La Communauté Saint-Martin compte 175 prêtres et diacres et une centaine de séminaristes, en France principalement. Une première visite pastorale a été lancée en 2022 par Rome à la suite d’une demande de la Communauté. Suite à celle-ci, Mgr Matthieu Dupont, évêque de Laval, et le Père François-Marie Humann, abbé de Mondaye, ont été nommés assistants apostoliques le 4 juillet dernier par le dicastère pour le Clergé. L’objet de cette mission est d’accompagner la Communauté Saint-Martin «dans le travail de réforme que le dicastère a jugé nécessaire à la lecture des conclusions des visiteurs», écrivent les deux assistants nommés par Rome.
Ce travail portera notamment sur les faits reprochés par plusieurs anciens membres à l’abbé Jean-François Guérin, fondateur en 1976 de la Communauté Saint-Martin dans le diocèse de Gênes (Italie) – la communauté s’installera par la suite en France où elle est aujourd’hui présente dans une trentaine de diocèses.
Outre un «climat abusif dans l’exercice de l’autorité et l’accompagnement spirituel», détaillent Mgr Dupont et le père Humann au sujet de l’abbé Guérin, certaines personnes, majeures à l’époque des faits, ont évoqué aux visiteurs apostoliques «des gestes pouvant relever de délits à caractère sexuel (baisers forcés)».
Dans un entretien croisé publié par le magazine Famille Chrétienne, l’évêque de Laval précise que les éléments rapportés remontent aux débuts de la communauté en Italie. «Un témoignage évoque des faits similaires datant de 1995, la communauté étant installée à Candé en France», ajoute-t-il toutefois. Il rapporte par ailleurs que les personnes ayant fait part de ces cas d’abus étaient majeures à l’époque et ont aujourd’hui quitté Saint-Martin.
Responsable de la communauté depuis 2010, Don Paul Préaux, assure dans cette interview avoir découvert les accusations et les personnes concernées ces derniers jours. Il précise cependant qu’étant modérateur de la communauté, le Saint Siège lui avait fait part de l’existence d’un dossier concernant le fondateur.
Don Paul Préaux reconnaît dans l’entretien que la gouvernance de la Communauté Saint-Martin manquait, à ses débuts, d’équilibre. L’abbé Guérin est longtemps resté le supérieur du séminaire en même temps qu’il était le supérieur de la Communauté Saint-Martin. Le prêtre met aussi en avant le «tempérament fort» de l’abbé Guérin. «Eu égard à ce caractère et sachant que certains frères en avaient souffert, aucun de nous n’avons eu le désir de le mettre sur un piédestal», confie-t-il. Contrairement à d’autres ›communautés nouvelles’ nées après le Concile Vatican II, Saint-Martin a peu mis en avant son fondateur.
Dans une lettre envoyée aux amis de la Communauté, Don Paul Préaux dit entendre «avec douleur la souffrance que certains ont pu exprimer auprès des visiteurs». «Nous allons effectuer courageusement ce travail de relecture et restons à l’écoute de ceux qui le souhaitent», assure-t-il.
Outre ce «travail de vérité» demandé par Rome sur la fondation et les «souffrances vécues», les assistants apostoliques devront aussi accompagner la communauté sur la question de la pastorale des vocations.
Saint-Martin est devenue, ces dernières années, l’un des plus importants pourvoyeurs de prêtres pour l’Église en France (neuf ordinations presbytérales cette année, sept en 2023, quatorze en 2022 et 26 en 2021). Elle dispose d’une maison de formation à Evron (Mayenne) où entrent chaque année de nombreux jeunes hommes. La maison-mère de la communauté se trouve à Évron, dans l’Abbaye Notre-Dame.
Mgr Dupont et le Père Humann écrivent qu’un travail est nécessaire pour «assurer un meilleur discernement et une certaine prudence dans l’entrée en formation». Ils annoncent aussi vouloir accompagner le renouvellement de la formation initiale et permanente.
«Ce qui est revenu dans le rapport de la visite, c’est parfois la trop grande rapidité avec laquelle un jeune a pu être accepté et entrer à Saint-Martin. Comment la communauté prend le temps de discerner une entrée? C’est une des questions que nous aurons à nous poser», explique le Père Humann dans Famille Chrétienne.
Mgr Matthieu Dupont assure enfin que cette décision du Saint-Siège d’envoyer des assistants n’a pas été motivée par des questions liturgiques ou vestimentaires – tous les prêtres de Saint-Martin sont tenus de porter la soutane -, éléments qui génèrent parfois de vives tensions au sein de l’Église catholique. (cath.ch/imedia/hl/rz)
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