Le cardinal Mauro Piacenza, proche du cardinal-secrétaire d’État Tarcisio Bertone avec qui il partageait les mêmes racines génoises, fut l’un des ›ministres’ du Saint-Siège les plus estimés et les plus influents sous le pontificat de Benoît XVI. Ce dernier en fit en 2010 le préfet de la congrégation pour le Clergé, où il sera remarqué par un conservatisme dont se souviennent les évêques lors de leurs visites ad limina.
Le vent tourne après l’élection du pape François. Après avoir été victime d’un spectaculaire malaise durant la messe des Rameaux 2013 – conséquence peut-être du stress induit par le conclave et le changement de pontife – le cardinal italien se voit rétrogradé au poste relativement symbolique de pénitencier majeur.
Cette décision est alors perçue par les observateurs comme une disgrâce d’autant plus retentissante que le prélat était pressenti comme potentiel secrétaire d’État au début du pontificat. Dans sa charge qui lui donne notamment la responsabilité des indulgences jubilaires, il joue toutefois un rôle important lors de l’Année sainte extraordinaire de la miséricorde, en 2015-2016.
Originaire de Gênes, où il est né le 15 septembre 1944, le cardinal Mauro Piacenza a été ordonné en 1969 par le cardinal Giuseppe Siri, figure de l’aile conservatrice et voix relativement critique du Concile Vatican II. Sous son très long épiscopat, qui s’est étendu de 1946 à 1987 et a donc fait le pont de Pie XII à Jean-Paul II, le diocèse de Gênes a servi de refuge à une nouvelle génération de prêtres de sensibilité traditionnelle, parmi lesquels l’abbé Jean-François Guérin, fondateur de la Communauté Saint-Martin
Dans la lignée spirituelle du cardinal Siri, Mauro Piacenza a longtemps enseigné la théologie dogmatique et le droit canonique dans son diocèse et dans la région, après des études au Latran. Il a aussi été confesseur et père spirituel au séminaire, ainsi que juge au tribunal ecclésiastique diocésain. Prédicateur renommé dans son diocèse, il s’est impliqué dans le domaine de la culture (entre autres l’art sacré), et dans celui de la vie consacrée. Il est proche notamment des Filles de Saint-Joseph et a été visiteur de nombreuses communautés religieuses.
Il intègre la Congrégation pour le clergé en 1990, sous Jean-Paul II. Le pape polonais le nomme archevêque en 2003, mais, poursuivant son service au Vatican, Mgr Piacenza ne reçoit jamais de charge pastorale diocésaine. Au sein de la Curie romaine, il a été président de la Commission pontificale pour les biens culturels de l’Église, et de la Commission pontificale d’archéologie sacrée. L’opéra lyrique qu’il compose sur le thème des Béatitudes, joué à Rome et dans des pays de l’Est européens, connaît un certain succès.
Le pape Benoît XVI le nomme secrétaire de la Congrégation pour le clergé en 2007. Après son implication dans l’année sacerdotale proclamée par le pape allemand, il devient préfet du dicastère en 2010, année durant laquelle il est créé cardinal.
Sous François, il subit une mise à l’écart sans jamais s’opposer frontalement au pontife argentin. Son nom circule cependant dans une prétendue lettre d’opposants au pape argentin, signée de 13 cardinaux. Mais il dément sa participation à cette publication.
Son attachement au dogme est souvent souligné dans ses propos. « La plus grande miséricorde est de dire la vérité aux gens et de les mettre en face de la vérité de la foi et des principes moraux… car ne pas le faire, c’est aider les gens à tomber », déclare-t-il en 2017.
Lors du Synode sur la famille en 2015, il est cependant modérateur d’un groupe qui vote à l’unanimité le discernement au cas par cas sur la problématique des divorcés-remariés.
Voix critique du monde médiatique et de la communication, il réaffirme à plusieurs reprises, en tant que pénitencier, le caractère sacré du secret de la confession.
Son retrait permet aux cardinaux créés par le pape François de franchir le cap symbolique des 75% du collège électoral, avec 92 cardinaux, contre désormais 25 cardinaux créés par Benoît XVI et 6 par Jean-Paul II. Le collège cardinalice comptera au total 123 électeurs et 113 non-électeurs.
Le prochain cardinal à quitter le collège des cardinaux électeurs sera, le 26 septembre, le Français Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux et ancien président de la Conférence des évêques de France, créé cardinal par Benoît XVI en 2006. Bien qu’il ait été suspendu depuis 2023 de tout ministère public après ses aveux concernant une relation avec une adolescente lorsqu’il était prêtre à Marseille dans les années 1980, il n’a pas formellement perdu ses prérogatives cardinalices. (cath.ch/imedia/cv/gr)
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