Des médias argentins, dont La Nacion, ont rapporté la visite d’Anita Fernández et de ses proches au pape François dans sa résidence Sainte-Marthe du Vatican. Dans une courte vidéo réalisée durant la rencontre pour une émission de radio pilotée par la mère d’Anita Fernández, Ana de Careaga, le pape François a demandé de ne pas relâcher les efforts pour « garder la mémoire ».
Ces propos du pape s’inscrivent dans un climat de tensions en Argentine au sujet du rapport mémoriel à la période de la dictature (1976-1983). Le président Javier Milei est notamment accusé par les associations de victimes de révisionnisme.
Il y a quelques semaines, une visite en prison de six députés appartenant au camp présidentiel a été révélée. Ces parlementaires, qui rencontraient des militaires reconnus coupables de crimes, considèrent qu’ils sont en fait des soldats ayant combattu contre la «subversion marxiste».
Le pape « m’a dit qu’il avait eu connaissance de cette visite des députés à la prison […], que cela lui semblait très dangereux et que nous devions prendre prendre soin de la démocratie», a rapporté Anita Fernández à La Nacion.
Parmi les prisonniers visités se trouvait notamment Alfredo Astiz, responsable des enlèvements de la mère et de la grand-mère d’Anita Fernández. Condamné à la prison à perpétuité, Alfredo Astiz, surnommé «l’ange blond de la mort», a torturé et éliminé de nombreux opposants au régime. Il est notamment coupable du meurtre de deux religieuses françaises, Alice Domon et Léonie Duquet. La nièce de cette dernière, sœur Jeanningros, est une amie personnelle du pape François. Il est d’ailleurs allé la visiter le 31 juillet dernier sur son lieu d’apostolat : un parc d’attractions situé dans le port romain d’Ostie.
Le pape François connaissait aussi bien la grand-mère d’Anita Fernández. Au début des années 1950, Esther Ballestrino, d’origine paraguayenne, avait accueilli le jeune étudiant Jorge Maria Bergoglio dans son laboratoire de chimie. Dans son autobiographie parue en 2024 (Vivre, Mon histoire à travers la grande Histoire, Harper Collins), le pape François l’avait qualifiée de « femme formidable », à qui il devait beaucoup. « C’était une vraie communiste, athée mais respectueuse : même si elle avait ses propres idées, elle n’a jamais attaqué la foi », racontait-il.
Sous la dictature, la fille de la laborantine avait été arrêtée alors qu’elle était enceinte. Esther Ballestrino avait alors été l’une des fondatrices des Mères de la Place de mai, une association de femmes recherchant les enfants disparus.
Après la libération de sa fille, Esther Ballestrino lui avait permis de s’exiler en Suède. Mais elle avait fait le choix de demeurer en Argentine malgré la menace qui pesait sur elle. Un jour, par précaution, elle avait demandé au Père Bergoglio, alors provincial des Jésuites d’Argentine, qu’il cache des livres marxistes de sa bibliothèque, ce que le futur pape avait fait.
Esther Ballestrino a toutefois été enlevée en 1977 aux côtés d’Alice Domon et de Léonie Duquet. Elle fut ensuite victime des ›vols de la mort’, cette terrible pratique qui consistait à jeter dans l’océan depuis des avions militaires des opposants au régime. (cath.ch/imedia/hl/mp)
Maurice Page
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