Brésil: Les attaques du président Cardoso contre le MST largement infondées
Rio de Janeiro, 28 mai 1998 (APIC) Les médias brésiliens reprochent au président brésilien Fernando Henrique Cardoso ses fausses accusations contre le Mouvement des Sans Terre (MST). Le chef de l’Etat avait rendu le MST responsable des pillages dans les zones du Nordeste frappées par la sécheresse. Il s’agit dans la plupart des cas d’actes spontanés, révèle un rapport de la Police Fédérale rendu public à Rio de Janeiro.
Alors que des foules désespérées poussées par la famine consécutive à la grave sécheresse qui frappe le Nordeste brésilien, s’adonnent au pillage de dépôts et de supermarchés et arraisonnent les bus de touristes pour trouver de la nourriture, le président Cardoso a trouvé un facile bouc émissaire: le MST, un mouvement qui jouit de la sympathie et du soutie matériel de milieux d’Eglise au Brésil et en Europe.
Près de dix millions de personnes touchées par la sécheresse
Des dizaines de membres du MST ont déjà été arrêtés et des procédures judiciaires ont été entamées contre les leaders du mouvement qui lutte pour la réforme agraire et une plus juste répartition des terres accaparées par de grandes latifundias.
Selon la Police Fédérale, des membres du MST ont été impliqués dans seulement 9 scènes de pillage sur les 46 pour lesquelles elle a mené une enquête. Le rapport affirme que dans la plupart des cas, les actions étaient spontanées. Plusieurs grands médias brésiliens ont accusé le gouvernement Cardoso de « malhonnêteté » et lui ont reproché de diaboliser le MST. Près de dix millions de personnes sont en proie à la faim et seule une petite partie d’entre elles ont reçu une aide alimentaire du gouvernement.
Une catastrophe annoncée
De leur côté, des responsables de l’Eglise du Nordeste mettent en avant l’incurie du gouvernement, au courant depuis l’automne dernier des risques de cette « catastrophe annoncée ». Un rapport interne daté de septembre dernier prévoyait déjà les conséquences désastreuses de la sécheresse – troubles sociaux, panique, exode rural, misère et famine – et préconisait la mise sur pied de mesures préventives.
L’Eglise brésilienne souligne qu’une telle situation de faim et de misère se répète à intervalles réguliers et qu’elle était prévue par les experts en développement. Les périodes de sécheresse dans le Nordeste surviennent régulièrement tous les sept ans, selon un cycle prévisible par les climatologues. La famine pourrait être évitée par des solutions durables comme la réforme agraire, la formation, la création de places de travail et une répartition équitable des revenus. Mgr Orlando Dotti, évêque de Vacaria, a relevé pour sa part qu’au lieu d’envoyer des soldats contre les gens affamés, le gouvernement devrait plutôt se servir de l’armée pour acheminer des vivres dans les zones sinistrées.
Coordinateur du MST, Joao Stedile relève que les programmes de développement du gouvernement pour le Nordeste ne prennent pas en considération les cycles climatiques. Les investissements étatiques ne visent que la promotion des plantations d’agrumes et du tourisme, « qui favorise en fait la prostitution ». D’autre part, le problème des pillages par les affamés n’est pris en considération que sous l’angle de la « sécurité », alors qu’il s’agit fondamentalement d’un problème de droits de l’homme et de sous-développement. (apic/kna/kap/be)
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