Par Camille Dalmas au Timor oriental, I.MEDIA
Dans la matinée, salué une nouvelle fois par une foule massive sur son trajet en voiture, le pape François s’est d’abord rendu à l’école Irmas Alma dans le centre de Dili. Cet établissement est tenu par la communauté religieuse féminine de la miséricorde Alma (d’origine indonésienne) et prend en charge des enfants handicapés ou pauvres.
Distribuant chapelets et bonbons et se laissant embrasser les mains et parfois même les pieds par les jeunes écoliers atteints de trisomie, d’autisme, aveugles ou sans bras, le pape a salué dans cette œuvre ce qu’il désigne comme « le sacrement du pauvre » le décrivant comme un « amour qui anime, renforce, construit et renforce ». « Partager la vie avec les personnes qui en ont le plus besoin […] est notre programme de vrai chrétien », a-t-il insisté pendant cette visite pendant laquelle il a multiplié les gestes de tendresse.
Le pontife, en retard sur son programme, s’est ensuite rendu à la cathédrale de l’Immaculée Conception, consacrée par Jean Paul II lors de sa visite en 1989, pour rencontrer les responsables de la communauté catholique nationale. Une nouvelle fois acclamé à son arrivée par les participants, il a écouté plusieurs témoignages, notamment celui d’un prêtre, Don Sancho Amaral, a raconté au pape comment il avait aidé l’actuel Premier ministre, Xanana Gusmao, à fuir de Dili lors de la répression indonésienne en 1991. Le prêtre avait réussi à exfiltrer dans sa voiture celui qui était un des leaders de la guerre de résistance, passant les barrages militaires au péril de sa vie.
Ensuite, une religieuse canossienne, la religieuse Rosa Sarmento, lui a raconté comment le Timor oriental, autrefois une terre de mission, est devenue une terre de missionnaires qui vont « évangéliser l’Europe et d’autres parties du monde ». Puis catéchiste de près de 90 ans, Florentino de Jesus Martins, a retracé ses 56 ans de service comme catéchiste permanent du diocèse de Dili. Cet homme atteint de la maladie de Parkinson a dit son regret d’avoir dû prendre sa retraite à 82 ans, après une longue vie d’évangélisation durant laquelle il avait parfois fait de longues marches sous le vent et la pluie pour rejoindre des communautés isolées. « Il a fait de la concurrence à saint Paul », a plaisanté le pape pour le féliciter.
« Dans le cœur du Christ (…), les périphéries de l’existence sont le centre », a affirmé le pape François dans son discours prononcé en espagnol. Il a rappelé que « l’Évangile est rempli de personnes, de figures et d’histoires qui sont en marge, aux frontières, mais qui sont convoquées par Jésus et deviennent les protagonistes de l’espérance qu’il est venu apporter ».
En s’inspirant la scène de l’Évangile de Jean dans laquelle Marie-Madeleine répand un parfum sur les pieds de Jésus, le pape a tissé la métaphore en évoquant l’une des principales ressources du pays : le bois de santal, utilisé pour la production de parfums sur le marché international, et qui est évoqué dans la Bible comme offrande de la reine de Saba au roi Salomon. « Qui sait si la reine de Saba est venue chercher ce bois ici ? », a affirmé le pontife.
François a exhorté les prêtres et consacrés du Timor oriental à « garder le parfum, répandre le parfum ». « Comme un arbre de santal, toujours vert, fort, croissant et portant des fruits, vous êtes vous aussi des disciples missionnaires parfumés d’Esprit Saint pour imprégner la vie de votre peuple », a-t-il déclaré, exhortant le Timor oriental à un « nouvel élan dans l’évangélisation » pour répandre ce parfum « plus fort que le parfum français ».
Mais il a aussi lancé cet avertissement : «le parfum n’est pas pour nous mais pour oindre les pieds du Christ, annonçant l’Évangile et en servant les pauvres, cela signifie veiller sur nous-mêmes . Il a mis en garde contre la médiocrité, la mondanité et la tiédeur spirituelle toujours aux aguets. Et a demandé aux prêtres et évêques de ne pas se sentir supérieurs au peuple.
Il les a invités à approfondir leur connaissance de la doctrine chrétienne et à investir dans la formation en ne se laissant pas enfermer dans des «formes et des traditions archaïques et parfois superstitieuses». Il a remarqué que la croyance en la résurrection et à la présence des âmes des défunts est un beau trait culturel du Timor oriental, mais que «tout cela doit toujours être purifié à la lumière de l’Évangile et de la doctrine de l’Église», évoquant notamment la question des superstitions et du culte des morts. Nombre des catholiques timorais pratiquent encore le culte des défunts selon les modalités animistes.
La diffusion du parfum nécessite aussi d’avoir «le courage de ›briser’ le vase qui contient le parfum, de briser la ›carapace’ qui souvent nous enferme sur nous-mêmes et de sortir d’une religiosité paresseuse, confortable, vécue uniquement pour un besoin personnel».
Remarquant que l’Église contribue à diffuser « un parfum de réconciliation et de paix après les années terribles de la guerre» – elle s’assure notamment du respect des débats pendant les élections depuis la guerre civile de 2006 -, le pape a aussi invité à répandre le parfum évangélique « contre tout ce qui humilie, défigure et même détruit la vie humaine . Il a cité les fléaux de l’alcoolisme, de la violence et du manque de respect pour la dignité de la femme. «Les femmes sont les personnes les plus importantes de l’Église», a-t-il insisté, en rappelant que l’Église est mère pour le peuple de Dieu.
« L’Évangile de Jésus a le pouvoir de transformer ces réalités obscures et de générer une société nouvelle », a expliqué François. En ce sens, le prêtre « ne doit jamais profiter de son rôle, il doit toujours bénir, consoler, être un ministre de compassion et un signe de la miséricorde de Dieu ». « Ne vous découragez pas ! », a insisté le pape François, rendant hommage à une Église éprouvée mais dynamique.
La deuxième journée du pape François au Timor oriental s’est ensuite poursuivie par une rencontre privée avec les jésuites du pays à la nonciature apostolique. (cath.ch/imedia/cd/cv/mp)
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