République du Congo: Le président lance une sévère mise en garde contre l’Eglise
Brazzaville, 2 juin 1998 (APIC) Le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, a mis en garde tous ceux qui par des bouts de déclarations se permettent de mettre de l’huile sur le feu. La déclaration du président vise l’Eglise catholique en particulier. Dans une déclaration faite à mi-mai, cette dernière s’en était violemment prise au pouvoir, aux militaires et à la corruption.
L’homme fort du Congo a en effet réagi le 30 mai au message des évêques catholiques du Congo diffusé treize jours auparavant et dans lequel ils ont, entre autres interpellations, invité l’armée à «délivrer définitivement la société des milices et des partis armés». Le message soulignait par ailleurs que «tout délit sur ce point doit être sanctionné et les contrevenants exclus du champ politique et déchus de leurs droits civiques». Les évêques catholiques ont encore dénoncé les leaders des partis qui entretiennent encore des milices armées.
Le général Sassou Nguesso, qui continue à entretenir sa milice – «les cobras» – estimée à 3’000 hommes selon certaines sources, s’est particulièrement senti visé par cette prise de position des hommes d’Eglise. «Les cobras» lui ont permis de reconquérir le pouvoir par la force le 15 octobre 1997 et de mettre fin à l’activisme de toutes les autres milices. Mais huit mois après la fin de la guerre, la milice du président continue de terroriser les populations sur toute l’étendue du territoire: viols, pillage des biens, tirs sporadiques d’armes automatiques, intimidation, assassinats de hauts cadres militaires proches de l’ancien président et de certains responsables influents des partis politiques de l’opposition, aujourd’hui réduits au silence ou contraints à l’exil. La population en a «ras le bol», soulignait le message des évêques.
Discours aux mères catholiques
La mise en garde du président Sassou Nguesso s’est faite devant plusieurs milliers de femmes venues lui présenter les résolutions adoptées à l’issue d’un colloque des mères catholiques de l’Afrique centrale, tenu du 24 au 31 mai à Brazzaville sur le thème «Dieu, la femme et la paix en Afrique: des mots vains?»
L’une des résolutions des femmes invite le pouvoir à créer les conditions de réconciliation véritable avec les opposants en exil en vue de garantir une paix et une stabilité durables dans le pays.
Dans un violent réquisitoire, le général Sassou Nguesso s’en est pris aux Eglises qui, selon lui, «avaient mis de côté le concept biblique selon lequel tout pouvoir vient de Dieu pour le traîner dans la boue» tout au long de la Conférence nationale souveraine dirigée par Mgr Ernest Nkombo et qui avait dressé en 1991 le bilan du pouvoir dirigé par Sassou Nguesso pendant douze ans.
Tout en qualifiant la fraternité prêchée dans les Eglises de «notion rétrograde n’ayant aucune emprise sur la société», le chef de l’Etat a rendu les Eglises responsables de la création des partis politiques à base ethnique. Au plan local, il a reproché aux Eglises de ne pas s’investir dans les opérations de salubrité des marchés et des édifices religieux détruits par la guerre dans la capitale.
Parlant des exilés politiques qualifiés de «génocidaires», le président Sassou Nguesso leur a demandé avant tout de «reconnaître leur faute avant de mériter le pardon du peuple».
La mise en garde du président a été accompagnée à la radio nationale de quelques déclarations hostiles aux Eglises de la part d’organisations de jeunes proches du pouvoir. (apic/eni/pr)
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