Le meurtrier a agi par dépit

Rome: Assassinat du commandant de la Garde Suisse et de sa femme

Rome, 5 mai 1998 (APIC) C’est par dépit que l’aspirant caporal Cédric Tornay a tué lundi soir le commandant de la Garde Suisse Alois Estermann et sa femme. C’est du moins la seule hypothèse à laquelle s’est tenu mardi après-midi le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls. Cédric Tornay ne s’estimait pas suffisamment reconnu et avait fait part à ses camarades de son amertume de ne pas figurer sur la liste des Gardes Suisses qui devaient être décorés le 6 mai, explique le Vatican.

Le 12 février dernier l’aspirant caporal avait reçu une lettre d’avertissement courtoise mais ferme de la part du commandant ad interim Alois Estermann pour «manque grave au règlement de la garde» Concrètement, une absence de nuit, injustifiée et sans retour à la caserne.

Une heure et demi avant les faits, le Garde suisse avait demandé à ses camarades de transmettre une lettre personnelle à sa famille. Dans un «accès de folie» suite à une «accumulation psychique», il a alors tué volontairement le commandant et son épouse avant de retourner son arme contre lui.

Selon Navarro-Valls, la responsabilité de l’enquête revient au Vatican, «Etat souverain», et «les autorités suisses dans le cadre de leur relations diplomatiques, font confiance à l’Etat du Vatican», pour faire la lumière sur cette affaire. En ce qui concerne une possible enquête toxicologique, si elle nécessaire, le Vatican s’en remettra à un laboratoire extérieur italien ou non. De même une expertise balistique devrait avoir lieu.

Le directeur de la salle de Presse, a précisé les circonstances de la découverte des corps, «peu après 21 heures» le 4 mai 1998, par une voisine, femme de garde suisse. Intriguée par les «forts bruits», elle a trouvé la porte de l’appartement ouverte, et dans un salon proche de la porte, les trois corps, «sans doute morts sur le coup, car aucune trace de mouvement n’a été repérée.» L’arme employée – et seule arme retrouvée – est «l’arme de service du vice-caporal Tornay», un SIG 75 de fabrication suisse, calibre 9 mm. Sur six coups, cinq coups ont été tirés. A la mi-journée du 5 mai seule une autopsie avait été pratiquée, celle du commandant Estermann, et deux balles avaient été retrouvées dans son corps.

J. Navarro-Valls a ensuite confirmé l’hypothèse déjà ébauchée pendant la nuit par le Vatican : «les résultats de l’autopsie ne changeront pas l’hypothèse la plus fondée, celle d’un accès de folie, mûri dans un esprit où couvaient déjà des pensées déchirantes, de ne pas être suffisamment considéré et reconnu dans le corps des gardes suisses.»

Un homme d’une exceptionnelle qualité

Le directeur de la salle de presse du Vatican a ensuite évoqué la personnalité du colonel Estermann. «L’un des visages les plus connus du Vatican et dans le monde en raison de sa présence habituelle au côté du pape.» Il a rappelé que c’est lui qui se trouvait au côté du pape, le 13 mai 1981, lors de l’attentat place Saint Pierre, et que depuis, Jean-Paul II nourissait une grande confiance en Jean-Paul II. «C’était un homme d’une extraordinaire qualité humaine et professionnelle et spirituelle». «Sa nomination avait été reçue avec une grande satisfaction par tout le corps de la garde suisse. Ils étaient enthousiastes pour cette nomination, et le Saint Père l’appréciait particulièrement.

Interrogé sur l’existence d’un lien entre ce vice-caporal et une jeune italienne, le directeur de la salle de presse a précisé : «On m’a raconté qu’il avait une fiancée, ou une amie, une jeune fille italienne. Mais on ne sait pas pour quelle raison ils avaient rompu cette relation. Ils ne sortaient plus ensemble».

Pour expliquer la longue attente qui a précédé cette nomination, le porte-parole du Saint-Siège a donné une raison «historique» et surtout «la difficulté de trouver une personne qualifiée professionnellement, un officier de l’armée suisse, acceptant de se déplacer à Rome à Rome, avec sa famille, ce qui signifie recommencer une nouvelle activité avec un salaire qui n’est pas très élevé». Le Vatican a mené des recherches pour finalement se rendre compte que «la personne la plus adaptée» était le commandant adjoint Alois Estermann.

Les obsèques fixées à mercredi

Les obsèques du commandant et de son épouse – le Vatican ne précise pas si la dépouille de Cédric Tornay sera présente – seront célébrés par le Cardinal Sodano, Secrétaire d’Etat de la Cité du Vatican, dans la Basilique Saint-Pierre, le 6 mai à 17 heures. Plus de quatre cent Suisses, familles des quarante jeunes recrues qui devaient prêter serment, le 6 mai sont actuellement présents à Rome.

Télégramme de condoléances du pape

Par ailleurs le pape Jean Paul II a adressé un télégramme de condoléances personnelles aux parents d’Alois Estermann venu à Rome pour la célébration du 6 mai. «C’est avec une grande douleur que j’ai appris l’indicible nouvelle de la mort violente de votre fils et de sa chère femme», écrit Jean Paul II. Le pape porte dans la prière et dans l’espérance de la résurrection la situation et la détresse des personnes touchées par ce drame. (apic/imed/mp)

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