Un culte aux relents nettement antisémites

Autriche: Pèlerinage à Anderle von Rinn

Innsbruck, 14 juillet 1998 (APIC) Malgré l’interdiction de l’évêque d’Innsbruck, quelque 400 personnes se sont rassemblées dimanche dans le village de Rinn, dans le Tyrol pour participer au pèlerinage annuel à Anderle von Rinn, un enfant martyrisé par des juifs en 1462. Cet étrange culte aux relents nettement antisémites a été formellement interdit par l’évêque en 1994.

Le culte d’Anderle von Rinn trouve son origine au XVe siècle, mais n’a connu une grande popularité qu’au XVIIe siècle. Les frères Grimm racontent dans une de leurs chroniques, l’histoire de ce garçonnet du village de Rinn acheté à ses parents contre une forte somme d’argent pour être ensuite massacré dans la forêt. La mère ayant finalement retrouvé le corps de son enfant pendu à un arbre, le rapporta à l’église où il fut enseveli et considéré comme un martyr.

En 1619, un certain Hyppolyt Guarinoni reprend l’histoire de ce garçon sacrifié rituellement par des juifs en 1462. Le culte d’Anderle von Rinn débute officiellement en 1621 pour s’étendre bientôt à tout le Tyrol. Anderle et d’autres enfants sont associés aux saints innocents massacrés par le roi Hérode après la naissance de Jésus. La piété populaire autour d’Anderle von Rinn fut confirmée au XVIIIe siècle par le pape Benoît XIV qui approuva une dévotion locale mais refusa néanmoins de procéder à la canonisation de l’enfant.

Jusqu’en 1990, un tableau de l’église de Rinn relatait ce sinistre épisode. On y voyait trois hommes coiffés de chapeaux pointus à la mode juive en train d’égorger un petit enfant posé sur une pierre. Avec une légende explicite : «Ils coupèrent la gorge au martyr et lui prirent tout son sang».

Cette histoire clairement antisémite n’en est qu’une parmi beaucoup d’autres qui circulèrent durant tout le Moyen-Age et jusque à l’époque nazi sur les meurtres rituels d’enfants commis par des juifs. Une affaire très semblable se déroula de l’autre côté de Alpes, à Trente, où un garçon nommé Simon, tué par des juifs en 1475, suscita aussi un culte important supprimé en 1965.

La persistance du culte d’Anderle von Rinn jusqu’à l’époque actuelle reste cependant assez étonnante. Attentif à ses relents antiséémites, Mgr Rheinhold Stecher, évêque d’Innsbruck, fit ôter de l’église en 1985 les restes d’Anderle pour les déposer au cimetière. En 1990 le tableau relatant cette histoire fut lui aussi retiré de l’église et remplacé par une plaque rappelant les injustices subies par les juifs de la main des chrétiens. Enfin en 1994, l’évêque prononça l’interdiction du culte d’Anderle von Rinn comme symbole de l’antisémitisme.(apic/kap/mp)

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