APIC – Dossier
L’Autonomie palestinienne s’engage à garantir les droits des chrétiens
Un accord avec le Saint-Siège d’ici six mois ?
Jacques Berset, Agence APIC
Bethléem, 12 mai 1998 (APIC) Un accord entre le Saint-Siège et l’Autorité palestinienne – fixant le statut juridique de l’Eglise catholique dans les territoires palestiniens – devrait être sous toit dans les six mois qui viennent, a confié à l’agence APIC Hanna J. Nasser, maire de Bethléem. Par contre, la visite tant souhaitée de Jean Paul II à Jérusalem semble pour le moment bien compromise.
Notable catholique, Hanna Nasser assure que l’Autorité palestinienne, responsable de l’administration d’une portion du territoire palestinien en Cisjordanie et à Gaza, entretient de bons rapports avec la petite communauté chrétienne de Terre Sainte et s’engage à garantir ses droits.
Dans une interview à l’APIC, le maire de Bethléem balaie d’un revers de la main les accusations formulées par des milieux évangéliques fondamentalistes des Etats-Unis et répercutées par les médias. Selon eux, l’Autorité palestinienne a une attitude anti-chrétienne, par ex. à l’égard des musulmans passés au christianisme. Bassam Eid, président d’une organisation de défense des droits de l’homme palestinienne, réfute lui aussi ces allégations Dans les cas examinés, les problèmes des convertis ne viennent pas du gouvernement, mais bien plutôt de l’hostilité de la société musulmane envers ceux qui quittent l’islam.
«Malheureusement, ces bruits sont répandus à l’étranger par des groupes chrétiens sionistes, qui ne veulent pas reconnaître les droits des Palestiniens. Ils n’ont rien à voir avec les Eglises locales de Terre Sainte et n’ont aucunes relations avec elles», affirme le maire de Bethléem. Et de relever l’absence de tensions interreligieuses dans sa ville, «modèle de coexistence entre chrétiens et musulmans».
Hanna Nasser était le 27 avril dernier au Vatican dans le cadre d’une délégation des autorités palestiniennes emmenée par le docteur Emil M. Jarjoui, un médecin membre du Comité exécutif de l’OLP et du Conseil législatif palestinien. Le maire de Bethléem participe actuellement au sein d’une commission de travail bilatérale à l’élaboration du statut juridique de l’Eglise catholique dans le futur Etat palestinien. «Dans six mois, on espère avoir un accord sous toit, qui doit être adopté par le Cabinet ministériel palestinien avec le Comité exécutif de l’OLP, en sa qualité de représentant du peuple palestinien», révèle-t-il.
Sept municipalités encouragées à préserver leur identité chrétienne historique
«Nous avons d’excellents rapports avec le président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat. C’est un homme sage qui sait très bien comment maintenir l’équilibre entre les différentes communautés vivant sur le territoire palestinien. Les droits des minorités sont respectés». Quand la nouvelle municipalité de Bethléem nommée par l’Autorité palestinienne est entrée en fonction en juin dernier, le président Arafat a fait savoir que sept localités palestiniennes garderaient leur caractère historique chrétien. Bethléem, Beit Jala, Beit Sahour, Ramallah, Jifna, Zababdeh et Taybeh auront donc un maire chrétien, même si dans la plupart des cas, la croissance démographique s’est faite au profit des musulmans.
«Evidemment, cela ne se trouve dans aucune loi. Mais je prépare une lettre signée par les sept maires concernés destinée au président Arafat». La missive demande un règlement prévoyant notamment un quota pour garantir la majorité chrétienne dans ces municipalités.
Aucune crainte de l’islamisation
«Le président Arafat y tient et il est bien entouré. Nous ne craignons pas l’islamisation, car le peuple palestinien est très ouvert. Nous n’avons pas d’appréhension, nous sommes très fiers de notre identité: on peut être chrétiens et Palestiniens à 100%. Mais on doit prier pour que le processus de paix soit un succès final, et qu’il apporte des résultats économiques tangibles. Des deux côtés – juif et palestinien – les fondamentalistes spéculent sur l’échec du processus de paix pour relancer la confrontation, qui serait une catastrophe pour les deux peuples».
