APIC-Reportage

Cameroun: Dieudonné N’koum, un « cantonnier » pas comme les autres

« L’homme en blanc » plaît…et dérange

Martin Luther Mbita, agence Apic

Douala,16 juillet 1998 (APIC) Les abondantes pluies ont noyé le quartier populaire de Madagascar, à Douala, capitale économique du Cameroun. Un taxi cahote sur les nids de poules dissimulés par l’eau boueuse. Soudain, il s’arrête. Un homme, tout de blanc vêtu, surgit du véhicule et plonge dans la rigole. L’instant d’après, Dieudonné N’koum en ressort avec un enfant dans les bras: une vie est sauvée. Dieudonné: un prénom prédestiné pour cet original qui explique aussi « prêcher le Christ, l’amour, le service aimant et désintéressé ».

Quelques jours plus tard, toujours habillé de blanc immaculé, le même homme pioche, pelle, assainit la route et la rigole avec l’aide de jeunes du quartier. Ensemble, ils réalisent un drainage ad hoc pour permettre aux eaux de pluie de s’écouler sans causer de dommage. Dieudonné N’koum, alias « l’homme en blanc » s’active depuis quatre ans à l’entretien routier et à l’assainissement des quartiers périphériques de Douala.

Ancien directeur commercial, Dieudonné N’koum est âgé de 42 ans. Baptisé et confirmé catholique, il s’est lancée en solitaire dans les œuvres sociales. Pourquoi? Il s’en explique: « En rentrant de mon bureau, un soir de juin 1993, je me suis retrouvé pris dans un embouteillage dans le quartier d’Akwa Nord. C’est alors qu’un camion a fait un écart pour éviter un trou dans la route. En face, débouche alors un véhicule 4×4, qui esquive le poids lourd mais percute un homme qui sort du champ avec un porte-tout. J’ai fait arrêter mon taxi pour le transporter à l’hôpital, malheureusement il devait rendre l’âme avant d’y arriver. A cet instant j’ai pris la décision de faire quelque chose pour éviter les accidents et les pertes humaines à cet endroit ».

Sous la pluie, sous le soleil, de la casquette aux baskets toujours de blanc vêtu, il œuvre inlassablement sur ce tronçon. Armé d’une pioche, d’une truelle, d’une brouette et de sacs de ciment, il bouche les nids de poules qui rendent la circulation impraticable sur cet axe qui mène au quartier Bonamoussadi, au nord de Douala. Réglé comme une horloge, il travaille dès 7 heures du matin jusqu’à 18 heures. Parfois il y a urgence, alors la journée se termine à 23 heures. Pour les habitants du quartiers, la satisfaction est générale: « Il fait un sacré travail… »

Les éternels ronchonneurs

L’œuvre de Dieudonné ne fait pourtant pas l’unanimité. Du côté des autorités communales de la ville de Douala certains estiment qu’il les empêche de faire leur propre travail. On lui reproche aussi de mélanger du ciment à l’asphalte des routes. « Les ponts qui relient depuis 200 ans les berges des fleuves Wouri et Sanaga sont construits en dur, notre béton à nous africains. Des routes en Occident sont aussi réalisées avec du ciment. Mon mérite consiste à utiliser les moyens dont je dispose pour faire un travail efficace » rétorque-t-il. La communauté urbaine de Douala n’a guère appréciéé non plus son étude de faisabilité pour la réfection d’un rond-point à un tarif 10 fois inférieur au devis des autorités communales… pour un rond-point en perpétuel chantier.

Toujours avec le sourire

Dans son activité quotidienne, « l’homme en blanc » est confronté à d’autres problèmes encore. Parce que toujours vêtu de blanc, certains croient qu’il n’est pas normal ou alors adepte d’une secte. « Je m’habille en blanc parce que c’est un rappel à l’ordre. Le blanc c’est le symbole de la pureté. D’ailleurs on ne peut pas parler d’environnement et se vêtir de souillure » réplique-t-il. Désintéressé, il n’a pas de sources de financement. Les fonds proviennent des riverains de ses chantiers qui lui offrent des sacs de ciment et parfois un peu d’argent pour réaliser ses travaux.

Naguère, dans certains villages, en Europe ou ailleurs, les corvées communes d’entretien étaient obligatoires. Souvent exécutées sans motivation, elles permettaient de substantielles économies à la communauté. Aujourd’hui, un hmme solitaire investit toute son énergie pour améliorer les conditions de vie dans une grande ville africaine. « L’homme en blanc » travaille toujours avec le visage illuminé par un large sourire. C’est là un autre détail, mais aussi une autre histoire. (apic/mbt/ab)

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