Rome: Le cardinal Ratzinger s’adresse aux mouvements:ecclésiaux

« Moins d’organisation , plus d’Esprit-Saint! »

Rome, 26 mai 1998 (APIC) Il faut dans l’Eglise « moins d’organisation et plus d’Esprit- Saint », a déclaré mercredi le cardinal Joseph Ratzinger, qui s’exprimait en ouverture du Congrès mondial des représentants des mouvements ecclésiaux, organisé à Rome du 27 au 29 mai par le Conseil pontifical pour les Laïcs, le préfet de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi.

Insistant sur l’importance de l’aspect « universel » du mandat du Christ, le cardinal Ratzinger a fait remonter le surgissement des « mouvements ecclésiaux » au 3e siècle, avec les moines de saint Antoine dans le désert d’Egypte, comme celui d’une « nouvelle paternité spirituelle ». Des mouvements qui ont un lien particulier avec le ministère du Successeur de Pierre, leur « pilier », car ils sont portés par un charisme fondateur et « une profonde rencontre personnelle avec le Christ ».

Les mouvements doivent s’intégrer…

« Mieux vaut moins d’organisation et plus d’Esprit-Saint », a lancé le cardinal, mettant en garde contre différentes tentations qui guettent les mouvements, comme celle d’absolutiser leur propre expérience et d’ainsi risquer « un affrontement avec la réalité paroissiale ». « Les mouvements, a-t-il dit, sont un don fait à l’Eglise et sont dans le tout, et ils doivent se soumettre aux exigences de ce tout, pour rester fidèles à l’essentiel de ce qui leur est propre ».

En même temps, a ajouté aussitôt le cardinal, il faut « dire haut et fort aux Églises locales, aussi aux évêques », qu’ils ne peuvent prétendre à « l’uniformité absolue dans les organisations et programmes pastoraux ». « Il peut arriver que les Églises se rendent impénétrables à l’Esprit-Saint » et à sa force, dont ces mouvements « vivent », a-t-il averti.

…et être accueillis

Le cardinal Ratzinger a regretté également « une conception de la communion dans laquelle la valeur suprême est d’éviter les conflits »; or, les conflits sont à affronter parfois « par amour de vérité et de charité ». Il a dénoncé aussi « une certaine attitude de supériorité intellectuelle » à l’égard de ceux qui, animés « d’une foi candide dans la parole de Dieu », en récusant toute manière de croire autres que celles où le « si » et le « mais » priment sur « la substance de ce à quoi on dit croire ».

Pour le cardinal, c’est l’unité de l’Église qui importe: « Tous doivent se laisser mesurer à l’aune de l’amour de l’unité de l’unique Église, qui demeure unique dans toutes les Églises locales et en tant que telle se manifeste continuellement dans les mouvements apostoliques. »

Une Église « organique »

Le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi avait auparavant expliqué que les oppositions entre charisme et institution, Christ et Esprit-Saint, Hiérarchie et Prophétie, Succession apostolique et Mouvements apostoliques n’ont pas leur place dans l’ Église. Il a insisté à l’inverse sur l’unité et le caractère « organique » de l’ Église.

« Le schéma institution-charisme ne nous apporte aucune réponse, a-t-il dit, car l’opposition dualiste rend insuffisamment compte de la réalité de l’ Église ». Un exemple: « Il est important que le ministère sacré soit lui aussi entendu et vécu comme un charisme. Le prêtre a le devoir d’être un ’homo spiritualis’, suscité, stimulé, inspiré par l’Esprit », sans quoi le ministère presbytéral serait un service mal accompli, plus nuisible que profitable. Cela bloque la voie vers le sacerdoce et vers la foi ». A l’inverse, « là où le ministère sacré est vécu comme un charisme, il n’y a pas de raidissement institutionnel: il y a au contraire une ouverture intérieure au charisme, une espèce de ’flair’ pour l’Esprit-Saint et son action ».

Le cardinal a contesté aussi l’opposition entre « christologie » et « pneumatologie » (le christ et l’Esprit): « Il n’est pas possible de comprendre justement le Christ sans l’Esprit-Saint, ni non plus l’Esprit-Saint sans le Christ ». L’opposition établie entre hiérarchie et prophétie, entre « la ligne cultuelle et sacerdotale et la ligne prophétique » ne tient pas davantage – or on inscrit facilement les mouvements dans la seconde, dit-il.

Toutes ces oppositions, explique le cardinal Ratzinger, n’aboutissent à aucune solution, car elles sont « dialectiques », alors que l’ Église est édifiée « non dialectiquement mais organiquement ».

L’ Église est universelle

Le cardinal a abordé ensuite la question du rapport entre Église universelle et Églises locales. Il a fait remarquer que, avec les Apôtres, qui « ne sont pas évêques d’ Églises locales déterminées », mais « Apôtres », « l’ Église universelle précède les Églises locales qui surgissent comme ses réalisations concrètes ».

Après le « premier danger » d’un ministère presbytéral conçu « au sens purement institutionnel et bureaucratique », en oubliant la « dimension charismatique », se profile un « second danger », celui d’exercer des services au seul « niveau local », en perdant de vue « l’universalité du mandat du Christ ».

Outre l’apparition historique des « mouvements » au 3e siècle, avec le surgissement du « mouvement » du monachisme, le cardinal a cité des exemples comme ceux de François d’Assise. Il y voit là, à côté du ministère épiscopal, le surgissement d’une « nouvelle paternité spirituelle, qui n’a certainement aucun caractère directement missionnaire, mais intègre celle des évêques et des prêtres avec la force d’une vie vécue en tout et pour tout pneumatiquement ». C’est toute la structure de l’ Église qui est ainsi au cours des siècles traversée de façon incessante par des « ondes de mouvements ».

Mgr Ratzinger a expliqué encore comment les mouvements ont un lien particulier avec le ministère du successeur de Pierre. « La papauté n’a pas créé les mouvements, a-t-il affirmé, mais a été leur appui essentiel dans la structure de l’ Église, leur pilier ecclésial ». « Les mouvements qui dépassent le domaine et la structure de l’ Église locale et la papauté vont toujours, et ce n’est pas un hasard, côte à côte », a-t-il ajouté, citant Cluny, saint François et saint Dominique, les Jésuites et les mouvements du XIXe siècle. « Dans l’ Église, a-t-il poursuivi, il doit toujours y avoir des services et des missions qui ne soient pas de nature purement locale ». A cet égard, « il faut absolument ne pas ignorer non plus la part qui, dans l’apostolat de l’ Église, revient aux femmes ».

Les caractéristiques des « mouvements »

Le cardinal a lors tenté une « définition » des caractéristiques communes aux mouvements. Premièrement, ceux-ci « naissent en général d’une personnalité charismatique dominante, ils prennent la figure de communautés concrètes, qui (…) revivent l’Evangile dans sa totalité et sans hésiter reconnaissent dans l’ Église leur raison de vivre, sans laquelle ils ne pourraient subsister ». Ensuite, apostolat et foi de l’ Église sont inséparables: celui qui ne partage pas la « foi apostolique » ne peut prétendre à « l’activité apostolique ». Et l’annonce de l’Evangile est celle la Bonne Nouvelle aux « pauvres » — d’où la dimension sociale de l’évangélisation.

Autre caractéristique des membres des mouvements: « Tout cela, surtout le bouleversant enthousiasme qui émane du charisme originaire, présuppose une profonde rencontre personnelle avec le Christ ». (apic/imed/cip/pr)

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