Burundi: La situation reste préoccupante
Bujumbura, 2 juin 1998 (APIC) Ces derniers temps, « des pas ont été franchis » au Burundi, mais « la situation reste préoccupante », constatent les sept évêques du pays dans un « message d’encouragement ». Daté du 28 mai et destiné « aux compatriotes et à tous les amis du Burundi », le texte a pour titre une « parole de sagesse de nos ancêtres »: « Là où il y a dialogue et concorde, là est Dieu ».
Les évêques commencent par relever brièvement les progrès accomplis: amélioration de la sécurité, rapatriement et réinstallation des Burundais chez eux, connivence des groupes sociaux, courage des paysans à lutter contre la faim et à reconstruire le pays. Pour ajouter aussitôt: « Toutefois, la situation reste préoccupante: des vies humaines continuent à être victimes des violences de toutes sortes; l’armement de la jeunesse hypothèque l’avenir de du pays; la fragilité des institutions, les difficultés dans le fonctionnement de la justice (les détentions préventives abusives et très prolongées, le refus de la présomption d’innocence par certaines instances, les emprisonnements, les amendes exorbitantes, etc.); l’isolement international de notre pays, la paupérisation croissante, le manque d’espérance face à l’avenir chez beaucoup, la persistance d’une mentalité de ghetto sont autant de problèmes graves ».
Baliser le chemin de la confiance
Aux yeux des évêques, leur message est « plus que jamais actuel et urgent au regard de la situation que vit le pays ». » La situation est grave, écrivent-ils : certains continuent à s’engager dans la logique de la guerre et des violences, dans la diabolisation globale des autres, dans le mensonge, dans la corruption et dans les injustices. Nous condamnons énergiquement cette voie qui éternise les conflits sanglants. Comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises, à travers nos messages antérieurs, nous recommandons plutôt le chemin du dialogue pour aboutir à la réconciliation de notre peuple et à la paix durable ».
Les évêques invitent les chrétiens, à commencer par ceux qui sont engagés dans les affaires publiques, à « tout mettre en ouvre pour créer ce climat de confiance favorable au dialogue et à l’entente, pour baliser le chemin de la confiance ». Ils leur rappellent une « règle d’or » qui reste valable même dans ce domaine: « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux (Mt 7,12) ».
La vérité libère
Le message souligne aussi que « tout dialogue fait dans le mensonge est voué à l’échec », car « la vérité libère, tandis que le mensonge asservit (Jn 8,32) ». « Nous encourageons, ajoutent les évêques, toute initiative qui favorise la rencontre et le rapprochement des esprits et des cours, d’où qu’elle vienne. Car tout effort vers un dialogue vrai et sincère est un chemin d’espérance pour tous les habitants de ce pays. Toute volonté de recréer des institutions politiques rassurantes pour tous est un signe évident vers une réconciliation effective ».
Le dialogue doit aussi aller de pair avec la justice, dont le fruit est la paix. Une justice qui n’est pas seulement celle des cours et des tribunaux, mais « une vertu humaine qui doit se vivre dans les rapports humains quotidiens, à tous les niveaux ». Les évêques réclament ici l’arrêt des violences: « En effet, les populations, qui en sont principalement victimes, sont totalement déstabilisées et, par conséquent, rendues incapables d’assurer leur survie. Nous dénonçons toutes les formes d’exactions qui vont à l’encontre de la dignité de la personne humaine: amputations, vols, viols, arrestations et exécutions sommaires et extrajudiciaires, amendes illégales, etc., prix trop lourd pour un résultat dégradant. Nous supplions les protagonistes de s’engager résolument dans la voie du dialogue comme nos ancêtres, dans leur sagesse, l’ont toujours prôné ».
Les évêques recommandent encore aux Burundais de s’éduquer mutuellement à la réconciliation et à la paix « pour ne pas continuer à nous entraîner dans l’autodestruction ». Et de conclure: « Confiants dans l’assistance de l’Esprit-Saint qui nous introduit dans la vérité tout entière (Jn 16,13), nous vous exhortons à ne pas avoir peur d’aller de l’avant dans l’édification d’une Nation burundaise unie et réconciliée. Dans ce Burundi uni et réconcilié, il y aura de la place pour tout le monde ». (apic/cip/ab)
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