Actualité: A l’occasion de l’Assemblée Générale des Oeuvres Pontificales Missionnaires, l’agence romaine Fides publie divers témoignages missionnaires d’Afrique, d’Amérique et d’Asie. Le Père Maurizio, religieux italien, s’est mis au service des enfants de la rue à Yaoundé, au Cameroun.

APIC – témoignage

Cameroun: Le Père Maurizio au service des « enfants de la rue »

Garantir aux jeunes un avenir sans barreaux

Yaoundé 1er juin 1998 (APIC) « David a 17 ans, et il a vécu 8 ans dans la rue. A Noël dernier, il a été poignardé et en est resté paralysé. Après deux mois et demi à l’hôpital, aidé par ses compagnons du même âge et anciens détenus, il nous a demandé d’être baptisé. Il habite aujourd’hui dans la maison d’une physiothérapeute qui s’occupe de lui, et cherche à retrouver une mobilité partielle ». David est un des membres de cette « paroisse de la rue » que le Père Maurizio, missionnaire du PIME à Yaoundé, a gagnée tout au long de son expérience de dix ans au Cameroun.

« C’est une mission qui requiert disponibilité et compréhension… Ce sont des jeunes abandonnés par les familles, ou qui se sont enfuis de chez eux pour laisser des parents qui ne les aimaient pas », explique le religieux italien. L’urbanisation de la société camerounaise a poussé de nombreux paysans à quitter la campagne pour chercher un travail en ville : l’institution traditionnelle de la famille s’effrite, et les enfants sont les premiers à en faire les frais. « Pour de nombreux enfants, la rue devient la maison habituelle, et si, pendant la journée ils sont pris par des travaux fatigants, ils se réunissent le soir en certains endroits de la ville » ;

« C’est dans ces endroits que notre équipe entre en action… un groupe d’éducateurs, d’universitaires, de travailleurs et de séminaristes, dirigés par un prêtre, rencontrent chaque jour les jeunes… L’objectif est de les faire retourner le plus tôt possible en famille, et de leur faire suivre l’école ». Le groupe de jeunes dont s’occupent les missionnaires du PIME aide chaque année plus de 500 enfants de la rue.

Le chômage, qui s’étend dans le pays, ne favorise pas l’insertion des jeunes dans le monde de la production. Même ceux qui ont quitté la campagne pour Yaoundé, qui compte 1,2 million d’habitants, n’ont pas la vie facile. Les missionnaires s’efforcent de leur trouver un travail : « Souvent, nous les envoyons sur les chantiers, mais on ne trouve que des emplois temporaires. Peu de temps après, nous les retrouvons dans la rue ». Pour les missionnaires le travail est une expérience importante, « parce qu’il aide les jeunes à acquérir une stabilité psychologique et une rigueur de vie. Le travail fait acquérir d’autre valeurs, alors que, dans la rue, règne la loi du plus fort ».

200 jeunes de 10 à 12 ans au « Foyer de l’espérance », d’autres en prison

De sa rencontre avec les « enfants de la rue », le Père Maurizio a eu l’idée de mettre sur pied des structures d’accueil : le « Foyer de l’espérance » en est une. Il accueille 200 jeunes par an environ . « Au Foyer nous accueillons les enfants de 10 à 12 ans, ; mais l’âge moyen des enfants de la rue s’abaisse toujours plus. « Bebé », un enfant qui vivait dans la rue depuis quatre ans, a retrouvé au Foyer la sérénité et l’affection : « Nous avons retrouvé le père après de nombreuses recherches ; il vit à présent avec une autre femme qui a accueilli Bebé. Aujourd’hui, il commence à suivre l’atelier de mécanique du « Foyer de l’espérance » et va à l’école. Son rêve est de devenir chauffeur de taxi ou d’autobus.

Les missionnaires du PIME, en suivant leurs enfants, même quand ils se retrouvent en prison, ont découvert une autre frontière à leur engagement. « Les enfants de la rue considèrent la prison comme un lieu de formation, où ils se perfectionnent dans le crime et dans la délinquance ». L’aide de l’évêque de Yaoundé a ouvert aux missionnaires les portes d’une collaboration avec les institutions de détention. Le Père Maurizio, veut « garantir aux jeunes un avenir au-delà des barreaux, sans oublier l’évangélisation. En prison, on prie, on joue, et on forme des groupes e catéchèse. Les jeunes entament un itinéraire de conversion : c’est pour nous le résultat le plus beau ».

« L’arche de Noé » accueille de jeunes détenus

L’expérience dans les prisons a fait naître une autre initiative, L’Arche de Noé: une institution pour les enfants mineurs détenus. Elle accueille un fois par semaine un groupe de 20 à 25 jeunes qui sortent de prison avec une permission journalière exceptionnelle. Ils restent avec les missionnaires jusqu’à l’heure du repas, font du sport, rencontrent les familles, goûtent un peu de liberté. Au Centre, travaillent aussi des anciens détenus qui y passent un certain temps avant de se réinsérer dans la société.

Le Père Maurizio sait ce qu’est l’amertume de voir un jeune pris par la rue : ainsi, « ce garçon vivace et intelligent qui a commencé à vivre dans la rue dès 9 ans, fils d’une femme qui a eu 6 enfants avec 3 hommes différents, et qui vit actuellement avec un quatrième. Nous avons envoyé l’enfant à l’école et il était capable de répéter de mémoire un morceau qu’il avait entendu une ou deux fois. Mais il ne réussissait pas à rester longtemps à l’école ; et, pendant les vacances de Noël, il est retourné dans la rue ». Un échec ; mais pas aussi tragique que celui de Etende : un jeune de 20 ans, tué à coups de bâtons en novembre dernier au cours d’un vol. « C’était un brave arçon, mais il s’était mis à voler, et il avait fini par trois fois en prison. Au cours d’un vol, il avait aussi été mordu par des chiens de garde dans un magasin ». Le Père Maurizio et les amis qui l’aident dans sa tâche, tiennent beaucoup à ne pas être assimilés à des assistants sociaux : « Nous offrons une amitié solide, et nous voulons nous présenter comme Eglise. C’est un ministère, et c’est là la partie du peuple de Dieu qui m’a été confiée ». (apic/fides/mp)

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