Les Braconniers d’esclaves en culottes courtes

Afrique: Coupe du monde de football et dessous peu flatteurs au Nigeria

Rome, 26 juin 1998 (APIC) A l’heure où le monde a les yeux tournés vers la France du Mondial 1998, la montagne d’argent que génère ce sport apparaît au grand jour et met en lumière d’étranges pratiques. Comme celles révélées par la revue « Le Nouvel Afrique Asie », qui n’hésite pas à parler « d’esclaves en culottes courtes » au Nigeria, pays encore et toujours dans la compétition mondiale.

La revue qui reconnaît cependant que le football peut aussi être synonyme d’éducation à la coexistence lorsqu’il ne devient pas qu’une histoire d’argent, dénonce « les braconniers » et les « pillards » qui s’emparent à coup de fric des jeunes talents.

Dans un dossier repris par Fides, la revue écrit: « Au Nigeria, après la victoire du titre olympique de football à Atlanta en 1996, on a vu apparaître des douzaines de « braconniers » et de « pillards » qui, jouissant de complicités locales, et en corrompant à droite et à gauche, sont en mesure, pour quelques milliers de francs, de faire sortir clandestinement du pays, des garçons doués pour le football, et destinés à être élevés à l’étranger.

Au-delà de la frontière du Nigeria, on change le nom des garçons; après leur avoir donné de nouvelles pièces d’identité, ils redeviennent « réguliers », mais ils restent à la merci de leurs protecteurs, les seuls à pouvoir décider de leur avenir. Dans d’autres pays aussi, on trouve ces aventuriers qui s’improvisent « talent-scout », et sont prêts à payer de 1’000 à 1’500 francs (CFA) à la famille d’un enfant de 8 à 10 ans, en vue de l’entraîner et d’obtenir que, à 16 ou 17 ans, il puisse être revendu pour 100 millions de francs (CFA).

C’est là un des revers parmi les moins connus du football africain, qui a trouvé une vitrine planétaire dans la Coupe du Monde de Football qui se joue actuellement en France. Les équipes présentes à la Coupe du Monde de Football étaient au nombre de cinq : Cameroun, Maroc, Nigeria, Afrique du Sud, et Tunisie. Il n’en reste plus qu’une, le Nigeria, précisément. Le Cameroun participe de manière stable aux phases finales du Championnat Mondial pour la quatrième fois consécutive. Le Nigeria, champion olympique en titre, a dépassé la première phase et s’est déjà qualifié pour les huitièmes de finale, ce qui prouve que le football africain s’est développé. Mais les champions nigérians jouent presque tous à l’étranger.

Une voie de sortie pour rêver

« Ils sont loin les temps où la première sélection du Cameroun débarquée en France pour une tournée impressionna tout le monde parce qu’elle jouait les pieds nus sur le terrain », a déclare à l’Agence Fides un journaliste du Cameroun. « Mais les émotions superficielles données par les « Lions Indomptables », ne peuvent faire oublier les tares profondes du pays, comme la délinquance croissante chez les jeunes ». Pour le journaliste, « le football est considéré par les enfants de la rue, et par les jeunes mineurs qui ont fui la prison, comme une voie de sortie pour rêver. »

« Au Foyer de l’Espérance », centre de réadaptation pour les jeunes à Mvolye (Yaoundé), on connaît le phénomène : de nombreux garçons s’enfuient pour courir derrière un ballon en songeant à un avenir brillant. Un responsable a confié à Fides : « Ils ont presque tous un avenir ruiné quand ils raccrochent les chaussures au clou ».

Mais on ne court pas toujours derrière un ballon en songeant à l’argent et à la gloire. Pour le missionnaire Piero Gheddo, « en Afrique les missionnaires ont exporté les orateurs et se servent du sport pour rassembler les jeunes qui n’ont plus de point de repère ». Les missionnaires Xavériens à Kamenge, un quartier Hutu de Bujumbura, avaient fait construire un centre sportif important. « Dans un Burundi détruit par les luttes tribales, déclare le Père Gheddo, les Xavériens parvenaient en 1994 à faire jouer ensemble des garçons et des filles, Hutus et Tutsis ». De même au Mozambique, pour le missionnaire du PIME, « le sport, après l’école et le travail, est l’un des principaux lieux d’éducation et de formation ».

Le rôle du sport

Le Père Prosperino de Gallipoli, Capucin qui a créé au Mozambique une sorte d’empire économique qui comprend 200 coopératives agricoles où travaillent 8’000 personnes, investit beaucoup dans le sport : « pendant la guerre (qui a duré 16 ans et s’est terminée en 1992), le sport était un des rares domaines encore libres, où l’on pouvait construire l’homme et la fraternité entre les populations différentes ».

Les équipes africaines au Mondial créent dans leurs pays l’unité et l’identité populaire. Dans les équipes nationales de Tunisie et du Maroc, les joueurs sont arabes et noirs ; au Cameroun et en Nigeria, on voit courir côte à côte des joueurs d’ethnies ou de religions différentes, chrétiens et musulmans ; l’équipe d’Afrique du Sud comprend des Blancs et des Noirs. Le football, quand il n’est pas une question « d’affaires », peut être aussi éducation à la coexistence pacifique. (apic/fides/pr)

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