Allemagne: Les théologiens pastoraux protestent contre l’éviction de Norbert Mette

Une décision «incompréhensible»

Mayence, 29 juin 1998 (APIC) Les théologiens pastoraux de langue allemande ont protesté à leur tour contre le refus d’accorder la permission d’enseigner à leur collègue de Paderborn Norbert Mette, candidat à une chaire à la Faculté de théologie de Vechta, qui dépend du diocèse de Münster. Ils qualifient d’»incompréhensible» la décision de l’évêque de Münster, Mgr Reinhard Lettmann.

Pour les théologiens pastoraux de langue allemande, Norbert Mette fait partie «des représentants les plus en vue» de cette branche de la théologie. Il s’est engagé personnellement et de façon professionnelle dans l’accompagnement de personnes et de groupes voulant pratiquer un christianisme crédible, relèvent-ils dans leur communiqué. Ils disent ne pas comprendre pourquoi on ne lui octroie pas la permission d’enseigner, d’autant plus qu’il en possède déjà une pour ses activités professorales exercées à Paderborn depuis 1984. Selon Norbert Mette, l’évêque lui reproche de n’avoir pas tenu compte de déclarations du Concile Vatican II sur le ministère dans l’Eglise, en particulier sur le ministère sacerdotal.

D’autres théologiens allemands ont protesté début juin contre le refus visant le théologien laïc Norbert Mette, l’un des initiateurs de la «Pétition du peuple de Dieu» demandant des réformes dans l’Eglise. Professeur à Paderborn, Norbert Mette a postulé en 1996 déjà pour une chaire de pastorale et de pédagogie religieuse à la Faculté de théologie de Vechta. Les raisons de ce refus n’ont pas été publiées. Le fait que N. Mette soit l’un des initiateurs des «pétitions du peuple de Dieu» et ait régulièrement soutenu son collègue Eugen Drewermann n’y est certainement pas étranger.

Alors qu’il était le candidat le mieux placé pour la chaire de Vechta, Mgr Lettmann a exigé de lui une récusation publique de certains points de sa théologie. Les désaccords touchent notamment le non accès des femmes au sacerdoce, que le théologien juge sexiste, ou encore ses appels à la résistance face au pape. N. Mette estime s’être expliqué sur les questions litigieuses, ce que, semble-t-il, l’évêque n’a pas jugé suffisant. Selon le concordat passé entre les Länder allemands et le Saint-Siège, lors de la première nomination d’un professeur à une chaire de théologie, le «nihil obstat» (rien ne s’y oppose») de Rome est nécessaire. Pour les nominations postérieures, seul l’évêque du lieu est compétent.

La pratique du «nihil obstat» – l’autorisation que les évêques diocésains accordent ou refusent – lors de la nomination de professeurs aux Facultés de théologie catholiques est loin de faire l’unanimité des théologiens de langue allemande. Ils craignent que certaines décisions manquant de transparence compromettent les rapports entre théologie et ministère épiscopal.

Le Comité de la section allemande de la Société européenne de théologie catholique, dans un communiqué publié récemment à Dresde, déplorait lui aussi le manque de transparence dans les décisions prises par des évêques diocésains ces derniers temps. Les théologiens estiment que des évêques ont négligé certains aspects de la question lors de récentes procédures de ce type. Cela pourrait aussi mettre en cause la légitimité de la théologie dans les Universités d’Etat «quand de telles décisions apparaissent trop peu fondées théologiquement et juridiquement pas transparentes».

C’est à l’instance ecclésiale qui refuse la permission que revient le fardeau de la preuve et le devoir d’en fournir les raisons théologiques, relèvent les signataires du communiqué. Les théologiens rejettent également l’exigence de «gestes de soumission» comme la rétractation publique de déclarations particulières. Les réserves et les objections doivent être fournies par écrit à la personne intéressée. (apic/kna/be)

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