Israël ne respecte pas les traités signés, déplore l’ancien nonce

Israël – Vatican: refroidissement des relations.

Rome, 23 juin 1998 (APIC) « La décision d’Israël de créer, dimanche, une superstructure municipale à Jérusalem est un « acte très grave » qui va à l’encontre du processus de paix », estime l’ancien représentant du Vatican à Jérusalem, Mgr Andréa Cordero Lanza di Montezemolo. Tout en parlant d’un « refroidissement des relations » entre le Saint-Siège et le Vatican, l’ancien nonce juge cependant qu’un voyage du pape à Jérusalem serait utile pour débloquer le processus de paix.

Représentant du Vatican pendant huit ans à Jérusalem Mgr Andréa Cordero Lanza di Montezemolo fut l’homme de la négociation quand le Saint-Siège et Israël ont signé en 1993 un accord fondamental qui a abouti à l’établissement de relations diplomatiques le 15 juin 1994. Il est depuis peu nonce apostolique en Italie. Il s’est exprimé mardi à Rome lors de la présentation du livre « L’an prochain à Jérusalem », de Nicolas Bux et Franco Cardini.

« La difficulté est gigantesque » a précisé l’ancien nonce, pour qui « la vraie paix est encore très lointaine ». En prenant la décision de créer une superstructure municipale à Jérusalem, « Israël vient de rompre un acte unilatéralement. Cette décision est un acte très grave. Israël a mis l’humanité devant le fait accompli. Pour Israël cela n’a pas d’importance. Ils prennent des décisions contraires à ce qu’ils ont signé dans les traités internationaux. C’est la même chose avec le Saint-Siège, il y a des points du traité qui ne sont pas respectés. »

Le pape ne doit plus attendre pour venir à Jérusalem

« Quand j’étais nonce, je revenais à Rome une fois par an et je rencontrais le pape. A chaque fois, il me posait la même question : alors quand puis-je aller en Terre-Sainte ? raconte Mgr di Montezemolo. Je lui répondais à chaque fois la même chose : Il y a un processus de paix en cours, il est préférable d’attendre. Non que nous attendions la paix qui mettra des siècles avant d’arriver, mais il faut attendre les développements du processus de paix pour éviter que l’une des deux parties en conflit ne récupère la visite, ne l’instrumentalise ou ne la manipule, comme cela s’était produit au Nicaragua. A chaque fois, le pape acceptait ma réponse, comme la secrétairerie d’Etat du reste. »

« Mais lors de ma dernière visite en 1997 et avec l’expérience du nouveau gouvernement israélien, j’ai dit au Saint Père : Venez quand vous voulez. Le processus de paix est désormais arrêté. Si nous attendons, nous attendrons trop longtemps. Au contraire une telle visite, dans un contexte très difficile comme Jean Paul II en a déjà connu, aurait l’avantage de débloquer la situation. Mais il faut maintenant convaincre la secrétairerie d’Etat. La présence du pape pourrait aider à résoudre cette situation très difficile. Cela dit, conclut-il, l’organisation de la visite, malgré le très grand désir du pape d’y aller, demeure liée à son âge et à son aptitude physique, et à une grande difficulté technique, car il y a des problèmes de communication entre Jérusalem et Bethléem, avec des points de contrôles. Les problèmes ne sont pas grands, ils sont gigantesques. Quand Paul VI est venu, la difficulté était moindre, car il était reçu en Jordanie qui contrôlait alors la vieille ville de Jérusalem ».

Israël ne respecte pas les traités

Autre pierre d’achoppement : le traité de 1993, qui prévoit le libre accès aux lieux saints, n’est pas respecté. « Combien de notes de protestation ai-je dû rédiger parce que des bus de pèlerins étaient bloqués à des postes de contrôle, ne pouvant passer de Jérusalem, à Bethléem ou à Nazareth. Ou pire, une fois passés, ces bus ne pouvaient revenir à l’hôtel de Jérusalem ! Côté israélien, la réponse est toujours la même : motifs de sécurité. »

« Quant au traité signé l’an dernier entre le Saint-Siège et Israël, visant la reconnaissance juridique de toutes les entités catholiques présentes dans ce pays, il n’est toujours pas ratifié. Or ce traité est d’une importance énorme. Le gouvernement israélien n’y attache pas d’importance et ne le considère pas comme urgent. J’ai négocié avec trois gouvernements différents. Aujourd’hui, le gouvernement ne démontre pas d’intérêêt pour cette question. Qu’est ce que représente l’Eglise catholique pour lui, à quoi lui sert-elle ? Nous ne sommes pas en opposition mais nous avons une attitude plus froide tout en continuant à avoir de l’espérance ».

Interrogé enfin sur le projet de rencontre interreligieuse sur le Sinaï, voulue par le pape, Mgr di Montezemolo, estime qu’elle devrait être organisée séparément, comme d’une rencontre en soi.  » On ne doit cependant pas oublier que le Sinaï est actuellement contrôlé par l’Egypte. Et que les représentants musulmans de ce pays ont sur ce projet un point de vue différent », conclut-il. (apic/imed/mp)

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