« Demander pardon aux Aborigènes »
Sydney, 4 juin 1998 (APIC) Les relations entre les Eglises australiennes et le gouvernement fédéral du pays se sont détériorées après le refus du premier ministre John Howard de participer au « Sorry Day », le 26 mai, Journée du pardon dédiée aux Aborigènes arrachés de force à leur famille dans leur enfance.
Des personnalités ecclésiastiques figurent parmi les organisateurs de cette Journée du pardon, célébrée une année après la publication d’un rapport officiel qui critiquait la politique pratiquée par le gouvernement et plusieurs institutions d’Eglises jusqu’aux années 60. Cette politique, qui consistait à enlever les enfants aborigènes à leurs familles, est décrite dans le rapport publié par la Commission de défense des droits de la personne et de l’égalité des chances pour tous comme une tentative de « génocide ».
La coalition conservatrice, actuellement au pouvoir, des partis national et libéral a réagi à la publication de ce rapport en proposant de financer des programmes de santé, de logement, et de réunion des familles, mais elle a fermement refusé de présenter des excuses. Le Premier ministre Howard a présenté des excuses personnelles mais n’a pas voulu le faire au nom du gouvernement.
La réponse du gouvernement au rapport sur les « enfants volés » est l’un des facteurs essentiels de la détérioration des relations avec les leaders aborigènes, et avec les Eglises qui ont été au premier plan de la campagne pour les droits des Aborigènes. Toutes les Eglises qui ont collaboré à cette politique d’enlèvement des enfants à leurs familles ont présenté des excuses officielles aux autochtones. Le 26 mai, des services ont été célébrés dans les capitales de tous les Etats australiens.
Tous… sauf le gouvernement fédéral
Le primat de l’Eglise anglicane d’Australie, l’archevêque Keith Rayner, et d’autres évêques anglicans ont présenté des excuses écrites aux générations volées, lors d’un service œcuménique célébré à Melbourne. La Conférence des évêques catholiques australiens a publié une déclaration dans laquelle elle reconnaît que des institutions d’Eglises ont collaboré à cette politique d’enlèvement des enfants, et elle fait acte de repentance. « Nous exprimons nos profonds regrets pour les souffrances et blessures infligées aux australiens autochtones et dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui: la déchirure sociale, la perte de culture et d’identité et un sentiment permanent de désespoir pour un grand nombre d’Aborigènes », déclarent les évêques catholiques.
La plupart des gouvernements des Etats australiens ont aujourd’hui présenté leurs excuses officielles aux Aborigènes, ainsi que les conseils locaux, les communautés et même le directeur de la compagnie minière Rio Tinto. Des livres de repentance ont été distribués dans le pays par des milliers de citoyens De nombreuses personnalités ont présenté des excuses officielles. Seul le gouvernement fédéral a fermement refusé de participer à ces actions.
La controverse au sujet de cette Journée du pardon a exacerbé le conflit entre l’Eglise et le gouvernement australien, qui porte sur plusieurs sujets, mais surtout sur la question aborigène. Le principal point de discorde concerne la législation gouvernementale visant à restreindre les droits fonciers de la population aborigène. Ce projet a été rejeté deux fois par le Sénat, ce qui, selon la pratique constitutionnelle, signifie que le Premier ministre peut maintenant convoquer une élection extraordinaire des deux chambres du Parlement, ce qui devrait être le cas. Le gouvernement de droite de John Howard a la majorité au sein de la Chambre des députés, mais ne contrôle pas le Sénat. (apic/eni/ab/pr)
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