Guinée-Bissau: Mutins et troupes gouvernementales continuent de s’affronter
Dakar, 23 juin 1998 (APIC) Alors que les combats et la confusion règnent toujours en Guinée-Bissau, l’évêque de Bissau, Mgr Arturo Settimio Ferrazzetta, tente de donner une nouvelle chance à une issue pacifique à la crise. La rébellion militaire qui secoue cette ancienne colonie du Portugal, en Afrique de l’Ouest, depuis le 7 juin a jeté sur les routes des dizaines de milliers de personnes fuyant les combats.
Une première tentative de médiation, entreprise par le gouvernement de la Gambie, avait échoué la semaine dernière. Accompagné de l’ambassadeur du Portugal en Guinée-Bissau, M. Franscisco Henriques Da Sylva, ainsi que du secrétaire général de l’Union pour le Changement (UPC, opposition), M. Kandjura N’Diaye, Mgr Ferrazzetta tente une nouvelle médiation entre le pouvoir et les soldats mutins. Ils ont rencontré ce week-end, un proche collaborateur du président Vieira.
L’évêque de Bissau est inquiet de voir l’histoire de son pays se répéter. Pendant plus de dix ans, de 1963 à 1974, la guerre a déjà opposé le colonisateur portugais aux combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir dans le pays). Le chef de l’église Bissau-guinéenne craint que les troubles actuels soient le même « cauchemar qui pointe à l’horizon », en voyant notamment les populations civiles en fuite affamées et terrorisés.
Les premières tentatives de dialogue entre le président Vieira et le chef des mutins sont restées sans suite. Selon Radio France Internationale, Mgr Ferrazzetta a déclaré que les soldats rebelles sont prêts à négocier, mais qu’ils se heurtent au refus du chef de l’Etat.
Aucun bilan précis des affrontements militaires de ces deux dernières semaines n’a était encore publié. L’armée sénégalaise a indiqué avoir perdu une vingtaine d’homme et enregistré une trentaine de blessés dans ses rangs.
Une capitale désertée
La capitale est presque déserte: seuls sont restés les enfants, les personnes âgées, les malades, et ceux qui ne pouvaient envisager une fuite. Ils meurent de faim. La maison des missionnaires du PIME, à la périphérie de la ville, est un lieu de refuge pour 10.000 personnes. « Nous n’avons plus de vivres ni d’argent », déplore le supérieur, le Père Oscar Bosisio. De plus, il faut soigner plus de 200 blessés graves, victimes des combats de ces derniers jours. Les missionnaires de Bissau et de Manoa traitent actuellement avec les soldats sénégalais et avec les rebelles, pour qu’ils laissent passer les ravitaillements de vivres.
« Des centaines de morts sont toujours abandonnés dans les rues, sans sépulture, de nombreuses maisons sont détruites par les bombardements, et l’hôpital lui-même est à moitié détruit… Nous sommes à présent en pleine tragédie : il n’y a plus rien, ni aliments, ni médicaments, ni matériel scolaire, ni habillement », explique Mgr Ferrazzetta .
Un tiers au moins de la population de la ville soit 100’000 personnes environ ont déjà choisi de s’enfuir vers les villes de l’intérieur : Mansoa, Bissora, Bafata. Les réfugiés ont parcouru à pied 50 à 160 km. Dans de nombreux cas, les Missions ont mis leurs moyens à leur disposition, autos, jeeps, camionnettes, pour transporter les plus faibles, les femmes et les enfants.
Le spectre de la famine se profile
Dans un pays exportateur de pétrole, on ne trouve plus de carburant. En effet, à de très rares exceptions, les pompes à essence se trouvent dans la capitale ; mais, désormais, à Bissau tout est fermé : postes à essence, radio, télévision, téléphones.
Les Missions et les paroisses sont bondées de réfugiés qui cherchent nourriture et accueil. Le problème le plus grave est la nourriture. Tout vient de Bissau. Si Bissau est impraticable, il est presque impossible pour les gens de manger. Il faut se souvenir que c’est la tradition en Afrique d’aller au marché tous les jours pour acheter le poisson, le riz, les salades, et que l’on ne fait pas de provisions : il suffit de ne pouvoir aller un seul jour au marché pour se retrouver sans rien à manger. Le spectre de la famine se profile très rapidement . (apic/ibc/fides/mp)
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