Grande figure de l’Église catholique aux États-Unis et à Rome, le cardinal Seán O’Malley aura donc dû attendre encore un mois après son 80e anniversaire fin juin pour que le nom de son successeur à Boston soit officialisé. D’ordinaire, l’âge de la retraite pour les évêques est de 75 ans. Mais le pape François a tenu à garder le plus longtemps possible celui qui fut l’un des piliers de sa politique en matière de lutte contre les abus sexuels.
C’est d’ailleurs son intransigeance dans les affaires pédocriminelles qui avait valu à ce franciscain d’être propulsé en 2003 à la tête du diocèse de Boston où l’équipe «Spotlight» du journal The Boston Globe venait de publier ses enquêtes sur les prêtres pédophiles du diocèse, provoquant la démission du cardinal Bernard Law.
Comme l’indique aujourd’hui le site de l’archidiocèse américain, Seán Patrick O’Malley aura consacré les 20 ans de sa mission à la «guérison et la reconstruction de l’Église locale». Au niveau international, le scandale de Boston fut le révélateur d’une culture ecclésiale qui, à l’époque, n’hésitait pas à changer discrètement de paroisse les prêtres pédocriminels pour étouffer les affaires et protéger l’institution.
Élevé au rang de cardinal par Benoît XVI en 2006, Seán Patrick O’Malley participe au conclave de 2013, où il crée la surprise en récoltant dix voix à l’issue du premier tour, avance le vaticaniste Gerard O’Connell dans son livre-enquête sur le conclave (L’élection du pape François, éditions Artège). Qu’un Américain récolte autant de voix est la preuve que sa personnalité et son action contre les abus ont marqué les esprits de cardinaux.
Après le conclave de 2013, le pape François le fait entrer dans son «Conseil des cardinaux» chargé de mettre en œuvre la réforme de la Curie romaine. Preuve de la confiance du pontife argentin à son égard, il y restera dix ans. Le pape lui demande également de diriger la Commission pontificale pour la protection des mineurs au Vatican, créée en 2014 – il en est toujours le président à ce jour.
À ce poste, il édicte des lignes directrices pour les évêques du monde et réagit à diverses crises comme celles des couvertures d’abus au Chili – un moment où il prend publiquement ses distances vis-à-vis du pape – ou encore des révélations sur l’ex-cardinal McCarrick, dossier sur lequel il œuvre pour qu’une enquête soit menée.
Atteignant 80 ans en juin dernier, le prélat américain ne peut plus participer aux scrutins lors de l’élection du prochain pape. Il pourra cependant prendre part aux discussions lors des congrégations générales qui précèdent l’élection dans la chapelle Sixtine. Durant ce temps stratégique où tous les cardinaux sont rassemblés pour dresser le bilan du pontificat et identifier les perspectives du prochain, le cardinal O’Malley devrait être encore une personnalité écoutée.
Pour le remplacer à Boston, le pape François a choisi Mgr Richard Henning, qui atteindra 60 ans en octobre prochain. Ce natif de Rockville, dans l’État de New York, a été ordonné prêtre en mai 1992. Obtenant en 2007 un doctorat en théologie biblique à l’université romaine de Saint-Thomas d’Aquin (l’Angelicum), il est à son retour aux États-Unis professeur d’Écriture sainte et formateur au séminaire de Huntington.
Il devient recteur de ce séminaire de l’État de New York de 2012 à 2018. Cette année-là, le pape le nomme évêque auxiliaire de Rockville Centre, son diocèse d’origine. Il est nommé quatre ans plus tard évêque coadjuteur de Providence, diocèse dont il prend la pleine charge en mai 2023.
Avec cette nouvelle nomination à Boston – son troisième diocèse en six ans -, Mgr Richard Henning va prendre en main le quatrième plus grand diocèse des États-Unis qui compte 1,8 million de catholiques. Il pourrait à l’avenir être créé cardinal puisque Boston constitue un ‘siège cardinalice’ traditionnel depuis 1911. (cath.ch/imedia/hl/bh)
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