Après avoir dit «suivre avec douleur les combats en Ukraine et en Fédération de Russie» – où l’armée ukrainienne occupe des dizaines de localités dans la région de Koursk – le pape François a ouvert un développement critique sur un récent vote du Parlement ukrainien interdisant l’Église orthodoxe ukrainienne, historiquement affiliée au Patriarcat de Moscou.
«En pensant aux nouvelles normes de loi récemment adoptées en Ukraine, me vient une peur pour la liberté de ceux qui prient», a lancé le pape François. «On ne commet pas le mal quand on prie. Si quelqu’un commet le mal contre son peuple, il sera coupable pour cela. Mais personne ne commet le mal parce qu’il a prié», a-t-il insisté. «Alors, que l’on laisse prier ceux qui veulent prier dans ce qu’ils considèrent comme leur Église», a demandé le pape, voyant donc dans cette mesure une violation de la liberté religieuse.
Cette loi a été adoptée le 20 août dernier en seconde lecture par 265 députés. Elle permet aux autorités ukrainiennes d’enquêter et de déterminer si des organisations religieuses entretiennent des liens avec le Patriarcat de Moscou. Si des liens sont découverts, ces organisations disposeront d’un délai de 30 jours pour les rompre. En cas de non-respect de ce délai, elles pourront faire l’objet d’une action en justice pouvant aboutir, après neuf mois de procédure, à l’interdiction de leurs activités.
Il s’agit d’un nouvel épisode dans le processus d’autocéphalie de l’Église orthodoxe en Ukraine. En 2018, avec le soutien du président Petro Porochenko, une Église orthodoxe indépendante de Moscou avait été créée. La reconnaissance canonique de cette Église par les patriarcats de Constantinople et d’Alexandrie a ensuite provoqué un schisme interne à l’orthodoxie. On distingue donc aujourd’hui ‘l’Église orthodoxe d’Ukraine’, soutenue par Kiev, et ‘l’Église orthodoxe ukrainienne’, historiquement liée au Patriarcat de Moscou.
Le terme «historiquement» s’impose, puisqu’en mai 2022, trois mois après le début de l’offensive russe, l’Église orthodoxe liée à Moscou, qui représenterait environ 9000 paroisses, a annoncé se détacher du Patriarcat. Cependant, une grande partie de la classe politique ukrainienne considère que cette déclaration n’a pas été suivie d’effets et que certaines paroisses constituent une forme de ‘cinquième colonne’ en jouant la carte du soutien à la Russie.
Après ce vote, le Patriarcat de Moscou a dénoncé une extension de la «persécution» de Kiev contre l’Église orthodoxe ukrainienne et d’une «violation claire des droits de l’homme». Inversement, le 16 août dernier, le Conseil ukrainien des Églises et des organisations religieuses avait, après une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, exprimé une condamnation catégorique des «activités de l’Église orthodoxe russe», définie comme «complice des crimes sanglants des envahisseurs russes contre l’humanité».
Le communiqué réaffirme ensuite le respect des droits et des libertés religieuses, et la possibilité pour les fidèles, «malgré certains défis liés à la guerre», «d’exprimer leurs sentiments et leurs croyances religieuses avec dignité».
Ce n’est pas la première fois que le pape apporte un soutien aux orthodoxes d’Ukraine historiquement liés à Moscou, au risque de froisser la partie ukrainienne, dans ce contexte de guerre et au lendemain de la date du 24 août marquant la Fête de l’indépendance de l’Ukraine. À l’issue de l’audience générale du 15 mars 2023, le pape François avait évoqué le sort des congrégations orthodoxes de la Laure des grottes de Kiev, menacées d’expulsion, et demandé «aux parties en guerre de respecter les lieux religieux».
Quelques jours auparavant, le gouvernement ukrainien avait annoncé l’expulsion des moines sous la juridiction du Patriarcat de Moscou résidant encore dans la Laure des grottes de Kiev, aux profits de religieux appartenant à l’Église d’Ukraine. Le pontife avait souligné que les personnes occupant le monastère sont «consacrées à la prière» et «de quelle confession qu’elles soient, sont un soutien au Peuple de Dieu». Il avait néanmoins créé une certaine confusion en évoquant des «religieuses» habitant le monastère, alors qu’il n’était occupé que par des congrégations masculines.
Selon certains observateurs, le soutien constant du pape François à un statu quo concernant la situation canonique des paroisses orthodoxes s’intègre dans une volonté de ménager la partie russe, dans l’optique de pouvoir intervenir dans une éventuelle médiation entre Kiev et Moscou. (cath.ch/imedia/cv/rz)
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