Phénomènes surnaturels: Rome veut faire le ménage

Le 17 mai dernier, le dicastère pour la Doctrine de la foi (DDF) promulguait de nouvelles normes pour étudier les phénomènes surnaturels dans l’Église catholique – apparitions, révélations, lacrimations, etc. Depuis, le dicastère, «gardien du dogme», a multiplié les déclarations officielles sur des lieux présumés d’apparition. L’agence I.MEDIA a interrogé le père Max Huot de Longchamp, spécialiste de littérature mystique, sur le bien-fondé de cette reprise en main de Rome.

En pratique, les nouvelles normes donnent aux évêques du monde entier une procédure stricte pour discerner les phénomènes mystiques qui se produiraient dans leur diocèse. Ces derniers sont tenus de faire remonter leur avis au DDF, à qui il revient de donner l’approbation finale. «Ces normes étaient en gestation depuis 2019, celles qui étaient en vigueur depuis 1978, sous Paul VI, n’ayant jamais bien fonctionné», explique le Père Max Huot de Longchamp, membre de la société Saint-Jean de la Croix.

Les évêques doivent guider les fidèles

Pour le docteur en théologie, ces Normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés étaient nécessaires. «Des maîtres spirituels improvisés réunissent des milliers de personnes sans que personne ait réellement vérifié la cohérence de leurs enseignements avec la Révélation authentifiée par l’Église. Et au nom de la Sainte Vierge ou de tel ou tel voyant mandaté on ne sait par qui, on voit arriver des autocars de pèlerins dans des sanctuaires qu’aucune autorité pastorale n’a sérieusement reconnus», souligne-t-il.

« Les évêques se doivent d’éclairer et guider les fidèles pour qu’ils ne se réveillent pas au bout de quelques années dans une secte qui n’a plus rien à voir avec l’Église établie par Jésus-Christ », poursuit le religieux. Il explique que ce document est «disciplinaire», et qu’il n’aborde « qu’indirectement les questions doctrinales soulevées par les phénomènes à prétention surnaturelle». Ainsi, le verdit de Rome ne se prononce pas sur la dimension surnaturelle ou non d’un événement, mais sur sa comptabilité avec la foi catholique.  

«La publication de ce document intitulé ›À l’écoute de l’Esprit’ se veut un acte positif, au service de la foi populaire, avant d’être une mise en garde», assure le prêtre qui y voit une caractéristique du pontificat actuel. Mais foi populaire ne doit pas devenir «croire n’importe quoi», précise-t-il, estimant que «c’est grâce à la garantie officielle et nette de l’Église que des formes nouvelles de vivre la foi de toujours pourront s’épanouir».

Un soutien pour les évêques

Si désormais Rome se donne la prérogative de la réponse officielle, le théologien y voit plutôt un soutien pour les évêques qui gagneront en autorité, plus qu’ils ne perdront, car ils pourront mieux s’appuyer sur Rome.

En outre, ajoute-t-il, « quand on voit la rapidité de propagation, décuplée par les médias modernes, des phénomènes religieux, on comprend la nécessité de traiter les phénomènes plus ou moins surnaturels à l’échelle de l’Église universelle. Il serait désastreux pour la foi des fidèles de laisser Internet répandre des prophéties d’origine incontrôlable et isolées de la vraie Tradition».

Cinq cas d’apparitions jugés depuis mai

Depuis mai, le Vatican s’est prononcé sur cinq cas d’apparitions, en majorité en Italie. Le 27 juin, le DDF jugeait que les « apparitions de Trevignano Romano » aux alentours de Rome, étaient une fraude mystique. Le 8 juillet, il autorisait la promotion des apparitions mariales italiennes dites « de la Rose Mystique de Fontanelle » – ou « Madone de Montechiari ». Le 11 juillet, il déclarait que les apparitions mariales dites «d’Amsterdam» n’étaient pas d’origine surnaturelle. Le 16 juillet, il donnait son ›nihil obstat’ au culte de «Notre-Dame du Rocher», en Calabre, et le 24 juillet, à la dévotion liée au sanctuaire de Maccio.

Dans un entretien au média espagnol Alfa y Omega, le 17 juillet, le préfet du dicastère, le cardinal Víctor Manuel Fernández, expliquait que l’étude d’un certain nombre de cas avait été gelée en attendant les nouvelles normes, qui facilitent l’analyse. Il laissait entendre que le DDF se prononcerait sur d’autres cas dans les prochains mois.  

« Dans ce domaine comme dans celui, douloureux, des comportements abusifs dans bien des institutions chrétiennes, il semble qu’il y ait périodiquement à Rome une certaine volonté de ›faire le ménage’ », note le Père Huot de Longchamp. Et de glisser: «On aurait tort de s’en plaindre, même s’il est évident que la précipitation n’est jamais bonne conseillère : Lourdes, Fatima ou La Salette ont demandé bien des années avant d’aboutir à des dispositifs pastoraux solides sur lesquels peut maintenant s’appuyer la foi de nos contemporains». (cath.ch/imedia/ak/mp)

I.MEDIA

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