Les Eglises condamnent les essais de l’Inde et blâment les autres puissances nucléaires
Genève, le 18 mai (APIC) – Les Eglises du monde entier et les organisations qui leur sont liées ont fermement condamné les essais nucléaires effectués la semaine passée par le gouvernement indien. Nombreuses sont les Eglises qui ont aussi blâmé les pays possédant un arsenal nucléaire.
«Est-il utile que les Etats-Unis adoptent une telle position et imposent des sanctions», s’interroge Jennifer Potter, responsable des affaires internationales auprès de l’Eglise méthodiste en Grande-Bretagne. «Si les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne se trouvaient dans la même situation que l’Inde, comment réagiraient-ils?»
Le lundi 11 mai, l’Inde a procédé à trois essais nucléaires souterrains, et en dépit des protestations de plusieurs gouvernements et de nombreuses organisations, elle en a effectué deux autres le 13 mai.
Des voix se sont aussitôt élevées au Japon, seul pays à avoir été l’objet d’une attaque nucléaire, pour condamner le gouvernement indien. Le 12 mai, avant la deuxième série d’essais, le maire de Nagasaki, Icho Ito, a déclaré que les essais effectués le 11 mai étaient «un crime qui réduit à néant les espoirs des victimes et des citoyens» de cette ville. (Le 9 août 1945, une bombe atomique avait détruit un tiers de la ville de Nagasaki. Quelque 75’000 personnes avaient été blessées ou tuées durant l’attaque.)
Les Etats-Unis et le Japon ont suspendu leur aide à l’Inde en raison de ces essais. L’Australie les a condamnés «sans réserve», et le gouvernement britannique a convoqué l’ambassadeur de l’Inde pour lui exprimer «sa stupeur et sa consternation».
Les réactions des Eglises ont été immédiates et nombreuses. Alors que les spéculations se multiplient et que certains pensent que le Pakistan procédera prochainement à un essai nucléaire, plusieurs Eglises lancent une mise en garde et parlent d’un risque d’escalade nucléaire dans la région.
A New Delhi, selon «Catholic World News», la Conférence épiscopale de l’Inde a condamné ces essais qu’elle trouve injustifiés dans une région frappée par la pauvreté, et elle a demandé que la recherche et la technologie nucléaires soient consacrées uniquement à «la lutte contre la maladie et l’amélioration de la qualité de la vie».
«En raison de la pauvreté et du sous-développement de l’Inde, il est urgent que les ressources et les énergies, scientifiques et autres, soient consacrées à l’amélioration de la situation de tous», déclarent-ils.
«L’Eglise catholique de l’Inde réaffirme son engagement en faveur de la paix et appelle tous les gouvernements à renforcer le climat de non-violence et de sécurité afin que tous puissent envisager l’avenir dans la paix, durable et éternelle, sans crainte de risque nucléaire», ajoute leur déclaration qui a été aussi approuvée par l’Eglise protestante de l’Inde du Nord et l’Union catholique de toute l’Inde.
Un sérieux coup porté à la paix
A Genève, Le COE a également et vivement réagi. «Aujourd’hui, par cet acte, qui a été planifié et exécuté au moment même où se réunissait ici à Genève le Comité préparatoire du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, l’Inde a terni son image, elle qui dans les affaires internationales faisait entendre une voix empreinte e sagesse et de raison. Elle est devenue sourde à ses propres conseils, plaçant sa confiance dans des armes de destruction massive et aveugle pour démontrer sa puissance, au lieu de s’en remettre à l’art raffiné de gouverner pour manifester sa sagesse. Ce faisant, elle a asséné ce qui semble être un coup calculé à la stabilité politique et aux fondements fragiles de la sécurité en Asie.»
Rome: Le responsable de l’agence FIDES réfute les accusations d’»African Rights»
Aucun prêtre n’a participé aux massacres du Rwanda
Rome/Londres, 18 mai 1998 (APIC) Le Père Bernardo Cervellera, directeur de l’agence internationale vaticane FIDES à Rome réfute les accusations d’»African Rights» selon lesquelles il y aurait eu une participation directe de représentants de l’Eglise dans le génocide au Rwand. «D’après nos informations, aucun prêtre n’a participé aux massacres», a déclaré le responsable de l’agence dépendant de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.
«African Rights», une organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres, demande à Jean Paul II d’examiner le rôle de l’Eglise et de ses représentants dans le génocide au Rwanda en 1994.
Le Père Cervellera concède toutefois que l’on ne peut pas exclure que des ecclésiastiques à titre individuel aient pris parti en faveur d’un des partis ethniques. Il y a aussi des informations selon lesquelles des prêtres, sous la pression et les menaces, ont révélé l’appartenance ethnique hutue ou tutsie de personnes ayant trouvé refuge chez eux, aidant ainsi indirectement les milices.
Les autorités de Kigali veulent faire pression sur l’Eglise
Le responsable de FIDES relève qu’il y a certains indices montrant que le gouvernement du Rwanda veut mettre l’Eglise sous pression en relation avec le génocide qui a causé la mort de centaines de milliers de tutsis et hutus modérés. Ainsi, estime-t-il, dans le cas des deux prêtres contre lesquels le Tribunal de Kibuye, au Rwanda, a récemment requis la peine de mort, les preuves sont insuffisantes.
Les abbés Edouard Nturiye, 49 ans, ancien recteur du séminaire de Nyundo, et Emmanuel Kayiranga, 46 ans, vicaire dans le même diocèse, sont accusés d’avoir, en 1994, utilisé leur position pour contribuer au massacre. Ils auraient ainsi en avril 1994 averti des miliciens hutus de la présence de quelque 8’000 réfugiés tutsis dans l’église de Nyange, près de Kibuye. Après le massacre des réfugiés, ils auraient fait raser l’église au bulldozer. Dans un premier temps les deux prêtres avaient été accusés du massacre de 60 tutsis au petit séminaire de Nyundo.
Selon des milieux d’Eglise rwandais contactés par l’Agence APIC, un tel procès apparaît comme une «parodie de justice» et les accusations trouveraient leurs sources dans des jalousies qui divisent le clergé rwandais. «Les gens ont peur de témoigner. Les accusations de génocide sont fatales pour ceux qui en sont victimes, c’est une façon imparable d’éliminer des rivaux», témoigne un prêtre qui tient à garder l’anonymat.
Ce prêtre rwandais affirme que l’abbé Kayiranga, qui est toujours resté dans le pays, a été dénoncé par des membres du clergé dès qu’il a été nommé curé de la cathédrale. «C’est dû à la jalousie et à des rivalités ethniques; il faudrait se demander effectivement pourquoi il a pu vivre librement si longtemps s’il avait vraiment été coupable de ce dont on l’accuse». Selon des sources proches des deux prêtres, citées par l’agence missionnaire italienne Misna, ces accusations seraient dénuées de fondements et les conditions dans lesquelles s’est déroulé le procès n’auraient pas permis aux accusés de se défendre. Leur innocence a été prouvée par de nombreux témoignages fournis en majorité par des tutsis, ajoute Misna. Les cas d’une dizaine d’autres prêtres et de plusieurs religieuses sont encore pendants devant les tribunaux.
Dans une lettre adressée la semaine dernière au pape, l’organisation «African Rights» affirme que «quelques évêques, prêtres et religieux» ont sympathisé avec les auteurs du génocide rwandais. «Dans quelque cas», il y a même eu une «participation directe» des représentants de l’Eglise» aux massacres. «African Rights» propose cet examen au pape pour que l’Eglise du Rwanda redevienne un instrument pour la «paix et la réconciliation». (apic/kna/cic/be)
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