Le voyage du pape à Jérusalem est compromis
Dans l’état actuel des choses, au vu du blocage total du processus de paix depuis l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahou, la visite tant attendue du pape en Terre Sainte est fortement compromise. Les conseillers du pape, confie de son côté à l’APIC Emil M. Jarjoui, lui ont pour le moment demandé de repousser cette visite. Le responsable politique palestinien est d’avis que Jean Paul II ne viendra pas si rien ne change du côté israélien.
«Peut-être va-t-il tout de même se décider en dernière minute, car le Saint-Père voyage à travers le monde sans nécessairement tenir compte des obstacles. S’il décide de venir à Bethléem, nous l’accueillerons avec une grande joie, nous sommes prêts à lui donner nos yeux, notre cœur. Nous connaissons ses sentiments profonds à notre égard et s’il vient, il ne niera pas nos droits, il les a toujours défendus. Il sait ce que signifie Jérusalem pour nous!» Le député chrétien, directeur du Caritas Baby Hospital à Bethléem, craint seulement que les Israéliens profitent d’une visite d’Etat dans la partie occupée de Jérusalem pour en légitimer l’annexion aux yeux du monde.
Le pape désire ardemment visiter la Terre Sainte
La venue de Jean Paul II à Jérusalem, précise pour sa part Hanna Nasser, est «très délicate», le problème du statut de la ville sainte étant «particulièrement sensible». «Je sais que le pape lui-même et les conseillers qui l’entourent connaissent très bien la situation. Le ministre des Affaires étrangères du Vatican, Mgr Jean-Louis Tauran, m’a dit que le pape ne cesse de demander quand cela sera possible de visiter la Terre Sainte».
«J’aimerais bien l’accueillir à Bethléem, poursuit Hanna Nasser, mais pour le moment, en ce qui concerne Jérusalem, les conditions politiques ne sont pas réunies. Je rappelle que quand le pape Paul VI est venu chez nous en 1964, il voulait aller à Nazareth. Les Israéliens lui ont proposé de passer par la Porte de Mandelbaum, à Jérusalem. Il a refusé, il est allé à Jénine pour passer la frontière. Les Israéliens ont été obligés de l’ouvrir pour lui. Par ce geste, le pape voulait montrer qu’il ne reconnaissait ni Jérusalem comme capitale d’Israël, ni la partition de la Palestine. Parce que l’autre moitié de la résolution des Nations Unies, un Etat palestinien, n’at pas été réalisée».
L’annexion de Jérusalem-Est par les Israéliens est illégale
Hanna Nasser est catégorique: «Ce n’est pas seulement le fait que les chrétiens des Territoires palestiniens ne puissent pas se rendre librement aux lieux saints de Jérusalem qui représente un obstacle; Israël doit quitter Jérusalem-Est, car c’est un territoire occupé comme Bethléem, Ramallah ou Jéricho. Cette partie de la ville, en droit international, n’appartient pas aux Israéliens, malgré la judaïsation intense qu’ils pratiquent pour en changer la composition ethnique. La communauté internationale ne considère pas l’annexion de la partie arabe de Jérusalem comme un fait accompli».
«Personnellement, je ne pense pas que la venue du pape dans l’atmosphère actuelle serait un bien pour les chrétiens de Terre Sainte. Pas tant que Jérusalem-Est est occupée par les Israéliens et que les Israéliens bloquent le processus de paix. Voulez-vous que le pape voie tous ces checks points militarisés sur la route principale entre Jérusalem et Bethléem ? Qu’il soit escorté de soldats et de policiers israéliens à Jérusalem-Est ? Impossible! Ce serait contre l’intérêt des chrétiens vivant en Terre Sainte». (apic/be)
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