El Salvador: La libération des assassins de quatre missionnaires vivement condamnée
New York, 30 juillet 1998 (APIC) La libération anticipée, la semaine dernière, de trois gardes nationaux salvadoriens condamnés pour le viol et l’assassinat de trois religieuses et d’une missionnaire laïque américaine en 1980, provoque la vive indignation d’organisations de défense des droits de l’homme et de groupes religieux aux Etats-Unis et en Amérique centrale. On estime qu’il sera désormais difficile sinon impossible de faire la lumière sur les implications de la hiérarchie militaire dans ce quadruple meurtre, et sur la volonté de la Maison Blanche de dissimuler la vérité.
Se basant sur une nouvelle loi visant à faire face au surpeuplement des prisons, les autorités salvadoriennes ont décidé de libérer le 21 juillet – soit après 18 ans de prison – Luis Antonio Colindres Aleman, Daniel Canales Ramirez et Jose Roberto Moreno Canjura, qui avaient été condamnés à 30 ans d’emprisonnement pour meurtre. Les deux autres condamnés, Carlos Joaquim Contreras Palacios et Francisco Orlando Contreras Recinos, resteront en prison pour d’autres chefs d’accusations.
Ces hommes avaient été condamnés pour le meurtre des soeurs de Maryknoll, Maura Clarke et Ita Ford, de la soeur ursuline Dorothy Kazel et de la missionnaire catholique laïque Jean Donovan.
L’enlèvement, le viol et l’assassinat de ces quatre femmes avaient galvanisé l’opinion publique américaine contre la politique pratiquée par les Etats-Unis au Salvador. Près de 100’000 ont été assassinées durant la guerre civile qui a ravagé le pays durant douze ans et qui a pris fin avec l’accord de paix signé en 1992 entre les guérilleros du Front Farabundo Marti de libération nationale et le gouvernement.
Un acte perpétré sur ordre
Pour les collègues, familles et organisations de défense des droits de l’homme, ces meurtres n’ont pas pu être perpétrés sans l’approbation des militaires salvadoriens. Alors que les gouvernements des Etats-Unis et du Salvador ont toujours soutenu que les auteurs de ces meurtres avaient agi seuls, des documents publiés en juin par le Département d’Etat ont confirmé que le gouvernement des Etats-Unis savait que des militaires de haut rang salvadoriens suspectaient l’implication d’autres officiers. Au début de l’année, quatre gardes avaient confessé aux avocats des familles des victimes qu’ils avaient agi sur ordre.
Pour Therese Howard, porte-parole des soeurs de l’ordre catholique de Maryknoll, à New York, en raison de la libération anticipée des trois gardes, il deviendra très difficile de prouver qu’ils ont agi sur ordre. Une fois libérés, ils n’ont aucune obligation de témoigner à ce sujet. Et seul Daniel Canales a accepté de collaborer encore avec les enquêteurs. Il a reconnu que les autres gardes et lui-même « exécutaient des ordres » et que l’affaire avait été couverte pour protéger ceux qui avaient donné ces ordres.
L’évêque auxiliaire de San Salvador, Gregorio Rosa Chavez, estime pour sa part que son pays « a perdu une grande occasion de progresser sur la voie de la justice et de découvrir la vérité historique ». (apic/eni/pr)
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