Assassinat de Mgr Girardi au Guatemala: le gouvernement accusé de couvrir les militaires
Guatemala, 17 juillet 1998 (APIC) Les catholiques guatémaltèques ont décidé de couper toute communication avec la commission chargée d’enquêter sur le meurtre de l’évêque auxiliaire de Guatemala, Mgr Juan Gerardi, le 26 avril dernier. Ils entendent ainsi dénoncer une «manœuvre politique du gouvernement pour couvrir les véritables auteurs de l’assassinat».
Mgr Gerardi été assassiné deux jours après avoir présenté un rapport de l’Eglise – Guatemala: plus jamais – accusant les militaires du pays d’être responsables de plus de 100’ 000 morts et 50’000 disparitions durant les 36 années de guerre civile qui ont ravagé le pays.
Pour Ronalth Ochaeta, directeur du Bureau des droits de l’homme de l’archidiocèse de Guatemala, «on essaie d’étouffer l’affaire. Si nous voulons avoir la paix, nous ne pouvons avoir l’impunité. Ce sont deux valeurs conflictuelles.»
Ronalth Ochaeta déclare avoir remis aux autorités, il y a six semaines, les noms de deux responsables militaires qui, selon les enquêteurs de l’Eglise, seraient impliqués dans cet assassinat. Il a également transmis le numéro d’immatriculation d’une voiture qui était garée non loin de la résidence de l’évêque au moment du meurtre. Ce numéro, a-t-il dit, est attribué à l’armée.
Or, a-t-il ajouté, la commission gouvernementale de haut niveau chargée d’enquêter sur le crime n’a rien fait de cette information. C’est pourquoi l’Eglise ne veut plus collaborer avec les enquêteurs du gouvernement.
Ces remarques ont aussitôt provoqué la réaction des autorités guatémaltèques. Un porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Edith Vargas, a nié toute implication de l’armée et déclaré que celle-ci pourrait traduire Ronalth Ochaeta devant les tribunaux pour diffamation.
Les contradictions du ministre
Le ministre des Affaires étrangères, Eduardo Stein, membre de la Commission d’enquête, a tout d’abord dit que R. Ochaeta n’avait jamais soumis cette information. Une affirmation pourtant très vite démentie par Gustavo Porras, secrétaire personnel du président Alvaro Arzu, également membre de la commission, qui a admis que R. Ochaeta avait remis deux noms et le numéro d’immatriculation de la voiture. Il n’a toutefois pas voulu dire ce que le gouvernement avait fait de ces renseignements.
Plus tard, Eduardo Stein a dû admettre que la commission avait transmis le numéro de plaques aux enquêteurs de la police tout en ajoutant que les accusations concernant les deux responsables militaires «ne pourraient jamais être vérifiées avec précision».
Selon Edgar Gutierrez, coordinateur du rapport que l’évêque Gerardi avait présenté deux jours avant sa mort, l’un des deux suspects serait un militaire à la retraite. L’autre serait un officier du Haut Commandement présidentiel, unité chargée de protéger le président et sa famille.
Edgar Gutierrez a refusé de donner les noms des deux militaires, en soulignant qu’ils n’étaient que des suspects et que c’était le devoir du gouvernement d’enquêter sur leur implication dans le crime. Il a été informé en privé par des sources officielles qu’une enquête était en cours sur ces deux militaires, mais qu’aucune preuve n’avait pu être retenue contre l’officier à la retraite. Par ailleurs, il semblerait que les autorités se soient plaintes de n’avoir pas été autorisées à enquêter sur les membre du Haut Commandement présidentiel. (apic/eni/pr)
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