 s’est déjà largement répandu en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche et dans quelques pays d’Afrique comme le Ghana et le Kenya. Des estimations de la dette que l’on ne peut rembourser vont de 100 à 250 milliards de dollars.

Il y a de multiples raisons pour l’annulation de la dette, dit-on encore du côté de Londres. On évoque en premier lieu la motivation morale: il est intolérable qu’une dette que l’on ne peut rembourser crée une situation qui favorise les fléaux de la malnutrition, de la maladie et de l’analphabétisme à grande échelle. Au niveau purement pratique, on fait valoir que la réduction de la dette débloquera le potentiel de productivité des économies marginalisées, à mettre au service de la croissance durable; il n’est certainement pas dans l’intérêt des pays riches que de grandes populations à travers le monde soit réduites à la pauvreté. (apic/cip/pr)

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