Depuis septembre 2011, le port de « signes religieux distinctifs » dans les écoles privées catholiques du Sénégal suscite un débat. Le sujet met en mal la légendaire cohabitation interreligieuse pacifique dans ce pays musulman à plus de 90%.
L’archevêque de Dakar, à l’époque, le cardinal Théodore Adrien Sarr, était monté au créneau pour défendre les écoles privées catholiques, assurant qu’elles respectaient la liberté religieuse, tout en dénonçant ceux qui poussent des élèves « à se distinguer par des comportements en inadéquation avec son esprit de famille et d’ouverture ».
Les responsables des écoles priées catholiques ont justifié le refus du port du voile islamique par les élèves, du fait que les celles qui en portaient ont « des attitudes et les comportements contraires aux principes et à l’esprit » du projet éducatif de ces écoles. Elles refusent par exemple, de saluer les garçons et de participer aux cours d’éducation physique. La polémique s’était cependant estompée au cours de ces quatre dernières années.
Le 31 juillet dernier, lors d’une rencontre avec des élèves, Ousmane Sonko, considéré comme l’homme fort du nouveau régime souverainiste et populiste, en place depuis le 2 avril 2024, a déclaré : « En France, quand une élève qui couvre sa tête par un voile se voit interdite d’accès dans son école, cela nous choque, surtout dans un pays qui prône la démocratie, la liberté et la tolérance. Nous le supportons néanmoins. Cette interdiction n’est pas une tolérance. Nous ne pouvons accepter, ici au Sénégal, quel que soit l’établissement concerné, qu’une élève en soit privée pour la simple raison qu’elle porte un foulard islamique ». Et d’ajouter : « Notre responsabilité est que tous les élèves (voilées ou non ) doivent avoir la même chance à l’école ».
En septembre 2019, l’Institution Sainte-Jeanne d’Arc de Dakar (ISJA), propriété de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny depuis deux siècles, avait interdit le port de voile islamique aux élèves qui la fréquentent. Cette décision avait été vigoureusement combattue par des parents d’élèves pro-islamistes, créant un malaise entre musulmans et chrétiens
En l’absence de réaction officielle de l’Eglise catholique (attendue à partir du 5 août), de nombreuses voix musulmanes et chrétiennes se sont élevées sur les réseaux sociaux, pour condamner les propos du Premier ministre Ousmane Sonko.
Dans une contribution largement publiée par les médias sénégalais, le 3 août, l’abbé André Latyr Ndiaye a rappelé à Sonko, « l’importance de la politesse et du respect dans le discours politique » . (cath.ch/ibc/mp)
Ibrahima Cisse
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