Rwanda: Campagne de presse organisée contre l’Eglise catholique ?
Kigali, 19 mai 1998 (APIC) Alors que l’on attend l’issue du recours interjeté contre la peine de mort infligée le 17 avril à deux prêtres rwandais, on assiste dans le pays à une vaste campagne de presse contre l’Eglise catholique, dénonce mardi l’agence d’information romaine Fides.
La violence au Rwanda continue de faire journellement son lot de victimes. L’ancien ministre de l’Intérieur, Seth Sendashonga, un hutu, ex-militant du FPR actuellement au pouvoir à Kigali, a été tué samedi dans un mystérieux accident à Nairobi, au Kenya. L’ex-ministre, connu pour son courage et sa modération, aurait dû témoigner prochainement dans un procès devant le tribunal pénal international. Le même jour, onze garçons de 11 à 17 ans ont été tués lors de l’attaque de leur école secondaire à Nyamyumba, dans la préfecture de Giseny, au nord-ouest du pays. Pour les premiers mois de 1998, l’Eglise du Rwanda avec la mort de 8 religieux et religieuses a payé un lourd tribut à la violence, rappelle Fides.
Saper la réconciliation
Depuis quelques semaines, les émissions se multiplient sur la radio nationale pour critiquer la présence et le rôle de l’Eglise catholique dans l’histoire du Rwanda et par là saper son travail de réconciliation, déplore l’agence de la Congrégation pour l’évangélisation. Le principal organisateur de cette campagne est l’ex-prêtre Privat Rutazibwa appelé par le gouvernement pour diriger l’agence de presse nationale. « L’Eglise catholique est trop dépendante de Rome, c’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une Eglise nationale », a-t-il notamment déclaré sur les ondes de la radio. Cette tentative de créer la confusion parmi les fidèles, d’opposer les prêtres aux évêques et de mettre en accusation l’action de l’Eglise apparaît délibérée, estime Fides. Un article de « La Nouvelle Relève » reprend également cette idée d’Eglise nationale et reproche au Saint-Siège de vouloir installer « une nouvelle hégémonie missionnaire ».
Une des affirmations les plus répandues est que l’Eglise catholique aurait tardé à dénoncer le génocide au Rwanda. Pour Fides, c’est oublier que Jean Paul II lors de l’angélus du 15 mai 1994, a été l’un des premiers dans le monde à décrire les massacres du Rwanda comme un génocide.
Quant à la sentence de mort prononcée le 17 avril contre les abbés Emmanuel Kayiranga et Edouard Nturiye, il apparaît de plus en plus que le procès été entaché de graves irrégularités, relève Fides. L’avocat des deux prêtres n’a pas pu assister à toutes les séances du procès en particulier celle où la peine de mort a été prononcée. L’avocat de la défense n’a pas pu non plus examiner les déclarations des témoins à charge qui sont tous en même temps parties civiles au procès. Et aucun élément objectif à charge n’a émergé lors des débats. (apic/fides/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/rwanda-campagne-de-presse-organisee-contre-l-eglise-catholique/