Se débarrasser des résistances, des étroitesses d’esprit et des projections mentales. C’est ce qui est demandé aux 368 membres de l’assemblée du Synode sur la synodalité, qui se réuniront à Rome tout le mois d’octobre.
Le coup d’envoi de la retraite spirituelle de deux jours, qui sera conclue par une prière avec le pape François demain soir, a eu lieu au Vatican sans le pontife, pris par d’autres engagements. De retour la veille de quatre jours de voyage au Luxembourg et en Belgique, le pape avait cinq rendez-vous à son agenda ce matin.
Introduisant la journée, le secrétaire général du Synode, le cardinal Mario Grech, a exhorté les participants à se départir de «toute résistance à la voix de l’Esprit Saint». Ils ont été enjoints à se débarrasser «des approches et des modèles qui ont pu avoir un sens hier, mais qui sont devenus aujourd’hui un fardeau pour la mission et qui mettent en péril la crédibilité de l’Église». De nombreux sujets délicats, concernant la place des femmes et le partage de la gouvernance, sont sur la table des débats de ce Synode.
Le Père Timothy Radcliffe, qui a livré deux méditations au cours de cette matinée, s’est adressé à ceux qui éprouvent des désillusions et des «doutes quant à la possibilité de réaliser quoi que ce soit». Alors que la première assemblée d’octobre 2023 a révélé des lignes de fractures au sein de l’Église. Ce Synode, a-t-il averti, n’est pas «un lieu de négociations sur les changements structurels, mais un lieu de […] conversion» qui implique de sortir des «petites imaginations craintives» et des «petits endroits où nous nous sommes réfugiés et dans lesquels nous avons emprisonné les autres».
« Pour beaucoup d’entre nous, le défi le plus profond est d’être en paix avec nous-mêmes »
Le dominicain en bure blanche a appelé les membres – parmi lesquels 75% d’évêques – à voir dans l’assemblée autour d’eux «des gens qui sont comme nous, en recherche». Et de glisser avec humour: «Pas des représentants des partis de l’Église, cet horrible cardinal conservateur, cette effrayante féministe!»
«Notre amour féroce de l’Église peut […] nous rendre étroits d’esprit», a-t-il noté. Il a cité la crainte du courant conservateur «qu’elle soit mise à mal par des réformes destructrices qui sapent les traditions» ou la crainte du courant réformateur «que l’Église ne devienne pas la maison ouverte à tous à laquelle nous aspirons». Le prédicateur s’est prévalu de l’apologiste britannique G.K. Chesterton pour renvoyer tout le monde dos à dos. Il a estimé «qu’il n’y a que deux sortes de personnes, celles qui acceptent les dogmes et le savent, et celles qui acceptent les dogmes et ne le savent pas».
Le Père Radcliffe a engagé chacun à affronter ses propres peurs «d’être blessés, […] de ne pas être reconnus et acceptés» ou encore d’être «invisibles». Et de lancer aux craintifs une profession de foi rassurante: «La victoire est acquise. […] L’un des frères peut changer de sexe, l’économe peut s’enfuir avec l’argent, l’Église peut exploser! Mais, le Christ est mort, le Christ est ressuscité, le Christ reviendra.»
«Peut-être que pour beaucoup d’entre nous, le défi le plus profond est d’être en paix avec nous-mêmes», a confié le religieux. Il a encouragé à «regarder nos propres cœurs troublés et divisés» afin de ne pas «projeter sur les autres ce que nous craignons et n’aimons pas en nous-mêmes».
Enfin, il a engagé les participants à «apporter à ce synode les questions les plus profondes de nos cœurs (…) Si nous n’avons pas de questions, ou des questions superficielles, notre foi est morte», a-t-il prévenu. (cath.ch/imedia/ak/rz)
I.MEDIA
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/au-synode-pas-dhorrible-conservateur-ni-deffrayante-feministe/