Comment intégrer 1,3 million d’étrangers en Suisse?

Berne: Assemblée annuelle de la Commission catholique suisse pour les migrants

Berne, 21 mai 1998 (APIC) Face aux tensions grandissantes qu’évoque le mot «étranger» en Suisse, un Conseiller national et un évêque ont rappelé mercredi à Berne la nécessité de poursuivre une véritable intégration pour les 1,3 million d’étrangers établis dans le pays. Cette intégration ne veut pas être synonyme d’assimilation. Un objectif commun qu’ont développé Fulvio Caccia, président de la commission fédérales des étrangers (CFE) et Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses. Deux exposés présentés devant les délégués de la Commission catholique suisse pour les migrants (SKAF) à l’occasion de son assemblée annuelle.

Fulvio Caccia est totalement en faveur d’une intégration des étrangers vivant en Suisse. «Indispensable et nécessaire», dira-t-il à plusieurs reprises. Une intégration qui ne doit pas être une «assimilation» qui gommerait toute caractéristique du pays d’origine du nouvel arrivant. La CFE, réaliste, ne milite certes pas pour l’ouverture totale des frontières, «car la société suisse est un système trop complexe et délicat. Elle ne fonctionne pas malheureusement selon la règle de l’amour du prochain». Il n’en reste pas mois capital que les 1,3 million d’étrangers admis en Suisse et dont beaucoup resteront chez nous doivent être intégrés le plus vite possible dans l’intérêt de toute la société. Pour Fulvio Caccia, les piliers de l’intégration sont le travail (sans un travail assuré, les conséquences sociales deviennent incontrôlables), l’école pour la deuxième génération, la vie associative et les médias (qui à ses yeux décrivent trop de faits négatifs).

Le Conseiller national tessinois insiste sur la connaissance de la langue de la région, instrument de compréhension et condition pour le perfectionnement professionnel. Il pose même carrément la question. «Dans la prochaine révision de la loi sur le séjour et l’établissement des étrangers (LSEE), ne serait-il pas bon de demander la connaissance de la langue comme condition pour obtenir le permis annuel?» Il faut alors bien sûr que la Suisse offre en contrepartie des cours et des moyens financiers.

L’aide de la Confédération pas encore assurée

Dans la dernière partie de son intervention, Fulvio Caccia a loué le rôle des villes de Berne et de Zurich qui sont en train de se doter d’un plan d’intégration sur la base d’une étude sérieuse. Des cantons vont dans le même sens. Par contre l’aide de la Confédération n’est pas encore assurée. L’article sur l’intégration dans la LSEE sera-t-il finalement accepté? Des parlementaires ne veulent pas de nouvelles dépenses. Après une double navette entre le Conseil national et le Conseil des Etats ( ce dernier favorable à l’article) le vote décisif aura lieu en juin prochain au Conseil national. Mais il faut 101 voix pour que la partie soit gagnée. Le Conseiller national invite l’assistance à écrire aux parlementaires pour faire pencher la balance du bon côté. A la session de mars dernier, il ne manquait qu’une voix!

Le message évangélique est clair

Mgr Amédée Grab a d’abord rappelé son expérience d’ancien évêque auxiliaire à Genève où la moitié des catholiques de ce canton n’est pas suisse. Puis reprenant les grandes figures bibliques (Abraham, prophètes) qui parlent de l’Alliance faite d’une multitude de nations, l’ouverture et l’admiration de Jésus envers tous les peuples (»Je n’ai jamais rencontré une telle foi en Israël» (Mt,8,12), les tensions entre Pierre et Paul sur la question de la prescription des traditions juives aux nouveaux chrétiens, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, montre que l’histoire des Eglises a toujours été balancée entre l’universalité et le particularisme. Les derniers synodes épiscopaux sur l’Afrique et l’Asie ont également montré cette tension difficile, spécialement au sujet des rites dans les sacrements qui ne doivent pas nécessairement être uniformes partout.

Quand il s’agit du respect de l’étranger, l’universel prime à cause de la mort et de la résurrection de Jésus. Un salut donné à tous! Il est mort pour cette unité.

Mgr Grab se retrouve dans les quatre piliers de l’intégration cités par Fulvio Caccia. L’Eglise, communauté des communautés, doit prêcher et vivre dans ses paroisses une intégration des étrangers qui ne soit pas un nivellement, car celui qui vient chez nous ne doit pas nécessairement abandonner ses valeurs. Certes le chrétien étranger doit faire des efforts pour s’adapter aux grandes lignes de l’Eglise locale. Mais celle-ci doit aussi le prendre au sérieux. L’Eglise recrute aussi des étrangers. Mais il reste que l’intégration est un défi pour tous les croyants lancé à tous. Pour l’Eglise suisse, notre objectif à la paix, au développement et à la justice se fera en dépassant les frontières.

Que faire devant la montée de la xénophobie?

Interpellé par une question: «quelle stratégie d’action devons-nous avoir devant la montée d’une politique dure, voire xénophobe, envers les étrangers?», Mgr Grab a eu ce mot: «Si certaines thèses populistes sont contraires à la foi chrétienne, il faut que d’autres personnes, avec les évêques, le disent». Des chrétiens engagés demandent aux évêques d’intervenir et de parler clair. Nous les comprenons et nous agissons. Sur la question du renvoi des Bosniaques et des Kosovars, de concert avec les dirigeants des autres Eglises chrétiennes, nous l’avons fait le 4 mai. Mais malheureusement certaines déclarations tombent à plat et ne sont pas reprises. Certes il est impossible que tous les croyants aient la même opinion, – l’Eglise n’est pas un parti politique – mais s’il y a des thèses racistes, il est indispensable , au nom de l’Evangile, d’affirmer haut et fort la vocation des chrétiens à vivre l’unité et à l’universel. En conclusion Mgr Grab a réaffirmé sa confiance en la SKAF: «Un lieu propice aux catholiques suisses pour que l’appel du Christ en faveur des étrangers ne soit pas ignoré». (apic/ba)

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